Il y a des points communs entre le fonctionnement d’un pays et celui d’une famille.Le pays peut être considéré comme une grande famille et on dit, d’ailleurs,que la famille est la cellule de base d’une société. On rencontre des problèmes dans des foyers, dans des familles par manque de communication. Il y avait dans le temps des conseils de famille pour les résoudre par le dialogue. Judith trouve que les relations avec son conjoint se sont améliorées depuis qu’elle a cessé de nourrir des ressentiments contre celui-ci et qu’elle a pris la décision d’emprunter la voie du dialogue pour résoudre les difficultés.Elle a donné une seconde chance à leurs relations et cela s’est révélé payant pour les deux. Madiba,comme il l’avait toujours souhaité, a eu le bonheur de conduire son pays en une démocratie non raciale, où chacun a sa place.Ses seules armes,selon le journal Jeune Afrique,étaient le dialogue,le compromis et la constance dans ses idées. De ce fait,un pays n’échappe pas à ce même besoin de dialogue s’il traîne trop longtemps avec des problèmes non résolus .La parole représenterait une sorte de cure thérapeutique libératrice.Les réflexions seraient une sorte d’engagement collectif citoyen. Il faut dire qu’un dialogue entre citoyens depuis quelques années a été initié à travers les médias.Plusieurs émissions ont vu le jour en donnant la parole aux citoyens et ceux-ci arrivent à s’ exprimer librement et clairement sur des sujets variés. Je pense que le dialogue national dont on parle actuellement doit s’inscrire dans un contexte de consensus à trouver sur un certain nombre de sujets vitaux pour la nation haitienne et pour son développement futur.Mais il est aussi important que ce dialogue, pour être un succès, soit défini sur une période donnée, ait des objectifs et un contenu précis. On devrait adopter, au terme des rencontres, des résolutions dont le suivi devrait être assuré par un comité créé à cet effet. Interpellée par la gravité des problèmes de mon pays, intéressée par des solutions,j’ai relevé un certain nombre de domaines qui, à mon avis, doivent nécessairement faire l’objet de consensus, domaines, peut-être déjà identifiés par d’autres citoyens : Sur le plan politique 1- La question des élections Tout le monde est d’accord sur cette question.Le gouvernement aussi. Ceci reste un point important, car c’est une activité démocratique importante qui non seulement bouffe beaucoup d’argent que nous n’avons pas, mais qui génère beaucoup de violence. 2- La question du respect du mandat constitutionnel d’un élu J’ai l’impression que la personne qui arrive au pouvoir en Haiti arrive avec une peur : la peur de tomber. Aussi se croit-elle obligée d’avoir son groupe de piquets, de cacos, de macoutes, de chimères, de mercenaires ou autre pour assurer sa protection. A-t-elle totalement tort ?- Je ne suis pas tout à fait sûre.Notre histoire de peuple en dit long sur ce sujet. Je crois également que les conditions de destitution d’un dirigeant qui outre passe les limites fixées doivent être clairement définies et acceptées, de manière à éviter au pays des conflits qui le fragilisent et l’appauvrissent davantage. Un Etat de droit commence par là. 3- La question de la justice Si un pays arrive dans cet état de délabrement mental, moral et physique, il faut des responsables, des coupables. J’ai entendu des gens dire : Nous sommes tous responsables. Je suis désolée, je ne peux pas être responsable au même titre qu’un président de la République, un sénateur, un ministre, un maire, un directeur, même si en tant que citoyenne je peux reconnaître ma part de responsabilité. Et c’est pour cela que je suis prête à pardonner et à réparer. A défaut de sanctions légales - puisque la nation est trop divisée pour y arriver -je voudrais voir nos dirigeants se présenter devant la nation et faire leur mea-culpa à propos des faits qui leur sont reprochés et définir les conditions de réparation. Pour qu’on arrive finalement à la paix. Beaucoup trop de gens ont souffert. On ne peut pas passer un trait dessus comme si c’était rien.Les jeunes qui grandissent ont besoin de garde-fous,de « pinga ». Ou alors les mêmes causes vont reproduire les mêmes effets. Et c’est le cercle vicieux. 4- La question de la Constitution et de l’harmonisation des rapports entre les pouvoirs. Je ne vois pas comment nos dirigeants pourront éviter les conflits, vu tous ces non-dits et confusions dans la Constitution. Il me semble qu’il y a un travail à faire par la société civile et les dirigeants à ce niveau . 5- La question de la présence de la Minustah Haiti est le seul pays dans la région à avoir une mission des Nations unies. « La présence de cette troupe est très négative pour les investissements. Quelles sont les structures qui manquent et qui justifient cette présence? Comment faire pour les avoir? Quel effort sera consenti par les leaders de parti, le gouvernement, les citoyens pour respecter les institutions et les accords internes sur le plan économique? 6–La question de l’environnement. Tous les pays qui veulent aller vers un développement durable savent qu’ils doivent prendre des mesures pour protéger leur environnement. Ceci englobe, entre autres, la gestion de l’espace tant urbain que rural, le contrôle de la faune et de la flore, la gestion de l’eau, etc. Etant donné nos mauvaises habitudes séculaires de peuple en matière d’environnement, il me semble qu’il nous faut trouver un consensus. 7- La question économique proprement dite Quel choix économique pour Haiti? Va t-on, à l’instar de la République dominicanie, ouvrir le pays aux investisseurs nationaux et étrangers pour créer plus d’emplois et plus de richesse et permettre à nos jeunes d’être heureux dans leur pays? Quels secteurs économiques à développer? Les pays qui avancent ont consenti des réformes importantes dans plusieurs domaines. Quels sont les sacrifices auxquels la population et les leaders de partis politiques sont prêts à consentir pour favoriser un climat d’affaires susceptible d’attirer les investissements? Plusieurs études ont déjà été réalisées dans ce domaine. Ce qui a toujours manqué, c’est un consensus, une décision, un engagement, une autorité. Le gouvernement actuel est au travail. Beaucoup de gens le reconnaissent. Mais pour renverser la tendance vers la pauvreté qui a longtemps duré, il faut faire des pas de géant, et la seule façon d’y arriver, à mon humble avis, c’est d’impliquer la population. 8- La question de l’éducation. Les pays émergents ont engagé de grandes réformes, notamment dans l’éducation. Ce point est crucial pour l’avancement d’un pays. Très probablement, des études sur l’état des lieux ont déjà été faites. Il faut, avec les acteurs du système, arriver à un consensus vers des solutions viables pour sortir l’école de la médiocrité et la mettre au service de la richesse. Dans son livre : La grenouille qui ne savait pas qu’elle était cuite ……., Oliver Clerc a relaté ceci : « Voilà près de 12 ans que j’ai publé pour la première fois la métaphore de la grenouille qui cuit à petit feu dans sa marmite…… Ces 12 ans ont largement confirmé le principe qu’elle illustre : la lente dégradation d’une situation, dégradation si progressive qu’elle échappe à notre conscience et qu’elle échoue à susciter une réaction. Il continue plus loin pour dire : l’une des raisons pour lesquelles la grenouille finit par cuire, c’est qu’elle n’a pas de thermomètre autre que sa peau pour apprécier l’élévation de la température. Elle n’avait pas d’étalon fiable. Et nous, quels sont nos étalons? se demande-t-il. Pour ma part,je crois qu’il y a trop de souffrance, trop de misère, trop de désordre dans mon pays et qu’il nous faut puiser dans nos ressources divines cachées pour arriver vers des solutions. Rose Laure Brierre oiseau?violet@yahoo.com