Chers compatriotes, par le biais de cet article, nous voudrions toucher le coeur ou la raison, l'intelligence ou la conviction de nos responsables politiques sur la gouvernance de notre République et du même coup les exhorter à sortir de leurs préjugés, de leurs peurs ou de leurs scepticismes sur la refondation et la reconstruction de notre belle île jadis. Certes, une question essentielle a trait aux confusions, de la bonne ou la mauvaise gouvernance, la transparence vis-à-vis du public, la moralité et la professionnalisation de la vie politique en Haïti. Face aux défis de la construction d'une nouvelle Haïti, peut-on continuer à fonctionner dans un système où les responsables politiques de ce pays veulent toujours se cantonner de leurs partis politiques tout en privilégiant un petit groupe ou leurs ambitions personnelles ? Or,prétendre que la République, telle qu'elle est aujourd'hui n'est pas assez belle pour que l'on soutienne une nouvelle étape de son histoire, en la dotant d'un autre visage, constituerait une grave erreur. Il ne faut plus jeter le bébé avec l'eau du bain. Cependant, à la misère qui se situe aux limites de la survie d'une catégorie de la population, par exemple la sous-alimentation, s'ajoutant la sous-éducation, on peut comprendre l'inquiétude de nos partenaires financiers sur l'avenir de notre République. En principe, vouloir le développement de la démocratie, c'est vouloir s'engager à lutter pour que notre République sorte de son état actuel d'une pauvreté non maîtrisée. Comment accepter, alors que nous sommes au XXIe siècle, l'état de la technique permettrait d'assurer à chaque citoyen haïtien un niveau de vie décente, qu'une large partie de nos citoyens souffre au quotidien de la faim et de la soif, alors qu'une petite partie de nos frères et soeurs s'interroge sur le régime alimentaire efficace qu'elle doit appliquer pour lutter contre une obésité menaçante. Aujourd'hui, nous voulons rappeler à nos dirigeants, et plus particulièrement à nos parlementaires, qu'ils étaient dans l'obligation d'agir, car ils ont passé trop de temps à chipoter entre eux sur des questions essentielles concernant l'avenir de ce pays. En effet, la bonne gouvernance implique la coopération, des débats publics, des discussions, des confrontations et des négociations. Les parlementaires doivent savoir que le Parlement est le lieu par excellence des décisions, le lieu où l'on règle des problèmes difficiles; c'est aussi le lieu où la démocratie règne, parce que toutes les franges de la population y sont représentées. L'organisation des élections dans un Etat de droit est un impératif pour le bon fonctionnement de la démocratie. Aujourd'hui, peut-on encore accuser le Parlement de ne pas vouloir désigner ses représentants au CTCEP afin de permettre à cet organisme de lancer le processus électoral ? Réponse basée sur la bonne foi des uns et la mauvaise volonté des autres. La demande des élections a sa légitimité, elle permettra de promouvoir une démocratie durable. Les parlementaires devaient cesser de jouer aux rapports de force entre eux. Ils devraient trouver un compromis afin d'éviter cette tendance où l'égocentrisme des uns ne soit pas ajouté à l'égoïsme des autres. Ils devaient coaliser leurs forces et leurs moyens, pour sortir de cette approche frileuse en désignant leurs représentants afin de prouver à la population et aux partenaires internationaux qu'ils sont porteurs d'une vision de développement autre que celle du désordre prôné par le CSPJ. Nos parlementaires sont des hommes responsables, certains d'entre eux défendent toujours l'inviolabilité des droits de l'homme, notre culture comme moyen d'émancipation, un modèle de développement et de démocratie durable, caractérisé par un équilibre particulier entre prospérité économique, justice sociale et protection de l'environnement, vision de l'ordre national fondée sur la refondation et la reconstruction de la République. Cette vision se caractérise par le refus de l'immobilisme, la priorité accordée au règlement pacifique des différends par la négociation et l'arbitrage. Cependant, la probabilité de voir un jour de meilleures relations de coopération et de solidarité s'établir entre les trois pouvoirs de la République, entre lesquels règnent des principes aussi stricts d'autonomie et d'indépendance reste faible. Or, deux d'entre eux relèvent de la légitimité populaire, c'est-à-dire l'exécutif et le Parlement, pourtant, le pouvoir judiciaire tire sa légitimité dans le principe démocratique de la séparation des trois pouvoirs. On constate qu'aujourd'hui que les responsables de ce pays continuent à consolider et institutionnaliser la pauvreté en offrant à une mère de famille quatre cents gourdes par mois avec un enfant à charge, six cent gourdes pour deux enfants à charge et huit cent gourdes pour trois enfants à charge. Lorsqu'on rentre dans cette logique, nous donnons trente-six fois raison aux organisations internationales qui claironnent sans cesse que la majorité des Haïtiens vivent avec moins de deux dollars américain par jour, car, si on fait le calcul, quatre-vingt dollars haïtiens qui sont équivalents à dix dollars américains et lorsqu'on divise 