Pour essayer de comprendre l'évolution de l'humanité, Lewis Morgan présuppose qu'elle a connu les stades subséquentes : la sauvagerie, la barbarie, la civilisation. Arrivé au terme de cette dernière, soit au début du XIXe siècle pour arriver vers la fin du XXe siècle a été marqué par des inventions et des évolutions technologiques. Depuis l'invention du télégraphe (par Morse en 1837), du téléphone (par Bell en 1876), du cinéma muet (par les Frères Lumière en 1895), de la radio (par Marconi en 1901), de la télévision (en 1927), de l'ordinateur (en 1945) et du réseau de l'Internet (en 1969), la façon de faire la nouvelle a complètement révolutionné, elle a pris une nouvelle dimension planétaire. Ces prodigieux développements technologiques et le développement des nouvelles technologies de l'information (NTIC) ont donné naissance à l'information continue. Les médias font appel à ces agences de presse pour enrichir leurs nouvelles internationales. Dans cette perspective, chaque média finit par être à un moment ou à un autre le gardien des valeurs sociales, économiques, politiques et culturelles spécifiques du pays dans lequel il évolue. Quoi que l`on dise, quoi que l`on fasse, personne ne peut réfuter cette thèse selon laquelle la presse est un élément indispensable pour le maintien de la démocratie. Ce qui me porte à croire que, seul dans un Etat où le désordre, la dictature, l'autoritarisme, le totalitarisme, l'anarchie règnent, cette idée est bafouée et remise en question. L'Affaire de Radio Kiskeya et Liliane Pierre-Paul C'est bon de faire l'histoire parce qu'elle nous permet de savoir, de comprendre où tout a commencé. Cette attaque peut être vue sur deux angles différents. D'une part, dans le processus d'une application à la lettre « des Dix Stratégies de Manipulation de Masse de Noam Chomsky », soit que le gouvernement continue à détourner, à distraire l'opinion publique sur les vrais problèmes de la nation. D'autre part, soit qu'il attaque pour de vrai la presse. Partant de la première hypothèse, il n'y a pas de doute, je sais qu'en Haïti, les hommes politiques ainsi que les membres de la société civile ont une culture de répétition. Cela dit, ils ont toujours tendance à refaire les mêmes erreurs afin de garder le pays dans des troubles sociopolitiques, économiques, latentes, permanentes. De 1995 à 2000, Haïti a perdu un nombre considérable de ses filles et fils, victimes de crimes à motivation politique ou de droit commun. Des étrangers également ont été emportés par cette vague de violence qui hantait les coins et recoins du pays décrite par l'ancien président d'Haïti, Prosper Avril, dans son livre: "Haïti: 1995-2000 le livre noir de l'insécurité" (deuxième édition, Publishers, US, 15 décembre 2004). Partant de la seconde hypothèse, je dirais, si les dirigeants et la génération actuels ne se souviennent pas de la lutte pour la liberté de la presse durant ces 50 dernières années, moi, je me souviens. Je me souviens des personnes comme Liliane Pierre Paul, Marie Lucie Bonhomme, Clarens Renois, Valéry Numa... Ont beaucoup combattu pour la liberté de la presse. D`autres ont été portés disparus, exilés, persécutés et tués pour cette noble cause. Les stations de radios ont été, à plusieurs reprises, victimes de fusillade, de fermeture, de censure à l`époque des dictatures. Je me souviens du coup d'Etat du 30 septembre qui a frappé la presse haïtienne de plein fouet. Les attaques contre la liberté d'expression en Haïti ont connu un niveau de violence sans précedent. La destruction systématique des stations de radio, difficultés de se procurer les hebdomadaires : « Haïti en Marche et Haïti Progrès ». Je me souviens que la presse a été bâillonnée, ce qui va donner naissance aux radios et journaux clandestins à cause de la fermeture ou l'interdiction d'émettre des bulletins de nouvelles. Parmi ces radios, citons : Métropole, Signal FM, Lumière, Galaxie, Super Star... Je me souviens des répressions à outrance contre des journalistes comme : (le directeur de la Radio Caraïbe, Jacques Gary Siméon, enlevé à son domicile et assassiné par balle; des membres de la radio métropole dont Richard Widemaier, Clarens Renois, R. François Jr sont convoqués au parquet du tribunal de première instance de Port-au-Prince sur demande du panzouiste Reynold Georges le 12 mai 1992. (HAÏTI, UN AN APRES LE COUP D'ETAT, p70-80). Alors, la question à se poser face à cette attaque que projette le gouvernement par l'intermédiaire du juge Zafra Lamarre Bélisaire à l'égard de la Radio Kiskeya et Liliane Pierre Paul, est-il prêt à nous faire revivre les atrocités du passé ? Aussi, est-il prêt à mesurer la dimension de ses actes ? La presse a pour mission de former, d'informer En dépit des positions que certains dirigeants et hommes politiques haïtiens ont à l'égard de la presse, aucun d'entre eux ne peut me dire avec certitude qu'elle n'a pas une place importante dans la société. Thomas Jefferson, l'un