Pour Marge, malgré son grand âge, les souvenirs affluent avec la même intensité et la même émotion qu'hier, 26 Avril 1963. Ce matin-là, son frère Edouard, colonel retraité de l'Armée d'Haïti, qui avait pris l'habitude de faire une virée en voiture avec ses deux neveux, venait lui dire que, ce matin, la fameuse virée était annulée. Une effervescence inaccoutumée habitait les rues. Des rumeurs circulaient, des tirs répétés ont été entendus en certains endroits de la capitale.
C'était plus prudent de ne pas sortir les enfants. Après qu'il aurait embrassé ses parents, il s'en irait directement à son travail sur la route nationale. Il emportait avec lui les salaires des ouvriers. A peine sorti de chez lui, à la rue Roy, il fut stoppé par des macoutes lourdement armés. Ces derniers, selon les témoignages rapportés, ont grimpé dans son véhicule et sont partis en trombe.
Edouard n'a plus été revu en circulation. Par contre, sa voiture avait été remarquée, à plusieurs reprises et sur plusieurs circuits, par les membres de sa famille. En même temps, qu'Edouard était emmené, la maison de son cousin, Roger Larreur, citoyen français était investie par toute une armée de macoutes venus chercher le fils, Charles, officier de l'Armée formé en Italie. En visite ce jour-là à l'Ambassade d'Italie, Charles a échappé de justesse au massacre. Il quitte le pays quelques semaines plus tard pour ne plus revenir.
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