Par Hérold Jean-François L’année 2013 qui vient de se terminer a vu notre pays évoluer entre les velléités de progrès et les attraits de la continuité des pratiques qui nous ont valu deux cent neuf ans de retards ! Sur le plan politique, on n’a pas délibérément honoré les rendez-vous qui devaient aider à la consolidation de nos institutions. Le parlement fonctionne avec un sérieux handicap: le tiers du Sénat dont le mandat a pris fin depuis mai 2012 n’a pas été renouvelé et on a passé l’année avec une tension résultant de la volonté du président de la République qui aurait dit à des parlementaires au cours de différentes rencontres, qu’il mettra fin à leur mandat en janvier 2014. La confusion de deux textes de lois aidant, la question de la date de la fin du mandat d’un deuxième tiers du Sénat empoisonnera la vie politique et détériorera considérablement les relations entre le parlement et l’exécutif. En 2013, nous avons persisté dans la voie du retard programmé. Le chef de l’État qui, selon la Constitution, est le garant de la stabilité et de la continuité des institutions (article 136) est celui-là même qui est défaillant quant à ces exigences. Et M. Martelly ne se gêne pas pour revendiquer ses prérogatives quant à cet article 136… Un président en rébellion et poussant à la rébellion… En 2013, le président de la République s’est mis au travers de la Constitution contre laquelle il est entré en pleine rébellion. Selon ses sautes d’humeur et ses caprices du moment, privilégiant les règlements de comptes et les coteries de vielles commères, Michel Martelly a trainé les pieds en retardant au maximum les échéances qui ne cadrent pas avec son agenda occulte. Il prend plus de deux mois avant de réagir au projet de loi électorale. Michel Martelly, n’en faisant qu’à sa tête et se conformant à la logique du mur, a mis le pays sur les sentiers battus de la division et de la contestation en se confortant dans le retard programmé. Résultat : inutile perte de temps, tension politique… Dans la même logique autoritaire et d’affaiblissement des institutions, le pouvoir exécutif a préféré prendre le contrôle des mairies en y nommant des « agents intérimaires de l’exécutif », plutôt que d’accélérer le processus devant permettre l’arrivée dans les administrations municipales, de légitimes élus. L’acte le plus répréhensible posé par la présidence haïtienne en 2013 est cette lettre en date du 4 octobre 2013 du président Michel Martelly à madame Nonie Mathieu, présidente sortante de la Cour Supérieure des Comptes où Michel Martelly va jusqu’à inciter cette magistrate de cette importante juridiction à ignorer le Sénat qui est le pouvoir de nomination des Juges de la Cour. Martelly demande aux juges de la Cour des Comptes et du Contentieux Administratif de rester en place. Or, le Sénat a déjà élu les remplaçants des membres sortants. Cette pièce suffit pour mettre en accusation le chef de l’État pour crime de haute trahison. Mais nous savons bien que dans l’actuelle réalité, la Chambre des Députés qui, au deux tiers, doit prononcer cette mise en accusation mange dans les mains de l’exécutif. D’ailleurs, depuis le 24 septembre 2013, le Sénat n’a-t-il pas voté une mise en accusation du président de la République, du premier ministre et du ministre de la Justice pour crime de haute trahison suite à l’affaire du juge Jean-Serge Joseph ? Décision classée sans suite… Confusion des pouvoirs On attendra encore en 2014 ou après pour voir se concrétiser l’indépendance des pouvoirs consacrée par la Constitution que nous avons attendu en vain en 2013. Le parlement haïtien nous a donné à bon droit, de sérieux signes d’inquiétudes. Quand nous savons que le président Michel Martelly n’avait que trois élus de son parti suite aux élections qui l’ont emmené au pouvoir, nous avons une bonne illustration des pouvoirs de l’argent et de la corruption pour former une majorité présidentielle aveugle à la Chambre des Députés. Depuis l’ouverture de l’ère démocratique avec le vote de la Constitution du 29 mars 1987, on n’a jamais vu une Chambre des Députés aussi vénale et dépendante, affectant du même coup le libre jeu institutionnel et le changement démocratique. Entre la chambre unique j’approuve de l’ère Duvalier et l’actuelle Chambre de Députés, il n’y a quasiment pas de différence. On ne vote plus selon les intérêts du pays, sinon suivant les besoins de la cause qui, évidemment n’est pas celle du progrès et des intérêts du pays. On vote suivant les consignes du palais national et de la primature