L'une des lois immuables de la nature humaine, la mort, n'a jamais fait d'exception. Alphonse de Lamartine, dans une métaphore pleine de douceur, nous offre en de très beaux vers une version tissée de réalité:
«Le livre de la vie est le livre suprême
Qu'on ne peut ni fermer ni ouvrir à son choix
Le passage attachant ne s'y lit pas deux fois
Et le feuillet fatal se tourne de lui-même
On voudrait revenir à la page où l'on aime
Et la page où l'on meurt est déjà sous nos doigts».
Je revois en écrivant ces lignes le jeune et fougueux agronome Ernst Pedro Casséus, frais émoulu de la faculté d'agronomie et de médecine vétérinaire. Il visitait à cette époque la famille Lubérisse où vivait un beau bouquet de jeunes demoiselles, toutes nièces de ma soeur aînée Sylvanie. L'une d'elles, Lucette Colimon, ne tarda pas à devenir la dulcinée de Pedro Casséus qu'il alla vite épouser. Ce dernier, comme moi d'ailleurs, se joignait aux amis de mon beau-frère en fin de semaine pour parler de politique et d'actualités. Ces aînés aimaient écouter les points de vue de l'agronome qui les épatait par ses analyses. Pedro était un homme de grande culture, de plus c'était un féru de la politique, un membre important du M.O.P. depuis sa jeunesse.
Tout au début de sa carrière, l'agronome se spécialisa à maintes reprises, à divers endroits, dont le Chili et les États-Unis, pour ne citer que ces pays. Au dire de plus d'un, il eut une brillante carrière de fonctionnaire. C'était un économiste chevronné, apprécié, un conseiller toujours disponible. Professeur, il prenait à coeur sa tâche qu'il accomplissait dans le respect de ses collaborateurs et de ses étudiants, tant en Haïti qu'à l'université nationale du Zaïre.
En dépit de ses connaissances étendues dans sa spécialité, l'homme resta toujours le même, sympathique, d'une simplicité exemplaire, dépourvu de farfelu, rien d'un pédant. Doté d'une aménité exceptionnelle, il menait sa vie sans artifice. Catholique pratiquant, il participait souvent aux jours de retraite et de prière qu'organisaient des groupes religieux: le foyer Sainte-Marie et la congrégation des Soeurs Missionnaires de l'Immaculée Conception.
Lors des élections générales de 1990, l'agronome Ernst Pedro Casséus se porta candidat à la députation pour la première circonscription de Port-au-Prince. Élu, il fut choisi par ses pairs comme président de la Chambre des députés. Il fut réélu en 1995. En 2004, il publia son livre, un précieux dictionnaire géographique et toponymique de la République d'Haïti.
Tombé malade, il n'a jamais pu recouvrer la santé, jusqu'au vendredi 30 août, jour où il a fermé pour toujours ses yeux. Ernst, tu es parti, mais ton souvenir, celui de l'homme intègre que tu as été, restera dans ma mémoire et dans celle de tous ceux qui t'ont connu et aimé. Quelques heures après ta mort, j'ai été consolé un peu, en lisant sur l'ordi, à la rubrique Deuil du Nouvelliste annonçant ton départ, une toute petite annonce qui finit ainsi : Il était un homme de bien.
Oui! Homme de bien tu le fus, agronome Ernst Pedro Casséus. Tu as rempli ta mission. Tu fus un modèle. Que la terre te soit légère.
Mes sympathies à Mme Colette Casséus, à mon neveu Vladimir Casséus et mes nièces Ruth Myrtho Casséus , Clara Rachel Casséus Eybalin, et
à tous ceux qui sont affectés par ce départ.
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