des fondateurs de la nation américaine et ancien président de cette dernière a déclaré vers la fin du 18e siècle et au début du 19e siècle: «Si l`on me demandait de décider s`il vaut mieux avoir un gouvernement sans journaux ou des journaux sans gouvernement, écrivait-il en 1802, je préférais sans l`ombre d`une hésitation, la dernière proposition.» James Madison, l'un des pères de la Constitution américaine, ancien président des Etats-Unis d`Amérique a aussi déclaré: « En absence d`informations fournies au peuple ou des moyens pour le peuple de s`informer, tout gouvernement populaire n'est que le prologue à une farce ou à une tragédie, ou peut-être l`une ou l'autre.» La liberté de la presse repose sur l`indépendance du système judiciaire, la vigilance des citoyens, le respect de l`État de droit et de la liberté d`expression. La liberté de la presse ne peut être garantie sans la protection des autorités judiciaires du pays en question. L`Etat doit tolérer la plus grande liberté d`expression. Il faut définir la liberté de la presse comme la liberté de dire et d`écrire ce que l'on veut est équivalent à la définition selon laquelle la liberté en général serait la liberté de faire ce que l`on veut. La liberté réelle consiste, plutôt, à faire ce que l`on doit, défini par la raison à l`oeuvre dans les institutions et les lois. Ainsi, l'Etat doit interdire les opinions qui calomnient les individus, discréditent les représentants de l`État, se moquent des lois, incitent à la révolte ou propagent le crime.»(Friedrich Hegel). La presse est parfois nuisible Pourquoi certains dirigeants de par le monde, les politiciens et hommes d`affaires haïtiens, en particulier, ne sont-ils pas capables de tolérer et de protéger la presse? Pourquoi s`entêtent-ils? Pourquoi tremblent-ils? Pourquoi ont-ils peur? Ont-ils des choses à cacher? Dans leurs quêtes de formation pour mettre en garde la population, les journalistes sont obligés de creuser partout. Parfois, ils tombent sur des dossiers louches, de corruption et autres. Ce qui les permettrait de faire des ennemis qui sont mouillés dans ces affaires. Ces dirigeants peuvent être des hommes d'affaires ou des hommes politiques. Même quand la presse est nuisible, les dirigeants ou les politiciens avisés doivent tout de même la tolérer. Elle est indispensable au maintien de la démocratie. Pour Thomas Jefferson, la presse joue un rôle plus important que le gouvernement lui-même, il conçoit une nation sans gouvernement, mais il réfute une nation sans presse. La presse, élément incontournable pour la démocratie Sur le plan politique, les médias participent à la vie démocratique et défendre les valeurs qui s'y rattachent; la libre entreprise, la liberté, l'égalité, la justice, l'ordre et la paix. Parfois, les médias jouent un rôle critique envers les acteurs politiques. Ils se permettent de les contester, de les renvoyer à leurs délaitions et de les dénoncer si cela s'avère nécessaire. Les médias sont présents dans tous les événements importants de la vie politique: élections, referendum, plébiscite, formation du gouvernement, démission, etc. Dans un Etat démocratique, la presse doit être libre de toute intervention du gouvernement, quelle que soit sa forme. Elle ne peut être censurée, persécutée, ni contrôlée par le gouvernement ou les agences du gouvernement. Les journalistes de la presse parlée, écrite et télévisée ont pour mission et obligation de dévoiler au public les fonctionnaires corrompus, les organismes d`État qui violent les lois ou qui prennent les décisions politiques arbitraires. Aussi, les journalistes doivent exploiter les fuites, c`est-a-dire les informations fournies clandestinement, à titre confidentiel soit par des employés mécontents ou des membres de la société civile qui décident d`attirer l`attention du public sur les actions, les activités malhonnêtes et illégales du gouvernement. Les médias constituent dans les démocraties libérales un quatrième pouvoir. Ils commentent les grands problèmes de la vie politique et prennent position sur eux. Ils influencent les gens. En effet, on se fait fréquemment une opinion au sujet des gouvernements en partant de ce que les médias en disent et en pensent. Le pouvoir d'influence des médias est appréciable dans la mesure où il favorise les débats et la participation à la vie politique. Aujourd'hui, les médias suivent les politiciens à la trace, si bien que le public finit par savoir tout de leur comportement, leur présence aux portes des Parlements fait en sorte que les gouvernants doivent rendre des comptes quotidiennement à la population. L'information constitue l'un des piliers de la démocratie, sans laquelle le citoyen serait la proie facile des gouvernants sans scrupule. Donc, les président Thomas Jefferson eut raison quand il a déclaré: « La presse joue un rôle plus important que le gouvernement lui-même, il conçoit une nation sans gouvernement, mais il réfute une nation sans presse. »