qui ne se gênent pas pour couper les vivres aux Députés de l’opposition en gelant illégalement les montants prévus au budget et destinés à l’exécution de projets dans les circonscriptions des élus de la Chambre basse. Si on avait besoin d’une illustration de l’aveuglement des élus au parlement, on n’a qu’à revoir dans sa tête, l’image de la séance d’interpellation de trois membres de l’exécutif au Sénat de la République, le 5 novembre 2013. Malgré le cahier de charges qui était à l’évidence contre les ministres, la minorité favorable au pouvoir a conduit au maintien de ces ministres qui n’avaient aucune chance d’être reconduits si le Sénat fonctionnait avec tous ses membres. Raison de plus pour s’inquiéter à bon droit de l’avenir de la Démocratie avec des institutions amputées, quasi inopérantes ou sous influence… La souveraineté dans la rue… Aujourd’hui, le parlement est une institution affaiblie qui, ne peut plus prendre de décisions en assemblée, conformément à ses prérogatives constitutionnelles. D’une part, l’exécutif a mis sous coupe réglée la Chambre des Députés, de l’autre, amputée d’un tiers, le Sénat est moribond. Dès lors, la souveraineté populaire est dans la rue, appelée à la rescousse le 9 septembre 2013 à la clôture de l’année parlementaire par le président du Sénat et président de l’Assemblée nationale, Simon Dieuseul Desras. Ce dernier, qui se confirme de plus en plus comme un chef de l’opposition, en a appelé à la mobilisation populaire contre Michel Martelly en rébellion contre la Constitution et contre les lois de la République…Son appel n’est pas tombé dans les oreilles de sourds, car les manifestations de rue ébranlent le pouvoir qui se croit, en réaction, obligé de temps à autre de mettre à son profit, la rue à contribution. Les manifestants de l’opposition sont régulièrement confrontés à ceux du pouvoir qui les agressent à Pétion-Ville, aux Gonaïves, au Cap-Haïtien, aux Cayes plus récemment et ailleurs… De l’institution judiciaire L’institution judiciaire qui doit être le pilier principal de l’édifice démocratique n’a pas envoyé à notre pays en 2013, des signaux plus encourageants. La création du Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire qui était vu comme une avancée et qui était mis au compte des actions positives de Michel Martelly aura vite été une grande déception. Martelly a repris d’une main ce qu’il avait donné de l’autre main. En 2013, le pouvoir judiciaire haïtien n’a pas été moins dépendant qu’avant, au contraire. La dépendance aujourd’hui est telle que le ministère de la Justice écrit des notes endossées docilement par le président du CSPJ ! L’emprise du ministère sur le pouvoir judiciaire a été écrasante en 2013. La justice est dans les poches de l’exécutif qui l’instrumente pour persécuter ses opposants comme on l’a vu avec l’avocat André Michel ou avec les opposants Josué et Enol Florestal. Dans tout l’appareil judiciaire, le pouvoir compte des magistrats serviteurs, dévoués à sa cause. Et quand un magistrat sort des rangs, la pression directe de l’exécutif est telle, qu’elle fait monter la tension à exploser les artères et l’on a un accident cérébro-vasculaire... Le décès suspect, le 13 juillet 2013, du juge Jean-Serge Joseph est une bonne illustration de cette situation. Magistrat courageux et esprit indépendant, le juge d’instruction Jean-Serge Joseph décide d’instruire le dossier d’accusation de corruption introduit contre la première dame et l’un de ses fils. Il en est résulté une implication directe du président de la République, selon des témoignages et une enquête révélée par une commission sénatoriale. Michel Martelly aurait harcelé le juge dans une réunion le 11 juillet 2013 qui n’aurait jamais dû avoir lieu au regard de la séparation des pouvoirs consacrée par la Constitution. Aujourd’hui, la famille du juge Jean-Serge Joseph, la population de L’Estère d’où il était originaire et la nation tout entière pleurent l’un de ses dignes fils… La police nationale, bras armé de l’exécutif… La Police Nationale d’Haïti en 2013 a été une institution au service du pouvoir exécutif comme vient de le confirmer le président Martelly lors de la sortie de la dernière promotion de la PNH, le 27 décembre 2013. On a déploré en 2013 une attitude servile de la PNH qui monte la garde autour du pouvoir en empêchant l’aboutissement de toute manifestation de l’opposition. Du Nord au Sud c’est le même constat. Le 18 novembre 2013 au Cap-Haïtien, la manifestation de l’opposition n’a pas pu se tenir, la police