Par Me Joseph André Gracien Jean Le pouvoir en termes d’espace politique pour un parti d’appliquer son projet de société ou son programme politique ; le pouvoir en termes d’espace pour un groupe de satisfaire les besoins du groupe ; le pouvoir en termes de privilèges politiques et économiques ; Le pouvoir en termes d’espace d’affirmation de soi. les élections Gagner les élections en vue d’avoir le pouvoir politique pour appliquer son programme. Gagner les élections pour pouvoir placer ses partisans dans des postes administratifs clefs ou stratégiques. Quelques considérations d’ordre politique et technique sur la place du conflit politique dans le dialogue interhaïtien Tenant compte de l’approche de la CEH et de la compréhension du processus par les partis politiques invités et qui y participent, nous sommes en face de la recherche d’une solution à un problème politique qui opposerait les protagonistes. A ce niveau, la CEH n’a pas tort s’il insère le dialogue dans le cadre d’un conflit politique dans toutes les composantes du concept. Car il est un fait certain qu’un conflit politique peut avoir de graves conséquences sur la société dans toutes ses composantes et l’Etat dans toutes ses structures. Ses conséquences pourraient ainsi consister à: fragmenter la société; déchirer le tissu social; diviser les composantes de la société; décomposer les structures sociales. Conduire à la « dysgouvernance », c’est-à-dire au dysfonctionnement des appareils étatiques conduisant vers ce qu’on pourrait appeler un « Etat de fait », à savoir un Etat perdant toute sa capacité de régulateur laissant ainsi son monopole de coercition entre les mains de bandes marginales qui imposent leur vision des choses et leur propre loi à l’ensemble de la société. Ce sont en quelque sorte les principales conséquences des conflits politiques non résolus et cumulés de 1806 à aujourd’hui, qui constituent des obstacles majeurs à l’établissement d’une société, d’un Etat de droit démocratique et de facteurs de blocage au développement socioéconomique du pays. Ce dialogue, quoique partiel et non global, trouve sa place puisqu’il répond et tente de répondre à un problème de société postcoloniale avec tous ses schèmes destructeurs coloniaux vieux plus de deux siècles. Partant du principe que la Conférence épiscopale d’Haïti et les participants à ce dialogue reconnaissent qu’ils sont en face d’une situation politique ayant l’allure d’un conflit politique, ils doivent rechercher la solution. Mais pour y arriver, il faut donc cerner et comprendre le conflit dans ses différentes parties dont la rhétorique tient pour postulat que « la compréhension d’un conflit réside dans l’identification et l’analyse sous forme de questionnement de ses trois parties » : QUI est concerné ? (personnes/protagonistes/ parties) COMMENT le conflit se manifeste ? (processus) QUEL est le problème ? (problème) Ces trois questions ou parties renvoient à une phase importante dans la compréhension de ce dialogue et de son aboutissement probable. Car la non-maîtrise ou l’incompréhension de ces trois questions ou parties et/ou la minimisation de l’une d’entre elles entraîneraient l’échec du processus. Abordons ces trois questions dans le cadre du dialogue : De la première question : Qui est concerné (Les Personnes/Les protagonistes) ? A cette question, il faut identifier les protagonistes tout en les classant par rapport à la place qu’ils occupent dans le pouvoir politique et par leur prise de position dans le conflit. Dans une large compréhension de la sociologie politique haïtienne, ils sont au nombre de six (6): Protagonistes issus du pouvoir exécutif et ses alliés politiques, le Parti haïtien Tèt Kale (PHTK) ; Protagonistes issus du pouvoir législatif et ses alliés politiques soit de leur propre parti politique ou d’autres partis politiques en opposition à l’exécutif ; Protagonistes à position pro-pouvoir : Consortium des Partis Politiques et d’autres partis alliés ; Protagonistes à position radicale : Mouvement de l’Opposition démocratique (MOPOD), Fanmi Lavalas et organisations populaires alliées comme FOPACH ; Protagonistes à position accommodante : OPL, FUSION, KID. Protagonistes d’occasion, de conjoncture ou d’opportunité politique, donc à position opportuniste : Partis politiques n’ayant manifesté aucune position politique et n’ayant aucune base sociale et politique. A partir de l’identification de ces six (6) catégories de protagonistes présents dans le dialogue, il est assez aisé de fonder votre jugement sur la typologie hétéroclite et voire nébuleuse de certains de ces six(6) catégories de protagonistes. Ce ne serait pas sans nul doute un exercice aussi facile pour la CEH de conduire une telle médiation avec autant de protagonistes à niveau de pouvoir inégal. De la deuxième question : Comment le conflit se manifeste –il (Processus) ? L’élément clef le plus souvent dans un conflit politique c’est l’aspect « pouvoir ». Ainsi, la façon dont les partis politiques et même les gens réagissent face au conflit d’habitude vient de leur perception du pouvoir politique. Si le pouvoir politique entre les parties/protagonistes est plus ou moins à niveau égal, ils-elles ont tendance à trouver les solutions à leurs problèmes. Par contre, si le pouvoir est inégale, la partie/protagoniste la plus forte a un avantage et peut choisir d’ignorer le problème. Il devient ainsi difficile pour la partie/protagoniste