400/30j =13gourdes par jour et 33 centimes et la conversion en dollar américain est égal a 0 dollar 33 centimes, on peut conclure, qu'il est impossible pour une maman de survivre avec cette somme dérisoire. Nous voulons dire aux responsables que cette mesure est noble, excellente, mais la manière de la mettre en application est une catastrophe. Nous estimons qu'il peut y avoir d'autres manières de combattre la pauvreté dans ce pays. De notre côté, nous soutenons ce projet. Nous demandons aux responsables de le revoir. Face à la misère atroce que la catégorie des femmes seules avec des enfants à charge est en train de subir, aucun gouvernement responsable ne pouvait rester inactif, cependant, cette façon de faire ressemble plus à la charité qu'au droit. Devant la présente dégradation des conditions de vie de cette catégorie, mais aussi devant l'inexistence de toute aide des gouvernements précédents, devant l'insuffisance de formation de cette catégorie, ne fallait-il pas réfléchir d'une manière ou d'une autre de lui venir en aide ? Réponse basée sur un plus grand respect de l'individu, une meilleure redistribution des richesses, une lutte efficace contre la misère, une volonté concrète de plus grande égalité entre les femmes et les hommes, une mutation nécessaire pour permettre un vivre-ensemble solidaire et apaisé. Ce type de décision fait partie du principe de la bonne gouvernance. En fait, c'est quoi la mauvaise gouvernance? La mauvaise gouvernance fait souvent apparaître la médiocrité et l'échec d'un gouvernement dans le traitement des dossiers importants On peut la définir comme suit : 1- Quand un gouvernement n'arrive pas à effectuer, de façon publique, le choix du problème sur lequel son action va se concentrer, détermine le contenu précis du but à atteindre, but considéré comme raisonnable compte tenu d'une analyse rigoureuse de la situation. 2- Quand un gouvernement ne passe pas avec la République une sorte de contrat transparent montrant les choix faits, le but poursuivi et les moyens qu'il entend employer pour y parvenir. 3- Quand un gouvernement ne passe pas à l'acte après avoir identifié les problèmes. Or, gouverner, c'est choisir, aussi durs que soient les choix. 4- Quand le gouvernement ne prend pas chaque citoyen de la République à témoin du contenu de ses actions en cours. 5- Quand les actions d'un gouvernement ne reposent pas sur ces ingrédients suivants: l'étude du dossier, la fixation d'un calendrier, la consultation des acteurs et des experts, la négociation, l'information, la décision. Un condensé d'éthique démocratiques, faites de respect des citoyens, de transparence dans l'action, d'exigence dans la rationalité des choix, de volonté dans la mise en oeuvre et du refus de toute démagogie. 6- Quand un gouvernement souhaite marquer son passage par l'abondance des promesses faites aussitôt suivies de leur oubli généralisé, par l'habilité tactique contrastant avec l'inanité des convictions, par l'absence d'éthique personnelle ou politique dans l'exercice du pouvoir.... A notre humble avis, ce sont des signes de la mauvaise gouvernance. Ce type de gouvernement paie souvent les conséquences du choix de sa mauvaise gouvernance à travers les urnes.Il est curieux de constater l'échec de INITE lors des dernières élections présidentielles, pourtant, parti destiné à occuper le pouvoir pour longtemps, si l'on en croyait les pronostics de son instigateur. Contre toute évidence, INITE disposait de tous les moyens pour gagner les dernières élections par les petites manoeuvres, les promesses hypocrites et les reportages biaisés de la télévision. C'est aussi la mauvaise gouvernance, quand on utilise les deniers publics pour satisfaire des intérêts personnels. Somme toute, on peut se demander si l'absence de l'éducation ou de la compétence n'est pas la cause de la mauvaise gouvernance de la République ?Quand on sait que l'éducation est la clé de la réussite. Alors, pourquoi, les gouvernements successifs laissent souvent partir nos cadres vers l'étranger ? II-la mise en place de la Direction de l'école doctorale de l'UEH, est-elle un remède choc pour stopper la fuite de nos cerveaux vers l'étranger ? Aujourd'hui, parler du Brain drain ou du brain gain, est un véritable dilemme dans le cas d'Haïti. Or, la situation économique et sociale de la Republique ne nous autorise pas à parler de la circulation des cerveaux ou de la circulation du savoir, mais plutôt de la fuite des cerveaux. C'est dans cette optique que nous préférons parler de Brain drain, c'est-à-dire la perte de nos cerveaux vers l'extérieur en lieu et place de la circulation du savoir. Certains pensent quand un cadre hautement qualifié quitte le pays pour aller se performer a l'étranger, c'est un avantage pour sa famille et le pays, car, il y aura des transferts d'argent vers Haïti et cela pourra contribuer au développement de la République et, d'autres pensent que c'est une perte pour le pays car, ce départ peut être un facteur de sous-développement pour la République. Le cas où le départ de quelqu'un peut être considéré comme un gain pour Haïti, c'est celui de la circulation du savoir, c'est-à-dire, quand l'Etat haïtien finance un groupe de cadres