nationale de la deuxième ville du pays ayant quadrillé les espaces de la ville où cette démonstration populaire devait de se déployer. Cependant, au grand dam des acquis démocratiques, les partisans du pouvoir avec le président de la République en tête, ont pu marcher sur la ville en provenance de Vertières. La plupart des manifestations des opposants au pouvoir à Port-au-Prince se sont terminées par des tirs de gaz lacrymogènes. Dans les rangs, on enregistre des victimes intoxiquées ou des dégâts collatéraux dans le voisinage ou des situations encore plus regrettables comme le cas du jeune étudiant qui a ramassé une bombonne de gaz lacrymogène qui lui a explosé une main. La police nationale fait échec au droit de manifester garanti par la Constitution de 1987. A maintes reprises, en ondes, nous avons attiré l’attention du chef de la Police, Godson Orélus sur cette anomalie et le danger qu’elle fait planer sur l’institution policière, à l’instar de l’Armée d’Haïti dont l’action des chefs successifs avait conduit à la perte. La police nationale est une institution civile dont la mission est de protéger et servir en favorisant l’exercice plein et entier des garanties que la Constitution de 1987 reconnait au peuple haïtien. La PNH sous l’administration de Godson Orélus est en train de couper les cordons qui lient la police au peuple haïtien qui finira par lui tourner le dos. Quand l’autorité politique a décidé en janvier 1995 de dissoudre l’Armée d’Haïti, la population, de façon tacite, a adhéré à cette décision fatale. Les dirigeants de la PNH doivent savoir lire l’histoire pour en tirer leçons et enseignements…Quand pendant le coup d’État du 30 septembre 1991 nous écrivions que Raoul Cédras portait le dernier képi qui dirigera l’Armée d’Haïti, d’aucuns pensaient à des divagations d’intellectuel, mais cette prophétie ne s’était-elle pas, concrétisée ? La police nationale si elle veut survivre à l’actuel pouvoir doit rectifier le tir en se cantonnant derrière la Constitution pour éviter qu’elle ne se transforme en bras armé au service de mauvaises causes… Résultats et échecs Sur un autre terrain, la police nationale a eu des résultats comme des échecs. On a constaté en 2013 une certaine maîtrise de la sécurité publique. Le grand banditisme a fleuri avec plus ou moins mauvaise fortune à cause de coups d’éclats de la police nationale très active sur le terrain. Arrestation de bandits, démantèlement de gangs avec ça-et-là des recrudescences de l’insécurité véritable bête à mille têtes. Mais globalement, le niveau de sécurité était assez respectable en 2013. Puissions-nous vivre dans un pays encore plus sécurisée en 2014… Par contre, la Police a mis du temps à pouvoir maîtriser certaines situations comme le cas de la guérilla sur la route nationale numéro 2 au-delà de Vialet à Petit-Goâve. Ce n’est que sur le tard, après plusieurs mois d’entrave à la libre circulation des biens et des personnes, de paralysie des activités de la côte Sud du pays, que la PNH a commencé à arrêter les bandits, les têtes de pont, après que certains se soient volontairement démobilisés… Une situation assez trouble qui demanderait une investigation plus profonde… Par ailleurs, vers la fin de l’année 2013, les foyers de banditisme se sont rallumés à cité Soleil dans une guerre de gangs qui a fait des victimes et suscité des déplacements de population. La police nationale, privée de grands moyens ou par défaut d’instruction émanant de l’exécutif prend trop de temps pour réagir face à ces situations. Il est souhaitable que de la même façon que le pouvoir Martelly sollicite, de manière illégitime, la police pour entraver le droit de manifester de la population, il fasse une plus grande diligence pour contrer, dans la légitimité républicaine, le banditisme, en donnant à la PNH les moyens de sa politique. Il ne faut pas laisser à la population des quartiers défavorisés l’impression qu’elles sont, une fois de plus, laissées pour compte quand le pouvoir réagit avec indifférence pour résoudre une intolérable situation d’insécurité. Nous souhaitons qu’avec l’arrivée sur le terrain de la nouvelle promotion diplômée le 27 décembre dernier, les capacités d’intervention de la PNH s’amélioreront quantitativement et qualitativement. Mais le directeur général de la PNH a tout à gagner à entendre l’évaluation de la population et des voix autorisées quant à l’asservissement de l’institution policière par le pouvoir Tèt Kale… Une année de contestations 2013 a été assez largement une année de contestation. De