Exacerbée par le dossier de la violation des droits acquis des citoyens dominicains d'origine haïtienne, la crise de la gouvernance politique--je devrais dire la bataille de l'après-Martelly--porte en elle une immense attente: retrouver ce qui est spécifiquement essentiel, prioritaire. Selon moi, qui ne crois qu'au compromis et non à la confrontation aveugle, il s'agit de montrer ce qui relève de l'instinct de mort et ce qui est essentiel à la bonne marche des affaires publiques, ce qui nous distrait de nos préoccupations quotidiennes et ce qui nous préoccupe véritablement. Depuis très longtemps, nous ne sommes plus effrayés par les crises à répétition, les scandales, la médiatisation à outrance des conflits interétatiques. Depuis l'ère lavalassienne, cette multitude de bulles de crise conjoncturelle qui sont souvent toutes ou presque des distractions, des diversions, des fuites en avant, des manipulations directes soit du chef de l'Etat lui-même soit de son entourage ou de ses alliés, sert de toile au pouvoir. Dans quel but? Pour "gérer"le tempo politique, le temps des promesses et pour masquer les ondes de choc de l'exercice de l'action gouvernementale. Avec le président Martelly, la stratégie des réalisations se poursuit sans le moindre frein malgré une opposition de plus en plus tumultueuse. D'ici fin 2014, la concrétisation des divers chantiers, projets et programmes en cours d'exécution, estime Michel Martelly, pèser lourd sur les prochaines élections. La vérité est là, en dépit de ces relations conflctuelles entre l'Exécutif et le Parlement, notamment sur les questions du 2e tiers du Senat et de la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif, et les crises larvées au sein du CSPJ et du CTCEP. Outre ses efforts et résultats qu'on peut constater dans les domaines de la sécurité, de l'éducation, de l'assistance sociale et sur le plan des réformes liées au cadrage propre à l'investissement, le gouvernement actuel a misé beaucoup sur les infrastructures (la construction du village politico-administratif et des deux viaducs à Delmas et à Carrefour en temoignera avec éloquence). En revanche, ce qui l'est moins, et qui est à la base de ces manifestations, c'est la manière de traiter certains dossiers et problèmes. La question de l'opposition est là pour le prouver. L'équipe dirigeante n'a pas, su au départ appréhender les stratégies de l'une ou l'autre opposition. Elle a minimisé avec beaucoup de fantaisie les objectifs et ambitions avoués et inavouables de l'opposition - toutes tendances confondues. Il fallait être vigilant et circonspect sous peine de paraître belliqueux ou arrogant face à des opposants passés maîtres dans l'art du rache manyòk ou de l'agitation incendiaire. Ce n'est pas l'opposition qui se porte bien, même si cette dernière semble gagner la bataille de l'opinion ou de la communication(?); non; pas vraiment! Il est bon de le rappeler. Il est bon de rappeler aussi aux dirigeants qu'un climat propice aux investissements privés et étrangers est avant tout un climat politique apaisé, fondé sur le dialogue permanent entre les forces vives, la résolution pacifique des conflits. Mais la bonne gouvernance a toujours tendance à les prevoir pour eviter leurs fâcheuses conséquences, non ?