Il est à la fois obligation démocratique et rituel républicain de scruter la vie des hommes aspirant à prendre en charge des sociétés dites évoluées depuis l'après-guerre. La presse, à coeur joie, regarde, scrute, fouille, décortique chaque jour dans la vie de cette personne et les zones d'ombre, sous les feux des projecteurs, deviennent les outils préférés des journalistes et poignards des adversaires. Une morale certaine traverse la vie politique moderne et garantit aux citoyens que leurs mandants ont eu un comportement apte à garantir à défaut d'une saine mais bonne gestion. Chez nous, il est de notoriété qu'à côté du complot permanent contre la qualité nationale, l'honnêteté est un delit et dans cette république aux affaires ténébreuses, courtiers étrangers et vassaux nationaux se sont entendus pour ériger en système 'le déplumage de l'Etat. Ces prédateurs se sont heurtés à Salomon, ont comploté contre Firmin, ont supporté Boisrond Canal et ses zenglens et ont détruit l'âme nationale en faisant des assassins, de grands voleurs et repris de justice, des présidents haïtiens.
Du fleuve d'hypocrisie qui, à travers notre société à l'irresponsabilité de nos élites, sont nées des coalitions de contraires ayant simplement l'intérêt mesquin comme ciment et l'exclusion sociale et économique comme idéologie. Que des liens séculaires avec la France se retrouvent brisés, que la relation « de diktat mitraille »avec les Etats-Unis se trouve larvée, que le produit de la Coopération avec le Sud soit gaspillée, aucune pensée nationale ne vient dénoncer cette situation aphteuse. On pourrait parler d'une certaine aphasie au XIXe siècle, puis d'une apathie au XXe pour se retrouver au début du XXIe inexistant. Aucune classe dirigeante ne hurle sa réprobation(n'en déplaise à Raoul Peck) et le silence des intellos laisse présager que les ténèbres reviennent couvrir ce pays, le mien, le vôtre peut-être. Ne pas prendre position dans la vie publique de son pays quand on est éclairé est un crime lèse-patrie et rester dans son confort pour mieux ménager ses arrières, c'est mettre davantage en péril son patrimoine, car cette attitude n'éloignera ni les cris de douleur et de colère d'une multitude aux abois ni les commotions qui s'annoncent.
Une certaine Gauche, de salon, s'est amusée à faire de la politique sous les lambris en faisant sortir leurs idées dans un mélange de malt et de Limoges. Une certaine Droite a monté ses propres commandos pour se « sécuriser » mais a changé ce pays en montrant à une jeunesse défavorisée ce que peuvent les armes et l'argent. Une certaine Presse a loué pendant longtemps dealers et mauvais coucheurs en vantant leurs largesses et leurs richesses. Une certaine société est apparue alliant haute technologie, faiblesse de l'Etat, improvisation et malversation au nom de la démocratie. De ce cocktail, un appendice a pris le temps de devenir CANCER : la Corruption.
Elle est caustique, car elle enlève au président le droit de faire la fête quotidiennement autour de la piscine avec ses petits copains coquins. Elle saccage le sommeil de Madame, apporte de la grisaillerie dans l'auréole du fils. Elle enlève au Premier ministre le droit de se rendre dans certains pays où l'opinion le perçoit comme un petit maffieux. Elle montre a nu qu'à la Cour de cassation, des êtres visqueux trônent. Elle divise le Parlement et fait de certains élus des vicieux. Elle abêtit certains directeurs d'opinion et montre que les Eglises sont oeuvre humaine. Elle ramène le vice et l'opprobre à la Loge, déshumanise le vaudou et nous permet de voir la malice du Blanc. Elle divise les foyers, s'infiltre dans certaines ambassades après avoir pris logement dans les ONG. Oh ! Corruption ! Y a-t-il une prière capable de vous déloger?
La sénescence de notre système étatique, l'obsolescence des structures issues de la colonisation, l'incapacité de nos élites à créer l'Etat-Nation, la pérennisation de la mainmise étrangère sur l'économie nationale sont des tentacules naturelles par lesquelles s'étiole notre société et grandit la corruption. Les lois de l'attirance (pardon de l'attraction) donnent une fois raison à Newton.
L'astrophysicien anglais comme mon ami l'avocat prend le temps de contempler chacun de son côté une chute; celle d'une pomme et d'un pouvoir anti- national, corrompu jusqu'à faire d'une malsaine propagande sa raison d'être. Demander à la justice haïtienne de comprendre et d'expliquer pourquoi à partir de deux décrets léonins, deux citoyens américains usent et gaspillent des fonds du Trésor public; empêcher que l'assistance internationale soit gaspillée dans des accords signés de gré a gré par un Premier ministre, flibustier dans sa gestion, arrogant et irrévérencieux envers le Parlement, hautain avec la presse, dénoncer des hommes d'affaires peu scrupuleux utilisant leurs transactions pour transférer vers des paradis fiscaux des fonds sur des produits non livrés, empêcher que soit méprisé tout appel d'offres déjà effectué pour signer avec des firmes bidon pour mieux s'enrichir et alimenter les comptes des potentats, voilà le combat aujourd'hui. La collusion entre les élus sans caractère, entre élus et ministres, d'une part ; entre élus, ministres et hommes d'affaires maffieux est trop vive pour nous laisser indifférents.
L'époque est révolue où ceux qui appartiennent au premier cercle du pouvoir semble bénéficier d'un sentiment d'impunité. L'heure de la chasse a sonné. Cette ploutocratie menace l'Etat de droit et crée un sentiment d'injustice et d'humiliation chez tout citoyen.
L'indignation a encore de beaux jours devant elle et par acte d'huissier neuf millions de nouveaux Newton attendent leur sommation pour crier haro contre ces voleurs, tout en se rappelant que certains de leurs avocats ont étroitement collaboré librement et volontairement aux dérives successives que nous avons connues. Le pays est désabusé et la jeunesse de ce pays s'inquiète de voir comment les larrons ont l'audace d'être bruyants. L'Espagne, par la voix de son roi, vient de prouver au monde entier que la noblesse n'est pas au-dessus de la loi et les cinq cabinets de différends pays occidentaux que nous avons engagés cherchent déjà des preuves à déposer par-devant la Cour interaméricaine de Justice contre ces diptères suçant l'avoir national. Elle peut être très longue la bataille, très lente la justice, nous avons pour nous et avec nous la nation. On ne peut que gagner.
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