part et d’autre, la grogne a fusé dans le pays en 2013. L’opposition organisée a réalisé diverses rencontres dans le pays pour reprendre l’alternative et remplir le vide en face du pouvoir. Au Cap-Haïtien, aux Cayes, aux Gonaïves, dans le Plateau central sans parler de la capitale, terrain fertile en manifestations, la contestation a grondé contre l’administration Martelly/Lamothe. Même les tenants d’une organisation politique à la popularité usée et affectée par la dernière crise politique de 2001-2004 ont essayé de se refaire une difficile virginité en prenant le leadership de la mobilisation populaire contre Martelly. Et il nous semble que cela ne devrait pas s’arrêter en route. Tous les ingrédients sont en train de se fermenter pour que les débuts de 2014 s’annoncent difficiles et explosives. La pomme de discorde électorale sera mangée de part et d’autre et les sorties inopportunes d’un pouvoir instable, amateur et volatile nous donnent à l’avance la garantie de ne pas pouvoir échapper à une aggravation de la crise sociale et politique en 2014. Une année de récupération Mais 2013 a été aussi l’année de la récupération. Récupération des effets dévastateurs du tremblement de terre du 12 janvier 2010. On est sorti de l’ambiance des déblais pour entrer dans une certaine phase de reconstruction. Reconstruction privée et chantiers publics. Des institutions de l’État qui ont perdu leur siège ont été relogées et celles qui attendent la fin de la construction des nouveaux immeubles de l’administration publique vivent mieux dans les espaces temporaires aménagés. Le secteur privé a montré une certaine dynamique dans la reconstitution notamment de la capacité d’accueil sérieusement affectée par le séisme du 12 janvier 2010. Plusieurs hôtels sont sortis des fondations et ont été inaugurés particulièrement à Pétion-Ville. Dans certains cas, d’autres développements suivront pour améliorer l’offre d’espace confortable et moderne. Dans la zone métropolitaine, on n’est pas loin d’atteindre un millier de chambres quand toutes les constructions et extensions seront totalement terminées. Cette réalité de chambres de qualité disponibles favorisera le développement touristique et la prospection en vue de l’investissement conformément au slogan du pouvoir « Haiti is open for business ». Captage des investissements, au-delà du slogan… Au-delà du slogan, il y a beaucoup à faire pour capter les investissements malgré les chiffres jubilatoires avancés par le Centre de Facilitation des Investissements. Deux ans après, Caracol tourne presqu’à vide, les nouveaux occupants tardent à arriver, il n’y a pas encore de bousculade pour se rapprocher des 65000 emplois visés, à terme. Nous devons définir nos priorités, entrer de manière irréversible sur la route de la stabilité institutionnelle, laisser de côté le superflu que représente notre vision étriquée du pouvoir, de sa jouissance et de ses excès autoritaires. On doit justement abandonner l’enveloppe autoritaire pour revêtir des habits conformes à l’état de droit, au respect du jeu institutionnel, développer le souci de la précision de l’horloge fixant le temps, en honorant immanquablement à temps, les échéances électorales, les agendas prévus par la Constitution pour garantir la sérénité et un régime politique conforme à l’universel. L’universalité des comportements et des attitudes, voilà ce qui doit être notre objectif comme société, pour sortir de nos particularités bizarres qui génèrent la réaction et les comportements de nos interlocuteurs étrangers qui nous font des montages sur mesure, en fonction de nos idiosyncrasies, nos haïtianneries… Réveil de la société civile et devoir de mémoire En 2013, la société civile s’est notablement secouée. Les organisations de défense des droits de la personne comme les associations du devoir de mémoire ont mobilisé l’opinion publique pour marquer des dates qui, sous le régime des Duvalier, avaient fait mal à notre société. Le 26 avril 2013, l’Église Saint-Pierre à Pétion-Ville était assez bien remplie. On commémorait les cinquante ans de la journée sanglante du 26 avril 1963 marquée par une répression du régime dictatorial qui a touché des proches de militaires accusés de comploter contre la famille présidentielle. D’autres dates ont été également commémorées, et les victimes ou parents de victimes, des témoins ont brisé le cercle de la peur pour livrer leur témoignage sur ces événements marquants de la dictature des Duvalier. Percée de la justice… 2013 aura été également une année