pour aller faire une spécialisation dans un domaine spécifique et on attend qu'ils y reviennent , là, on peut parler des avantages pour Haïti. Il ne faut pas ignorer que le départ de nos cadres est souvent dû par des motivations individuelles mais aussi à l'absence d'une politique salariale et de recherche du pays. Parfois, on peut même le qualifier comme un exil forcé en fonction durégime politique en place. C'était le cas à la fin des années soixante, quand le Canada offrait des avantages à nos professeurs et ensuite les utiliserait pour certains pays d'Afrique. Aujourd'hui encore, le Canada continue à puiser dans notre réserve en mettant en place une politique attractive pour une immigration de main-d'oeuvre qualifiée. Quand le pays vous offre une carte de résidence permanente en posant des critères spécifiquespour gagner des points en ayant tel ou tel diplôme et dans tel ou tel domaine, c'est chercher à piller les compétences d'un pays comme le nôtre. Puisque nous n'avons pas une politique de rétention de nos cadres, nous ne privilégions pas la recherche qui est un élément fondamental du développement économique, politique et culturel d'un pays et nous n'avons pas mis en oeuvre une politique attractive pour rapatrier nos compétences de la diaspora, alors les questions qui peuvent être posées : •Est-ce que le développement économique, politique et culturel d'une République peut se faire sans ses élites et particulièrement son élite intellectuelle ? •L'Etat est-il disposé à mettre une politique attractive en place afin de rapatrier certains de nos cadres ? •L'Etat est-il prêt à financer un grand centre de recherche pour encadrer nos doctorants et nos enseignants-chercheurs ? • L'Etat est-il disponié à mettre au coeur de l'action publique la recherche après deux siècles d'indépendance ? • Que fait le ministère des Haïtiens vivant à l'étranger ? Quel est son rôle et quelle est sa politique vis-à-vis de nos cadres de l'extérieur ? Autant de questions qui méritent des réponses et des analyses approfondies et nous allons tenter de répondre. Aujourd'hui, nous tenons à remercier le recteur Jacques Henry Vernet et le professeur Nelson Sylvestre pour avoir pris l'incitative de mettre en place une Direction de l'école doctorale au sein de l'UEH. Ce n'est qu'un début. Ceux qui croient dans le développement et dans les compétences diront que cette école doctorale peut être considérée comme un remède choc pour stopper la fuite de nos cerveaux. Cependant, il ne peut pas y avoir une école doctorale sans ressources humaines et financières pour encadrer les doctorants et les enseignants-chercheurs. Nous exhortons les responsables politiques à prendre au sérieux cette démarche, car trop souvent, notre Etat est tributaire des pseudo-experts étrangers, alors que nous disposons des hommes et des femmes de valeur qui peuvent faire mieux que ces soi-disant experts importés. Il nous revient seulement de leur donner des moyens, les orienter et exiger d'eux une méthode de recherche afin qu'ils puissent produire d'excellents résultats comme ils ont l'habitude de le faire même sans moyen et sans une méthode académique. Aussi, dois-je rappeler aux dirigeants, une école doctorale ne peut être efficace sans être dotée d'une grande bibliothèque indépendante et de différentes unités de laboratoire de recherche, et chaque laboratoire doit disposer d'un directeur de recherche afin de permettre aux doctorants de produire sous la demande et la direction dudit directeur du centre assisté de son comité scientifique. La recherche doit devenir une priorité pour la République et, elle prendra son essor dans les années futures, si et seulement si l'Etat accepte de développer une politique de recherche à haut niveau. Conclusion Aujourd'hui quelle que soit la sympathie ou l'antipathie qu'éveille l'image du pouvoir en place, le président de la République jouit de la présomption de la sincérité. Nous devons avoir la probité intellectuelle de reconnaître que le sous-développement de la République est une responsabilité partagée. Nous ne pouvons pas faire comprendre à la nation, qu'en deux ans, le pouvoir en place pouvait régler par un coup de baguette magique ce que les autres n'ont pas pu faire en deux siècles. Certes, le pouvoir en place doit tout mettre en oeuvre pour passer de la parole aux actes. Nul ne peut prétendre l'accuser ni le dédouaner de ses responsabilités de changer la vie d'une nation qui erre dans le désordre économique, social et politique depuis deux siècles. Cependant, le pouvoir en place doit faire preuve de modestie et reconnaître son incapacité à changer seul la société haïtienne. A cet effet, nous invitons toutes les forces vives de la nation à se mettre ensemble, y compris le gouvernement afin de changer l'image de notre pays et la vie de la catégorie la plus vulnérable. La République n'appartient pas seulement à l'exécutif, c'est un bien commun. Elle appartient à tous les Haïtiens, l'opposition, les pauvres, les riches, les noirs, les mulâtres, la société civile et les parlementaires. Il est temps de nous mettre au service de la République afin qu'elle soit belle et prospère pour l'avenir de nos enfants et nos petits-enfants.