Mot difficile à cause de sa complication due au double sens qu’on lui donne. 1) façon de voir, de concevoir un ensemble de choses complexes ; 2) perception imaginaire d’objets irréels. Tout dépend donc d’un ensemble de croyances et d’habitudes, de l’état d’esprit, des dispositions psychologiques ou morales qui forment la mentalité et commandent la pensée commune à chacun des membres d’une collectivité. Pour un dirigeant qui prépare en bonne et due forme un exposé général de ses intentions et de ses projets, avoir des visions, c’est le fait de voir ou de se représenter quelque chose ; de fixer et prouver ses objectifs ; de mettre les ressources du pays en valeur. C’est un visionnaire. Pour un halluciné aux prises avec une situation qu’il ne peut maîtriser, donc à la merci de la chance, avoir des visions, c’est le fait de s’abandonner à son imagination, de déraisonner, d’avoir des idées folles, extravagantes. C’est aussi un visionnaire. Il est quelque peu comique que le même mot soit utilisé à la fois pour désigner aussi bien le responsable politique ou le citoyen moyen capable d’anticiper qui a une intuition juste de l’avenir (écrivain visionnaire) qu’ un illusionniste qui croit avoir des révélations surnaturelles. Or, la mentalité est le lien le plus résistant qui rattache l’individu à son groupe. Certains estiment que les croyances superstitieuses sont inhérentes à la nature humaine et vont jusqu’à prétendre que cette inclination irrationnelle est inscrite dans nos gênes. Des études prouvent le contraire. Il en ressort que l’on devient superstitieux en raison de l’éducation que l’on a reçue. Vous allez sûrement m’interrompre et me dire que quelquefois je parle trop. Force est de constater que, malheureusement, de notre manière de voir, de nos rapports et de nos relations sociales découle une série de préjugés, d’habitudes, d’idées préconçues auxquels se mêlent des sentiments divers. Dans les échanges de propos de la conversation courante, l’abus de diminutifs affectifs (ti dlo, ti chita, ti domi, ti kay, ti nègès, ti bo, ti granmoun …) rétrécit notre champ de vision. Il va sans dire que dans cette façon particulière de voir les choses, il y a un grand achoppement pour l’esprit qui se heurte à une situation sans issue. Toujours est-il qu’avec le goût excessif que nous avons pris de ‘faire dans le petit’, tous les essais avortent et les chances de toute idée de vision sont plus éloignées que jamais. Il se trouve que notre réalité abonde également de choses extraordinaires. Il suffit d’ouvrir les journaux pour savoir qu’il se passe chez nous des choses imprévisibles tous les jours. La démesure des orages, des déluges torrentiels des Tropiques, des cyclones qui emportent les maisons, déroute quantité de gens plus sensibles à l’imaginaire qu’au réel. Follement superstitieux et doués d’une grande imagination, ils voient des signes avant-coureurs partout dans un univers ensorcelé plein de fantômes absolument prodigieux, sans frontières entre les vivants et les morts, schémas que les spécialistes en anthropologie rechignent à qualifier de comportement de ‘superstitieux’ préfèrant à parler de ‘folklore’, ‘coutumes et croyances populaires’. Il est important de faire la différence entre les croyances superstitieuses et la connaissance de faits exacts concernant l’avenir. Les mouvements précis des corps célestes permettent aux astronomes de prédire longtemps à l’avance et avec une grande précision des événements comme les éclipses et de déterminer leur position exacte à n’importe quelle date. Nous en avons reconnu récemment la justesse des prévisions. Voilà des années et des années que la routine est suivie et la routine est une chose effrayante! Ici comme ailleurs, nos pires ennemis, c’est nous-mêmes. Nous avons notre propre paresse d’abord, puis notre sotte timidité et notre entêtement à ne rien vouloir changer. Enfin : quels remèdes ou améliorations faut-il adopter ? S’employer à vaincre les obstacles ? Se Jeter à l’eau au lieu de nous suggestionner que nous sommes timides ? Il nous appartient de secouer notre engourdissement pour ne pas faire de la médiocrité une vertu, de façon à avoir des lendemains qui chantent…