de perspective dans la quête de l’établissement de l’état de droit. On a pu voir trois anciens présidents de la République devant leur juge. Ce n’est certes pas encore la fin du vieux système garantissant l’impunité totale à nos dirigeants en particulier et aux administrés en général, mais c’est une petite lueur dans le long tunnel de l’impunité qui est le mal fondamental en Haïti. Jean-Claude Duvalier, ancien Président-à-Vie, ancien maitre des vies et des biens pendant près de quinze ans devant un juge qui lui pose des question sur des dossiers de corruption ou sur des cas de violation des droits de la personne, ce n’est pas rien. C’est sans précédent et cela doit être considéré comme une petite victoire de la justice haïtienne. L’ancien président René Préval, pour sa part, ne s’était pas fait prier pour se présenter devant un juge pour témoigner dans l’affaire de l’assassinat de Jean Dominique et de Jean-Claude Louissaint. Il n’a pas fait obstruction ni tout un cirque comme Jean-Bertrand Aristide qui a cru bon de se faire « accompagner » par la rue…De toute façon, bon gré mal gré, trois anciens chefs de l’État ont été entendus par la justice. Cela est de très bonne augure. Nous ne désespérons pas qu’Haïti devienne un espace où nos dirigeants, même en fonction puissent rendre compte de leur gestion et être jugés convenablement, le cas échéant par les instances préposées à cette fin. C’est le pas à franchir pour une rupture véritable avec le vieux système politique qui résiste au changement et qui nous semble imperméable, bientôt vingt-huit ans après l’ouverture de l’ère démocratique dans notre pays. Mobilisation ouvrière L’année 2013 a pris fin sur des revendications salariales. Des ouvriers du parc industriel de la capitale ont manifesté dans les rues pour faire entendre leurs voix. Ils réclament 500 gourdes par jour. Une pitance pour certains, mais une revendication irréaliste pour les patrons qui réfèrent aux salaires payés dans la région par l’industrie de la sous-traitance. Malgré les réserves de certains sur cette industrie frileuse et incapable de mettre un pays dans l’orbite du progrès social et dans la croissance, il faut préserver ces emplois. Oui, il faut les préserver en attendant de vaincre nos peurs héréditaires de l’investissement industriel conséquent qui viendra transformer les produits de notre agriculture modernisée et prise en charge par le grand capital ou exploiter nos ressources enfouies pour produire de la richesse en volume respectable et notable pour une répartition équitable transformant chaque citoyen de notre pays en un consommateur potential, détenteur de puissants pouvoirs d’achat. Perspectives 2014 ? Voilà pour l’année 2013 où en dépit de tout, les initiatives privées et publiques ont induit une situation de croissance évaluée à 4%. Les avancées dans les grands chantiers publics comme le projet de l’Ile –à-Vache, les constructions d’aéroports annoncées ici et là, et les autres projets d’infrastructures communales vendus par les députés de la majorité présidentielle, si elles dépassent la phase de la propagande officielle qui était de tous les instants en 2013 (une année de propagande massive), pour se concrétiser jusqu’à l’inauguration, devraient nous assurer une croissance plus importante. Evidemment, la croissance visée doit être portée également par des investissements dans des projets agricoles et avicoles pour limiter la dépendance de nos voisins dominicains avec lesquelles nous sommes entrés dans une crise qui risque de perturber sérieusement nos relations commerciales. Nous devons nous mettre au travail en 2014 pour relancer l’agriculture haïtienne, la production nationale en développant de nouveaux créneaux, la pêche dans laquelle nous avons un immense retard, les cultures maraîchères, les agrumes que nous importons massivement de la République Dominicaine, l’extension des surfaces cultivables en riz dans la Vallée de l’Artibonite, à Saint-Raphaël et à Torbeck notamment. Nous devons en 2014, sortir des sentiers battus de la politique traditionnelle haïtienne pour privilégier le développement, la modernisation et le progrès social. Nous mettre au travail, favoriser la circulation des biens et des personnes dans un pays mieux connecté. Viser la concorde et la paix sociale sont des objectifs nobles en 2014, en Haïti. Cette année 2014 sera ce que nous décidons ensemble qu’elle sera, sans fatalisme. Avons-nous cette fois-ci un projet collectif pour sortir de l’improvisation des années passées? Bonne Année 2014 !