En lisant l'éditorial du journaliste Jean Pharès Jérôme intitulé: « Peut-on continuer à faire comme si de rien n'était ? », publié au journal Le Nouvelliste en date du 18 septembre 2013, il me vient à l'esprit une seule question : Les journalistes aiment-ils les mauvaises nouvelles ? Ici, la notion de « nouvelles » est vue en termes de contenu d'une information, méconnue auparavant, consistant à porter à la connaissance du public ou lui donner la notion d'une certaine chose. En effet, dans le cadre de leur fonction, les journalistes sont appelés à faire des choix d'information de manière récurrente. On se demande alors, en fonction de quoi ? Sans doute, en fonction de ce qui intéresse leur public. Ou tout simplement par rapport aux intérêts du média pour lequel ils travaillent, donc leurs propres intérêts. C'est tout à fait normal. On n'a rien contre. Ils ont cette responsabilité, sinon ce privilège de sélectionner. Le devoir d'informer sur tout ce qui se passe. Les choix s'imposent à eux parce qu'ils ne peuvent pas tout rapporter au public. Cela se comprend bien. Mon souci est que les journalistes se focalisent de plus en plus sur des nouvelles accablantes. Sur des informations peu réjouissantes. Des faits divers. Des subtilités. En Haïti comme ailleurs, les exemples ne manquent pas. Là, je ne fais pas forcément référence aux faits signalés par l'éditorialiste de manière spécifique. C'est une vue globale. On se demande néanmoins pourquoi certaines nouvelles, plutôt réjouissantes, ne font-elles pas souvent la une des médias ? Pourquoi la presse passe moins de temps à en parler ? Les journalistes aiment-ils vraiment les mauvaises nouvelles ? La réponse est tout simplement OUI. Les journalistes et les médias aiment et préfèrent les mauvaises nouvelles parce qu'ils en tirent profit. Comme l'a souligné Pharès : « le groupe armé de Petit-Goâve fait le chou gras des médias ». C'est une évidence et dans les pays « pauvres » comme Haïti et dans les pays riches comme les Etats-Unis. Nous n'avons qu'à regarder à travers le monde ce qui fait la une de l'actualité au quotidien. Il suffit d'observer, par exemple, quels types d'événements qui attirent le plus grand nombre de médias étrangers vers Haïti. Quels sujets qui suscitent plus de débats dans les médias d'information du pays pour connaître les nouvelles préférées des journalistes. Il est tout à fait évident que le sang, le sexe, les catastrophes naturelles ou humaines, les scandales, les conflits, la vie privée des gens et les faits divers sont les sujets préférés des journalistes. Le principal rôle d'un média d'information est de mettre au courant des faits son public. Et les informations qu'il fournit proviennent de sources aussi diverses que variées. Les événements médiatiques sont pour beaucoup dans la construction de la société. Ils s'intègrent dans une représentation sur le long terme, car ils modifient des représentations. Vu les enjeux économiques, un média d'information aurait-il intérêt à changer de ligne alors que son audimat ne faisait qu'augmenter et son public lui reste fidèle? Pas si réaliste. Faut-il rappeler qu'un média fonctionne suivant la logique du marché, à savoir l'offre et la demande. Ce qui implique qu'une plus large écoute ou un lectorat plus vaste lui procure plus d'annonces. Plus de publicités fait gagner beaucoup plus d'argent. Plus d'argent permet aux médias de survivre. Alors ont-ils intérêt à mettre fin à leur propre existence ? La réponse est logiquement non. Les mauvaises nouvelles, tout comme les émissions de téléréalité et les sports, attirent l'attention du grand nombre. Dans les pays les plus avancés, des études sont souvent réalisées pour mesurer le niveau d'audience des médias. Et les annonceurs sont facturés en fonction de cela. Le plus souvent, ce sont les mauvaises nouvelles qui font grossir l'audimat, font gagner de l'argent, font l'affaire des patrons, des actionnaires des médias et de certains journalistes. Dans le cas d'Haïti, ce n'est pas facile de savoir de manière scientifique quel média qui détient un taux d'écoute plus élevé. Soit de manière permanente, soit à certaines heures ou à l'occasion des événements spécifiques. On ne peut que spéculer. Il est évident qu'un média a toujours besoin du public pour exister. Aussi le public a-t-il besoin des médias pour s'informer. Il y a une relation très étroite entre les médias, l'information et le public. On se demande si ce dernier n'est pas aussi responsable du choix d'information fait par les journalistes. La réponse est oui. En journalisme, feu le professeur Gérard C. Paul nous a appris que « l'intérêt d'un journal est dans celui de son public ». Il travaille pour celui-ci. A notre avis, la seule légitimité d'un média ou d'un journaliste, c'est la confiance que son public place en lui. C'est pourquoi un média, un journaliste doit être à l'écoute de son public. Donc, s'il s'obstine à rester dans telle ou telle direction, c'est qu'il est confortable avec son public. Sinon il changerait de position, de méthode de fonctionnement ou de choix d'information. Ou du moins, fermer boutique comme Le Matin qui, peut -être pour des raisons économiques, politiques ou stratégiques, ne fonctionne plus comme bien d'autres qui existaient dans le pays. C'est malheureux. Le pluralisme de l'information et la démocratie font toujours bon ménage. On dit toujours que les médias ont une vocation de service public. Ce qui sous-tend qu'ils devraient oeuvrer dans l'intérêt collectif. En effet, il n'est plus possible pour un pays d'évoluer en vase clos. Avec les nouvelles technologies de l'information et de la communication, les nouvelles circulent à la vitesse de la lumière. Les informations qu'on fait circuler à propos d'un pays, d'une institution ou d'un individu peuvent contribuer soit à sa construction, dans le cas ou les nouvelles sont bonnes ou positives, soit à sa destruction, dans le cas où les nouvelles sont négatives ou mauvaises. Il est certain que toutes informations, quelles soient bonnes ou mauvaises, méritent d'être communiquées, portées à la connaissance du grand public à condition qu'elles respectent les normes professionnelles. Les principes déontologiques et d'éthiques. Il revient à chacun, journalistes et patrons de médias, de choisir sa priorité entre les bonnes et les mauvaises nouvelles. Le cas d'Haïti est atypique. La promotion des images les plus négatives du pays par les médias locaux et étrangers est la règle générale. Ce qui contribue beaucoup à maintenir le pays dans l'état de pauvreté extrême où il se trouve actuellement. Les médias ont-ils donc le devoir de ne projeter qu'une image positive du pays ? Ils ont ce pouvoir, mais pas forcément le devoir. Les journalistes sont libres dans leur choix d'information. Ce n'est pas une infraction. Sinon ils auraient pu être condamnés par les autorités compétentes pour violation des principes établis. Avec les nouvelles technologies, chaque individu est un « journaliste » en soi. Les moyens de communiquer des informations positives ou négatives en temps réel ne sont plus l'apanage des journalistes et des médias. Chaque individu peut aussi contribuer à soigner l'image du pays en changeant de comportement personnel. En communiquant des images positives du pays par tous les moyens, dont les médias sociaux. La communication est avant tout une affaire d'image. Une question de perception. Haïti ne changera pas tant qu'on ne projettera pas d'elle, donc de nous, une image positive vers l'extérieur. C'est la responsabilité de chacun des Haïtiens. Espérons que chacun de nous saura assumer cette noble responsabilité.