la plus faible de trouver une solution. Quelquefois les parties ne se rendent pas compte du pouvoir qu’elles ont. Dans le cas précis de ce dialogue, le mobile dominant de toutes les parties en présence, c’est sans équivoque le pouvoir politique. Certains partis politiques, comme le MOPOD, réclament la démission, par contre d’autres comme l’OPL, FUSION et KID parlent de gouvernement de consensus ou de salut public, ils ne visent tous que le pouvoir politique. Et de la troisième question : Quel est le problème ? Dans la rhétorique de la résolution des conflits, on parle généralement de l’identification et de l’analyse du problème, lequel peut avoir deux ou trois aspects pour ne pas dire sous-problèmes comme éléments sous-jacents. Mais dans ce dialogue il s’agit de trois points ou trois problèmes si nous restons dans la rhétorique : gouvernance, amendement de la Constitution de 1987 et élections. A ce niveau, la position de chaque catégorie de protagonistes pourrait varier d’un point ou d’un problème à un autre et il y aurait certains protagonistes qui pourraient même jouer sur deux ou trois tableaux comme opportunité politique. Les protagonistes issus du pouvoir pourraient jouer sur les élections ; Les protagonistes à position pro-pouvoir sur la gouvernance et les élections ; Les protagonistes à position radicale sur les trois ; Les protagonistes à position accommodant sur les trois également, et à la rigueur deux : gouvernance et élections ; Les protagonistes d’occasion ou d’opportunité politique sur la gouvernance en termes de refonte du gouvernent. Ce ne sont que des hypothèses par rapport à la prise de position de ses protagonistes. Conclusion Le dialogue interhaïtien qui se déroule depuis le 23 janvier 2014 sous les auspices de la Conférence épiscopale d’Haïti à la demande du président de la République est une bonne initiative pour marquer le début de l’année 2014. Une année de toutes les opportunités, mais qui pourrait vite se transformer en année de tous les risques si nous ne saisissons pas les opportunités comme le dialogue actuel, par exemple, pour arriver à une normalisation et pacification de la vie politique, à la cohésion sociale pour finir avec les vieilles rivalités coloniales, postcoloniales et postdictatoriales, à la mise en confiance des citoyens et des citoyennes, en particulier des jeunes générations dans leurs élites, leurs institutions et leurs gouvernants. Mais pour arriver à un résultat constructeur et durable, le processus doit prendre en compte l’aspect transformateur de la situation sociopolitique actuelle qui est vécue comme un conflit politique destructeur. Dans ce sens, la CEH et les protagonistes invités à ce dialogue et qui y participent doivent transcender pour pouvoir comprendre et admettre mutuellement que : « La dégradation de la situation sociopolitique actuelle et les turbulences sociales et politiques déstabilisatrices qu’elle génère, est une responsabilité partagée et que les parties ne doivent pas se voir elles-mêmes comme ennemies, mais plutôt comme collaboratrices avec un problème qui doit être résolu. Elles doivent pouvoir aborder les trois points ou problèmes sans attaquer l’une l’autre. Les trois points ou problèmes concernent les deux et chacune a la responsabilité de trouver une solution». Cependant, cette transformation de la situation sociopolitique actuelle qu’offre le dialogue interhaïtien ne pourra pas déboucher entre les protagonistes sur un accord profitable aux intérêts supérieurs de la nation, sans une prise de conscience de leurs mauvaises attitudes et de leurs mauvais comportements politiques en situation de conflit et qu’ils doivent s’engager à y renoncer mutuellement pour aller de l’avant. Cette manière transformatrice d’aborder et de se comporter en situation de conflit d’une manière générale et de conflit politique en particulier ne demande que la rupture avec une longue tradition de «culture politique de position » qui, chez les protagonistes politiques haïtiens, se caractérise généralement par les attitudes et comportements politiques qui suivent: Au niveau de la communication : Réservé-e, secret et trompeur-se. Coercitif-ve. Blâme et critique beaucoup. Indirect-e. Au niveau des attitudes : Méfiant-e. Individualiste. Concentré-e sur le passé. Agressif-ve et défensif-ve. Au niveau des comportements : Conclut un marché à partir de leur position. S’attaque aux autres. Utilise n’importe quelle norme pour obtenir de l’avancement. Considère seulement les options qui permettent son avancement. Au niveau des résultats : Victoire ou défaite. Compromis entre deux positions. Impression de dominer ou d’être dominé. Plaies morales à guérir. Aliénation. Que la Conférence épiscopale d’Haïti en prenne note et en fasse bon usage pour la réussite du processus ! Que les protagonistes en tirent leçon et s’en servent pour faire sursaut de dépassement d’eux-mêmes en vue de sortir avec un accord gagnant –gagnant au profit des intérêts de la nation! Que les lecteurs et lectrices en pénètrent le fond et en fondent leur jugement sur le processus de manière objective ! Que la nation haïtienne dans toutes ses composantes en sort gagnante des retombées bénéfiques de ce dialogue interhaïtien! Que les forces cosmiques illuminent l’âme des protagonistes et la nation tout entière ! Me Joseph André Gracien JEAN Magistère en sciences politiques Email : jgracien@yahoo.fr Portable : 3646-5622