Depuis la proclamation de l’Indépendance haïtienne, toute une classe intellectuelle étrangère, éprise de la politique du pire et incapable d’éviter la fuite en avant, dans ses efforts pour trouver des causes à la problématique haïtienne, s’attaque à nos héros perçus comme des personnages sans relief. Ces écrivains, des Français surtout, sollicités par des clivages partisans, ne finissent d’insister que les Haïtiens devraient adopter, in extenso, le modèle européen pour échapper à la barbarie et s’engager dans la voie de la démocratie et du développement intégré. Nos pères fondateurs deviennent sous leurs plumes l’objet de dérision et parfois même de jugements à l’emporte-pièce qui s’écartent de la vérité historique et de l’objectivité intellectuelle. C’est ainsi que, dans la foulée d’un Gustave d’Allaux, le Français Pierre Girard, dans un article publié dans les colonnes du journal Le Nouvelliste, à la fin du mois d’octobre 2013, a déclaré que « Toussaint est plat, unidimensionnel, un prince de conte de fée, un personnage pétri de contradictions». Autant de stéréotypes sur ce personnage extraordinaire dont la figure tutélaire est exécrée par des écrivains étrangers qui racontent avec emphase une histoire haïtienne à bon marché, grâce à la « valorisation mythique » et à « l’écriture de fiction » auxquelles ils s’adonnent pour offrir leur goût de l’exotisme et une parodie cynique du réel haïtien à un public soumis à un matraquage idéologique et à des simplifications abusives. Ces arguments, expression du désarroi qui torture l’esprit de quelques clercs pusillanimes, ont leur logique propre, basée sur des arrière-pensées sans prise sur le réel et dénuées de toute possibilité de s’imposer comme un instrument susceptible de provoquer un véritable débat d’idées. Une pareille absurdité est aussi révélatrice de la préoccupation de nombreux pamphlétaires obsédés par l’originalité de la révolution haïtienne et par son corollaire inévitable : la fondation de la République d’Haïti. Dans leurs écrits, les fondateurs de la nation haïtienne, particulièrement Toussaint Louverture et Jean-Jacques Dessalines, font figure de tyrans éloignés de ces idées civilisatrices propagées, pour le malheur de l’humanité, par une Europe sensible à l’asservissement des peuples et à la destruction des civilisations. « La Première Guerre mondiale et la révolution russe, enseigne l’historien Pierre Vayssière, montreront d’ailleurs que la barbarie est aussi enracinée au cœur de l’Europe dont le déclin paraît non seulement politique, mais aussi culturel ». Avant le réveil du tiers-monde, Haïti, par sa révolution, jetait les bases d’un nouvel humanisme orienté vers la libération de l’homme opprimé, sous toutes les latitudes. Ainsi cette révolution, contrairement à celle de 1789, d’essence bourgeoise, demeure, selon l’expression du sociologue Marcel Mauss, un « phénomène social, total, global ». La proclamation de Sonthonax du 29 août 1793, suivie du décret de l’abolition de l’esclavage par la Convention nationale, le 4 février 1794, a été la conséquence de la révolte des esclaves de Saint-Domingue qui a éclairé d’une lumière diaphane le champ social et politique des colonies françaises. Si un certain déterminisme lie les deux révolutions, il s’apprécie en fonction de la pression exercée par les esclaves révoltés sur le déroulement des évènements à Saint-Domingue et dans les autres colonies françaises d’Amérique. Aux prises avec l’invasion anglo-espagnole, le gouvernement français n’avait d’autre alternative que de libérer les esclaves dont l’intervention aux côtés des forces françaises devait permettre à la métropole de conserver la perle des Antilles. Le redressement militaire, postérieur au passage de Toussaint Louverture du camp espagnol au camp français, constituait l’évènement décisif qui permit à la France de faire front victorieusement à la menace anglo-espagnole à Saint-Domingue. Cet évènement doit être évoqué pour expliquer les démêlées de Toussaint avec les représentants de cette France trop attachée à ses intérêts économiques, garantis par le maintien du système colonial et esclavagiste. De la Constituante à la fin du Consulat, en passant par la Législative, la Convention montagnarde et le Directoire, la révolution française gardait son caractère libéral et bourgeois, aux antipodes de l’idéal démocratique préconisé dans le Discours sur l’inégalité par Jean-Jacques Rousseau. « L’inégalité politique et la privation des libertés se trouvent maintenues, au détriment des indigènes », précisent les historiens Georges Duby et Robert Mandrou, dans leur Histoire de la civilisation française. On ne peut comprendre la geste louverturienne sans évoquer ce que furent l’esclavage à Saint-Domingue, les démêlées réactionnaires des colons blancs et des anciens libres pour phagocyter le mouvement révolutionnaire dans la colonie, et surtout les luttes épiques des nègres, en vue de dépasser le stade infrahumain qui leur fut imposé, et accéder à cette humanité forgée à la pointe de l’audace et de l’intelligence par le Premier des Noirs. Le mouvement de la décolonisation a tellement rehaussé la personnalité de Toussaint Louverture, ce pionnier de l’émancipation des peuples du tiers-monde, qu’il s’avère nécessaire pour les tenants de l’histoire spéculative et pour les pitoyables défenseurs du colonialisme, d’entreprendre un nouveau départ, dans une ambiance de promiscuité qui, tout en répondant à la tâche assignée par des censeurs intolérants, s’avère incapable de s’élever à la hauteur des principes de l’histoire authentique. Il est évident que la révolte des esclaves contre le régime colonial, à Saint-Domingue, et le succès de la révolution haïtienne, dominée par la personnalité de Toussaint Louverture, sont de nature à provoquer l’exaspération de ceux qu’Alain appelait les « touristes d’idées », toujours prêts à exprimer avec acrimonie « une parole du ressentiment travestie en exercice de style et en destruction jubilatoire » de l’image de marque du Précurseur de l’Indépendance haïtienne. Demander à un descendant ou à un admirateur de l’ancien colonisateur de se montrer à la hauteur du « devoir d’engagement » qui incombe aux intellectuels sensibles à la cause de la justice et de la liberté, ce serait inviter l’un et l’autre à ne pas se ranger sous la bannière du néocolonialisme et à ne pas céder à ce que Jean-Paul Sartre considérait comme la « tentation de l’irresponsabilité ». L’esprit de finesse et de perspicacité est donc nécessaire pour que l’historien appréhende la réalité complexe de l’époque coloniale ainsi que la personnalité extraordinaire de l’homme qui concrétisa la volonté d’émancipation des esclaves de Saint-Domingue. Son courage exemplaire a permis que fût créé au cœur des Amériques le premier foyer révolutionnaire du tiers-monde. L’importance d’un tel évènement ne saurait échapper à la sagacité des historiens préservés de la cécité sociologique qui empêche de saisir la profondeur et la magnificence de l’épopée louverturienne. Avec ce sens de l’objectivité et de la rigueur méthodologique qui permettent de distinguer l’utopie de l’histoire validée par le « facteur optimum de vérité », il devient nécessaire de s’écarter de cette « histoire faite avec des ciseaux et un pot de colle » ridiculisée par Collingwood, pour mieux se colleter avec le réel convaincant. L’accueil hostile fait à Toussaint Louverture et à Jean-Jacques Dessalines dans certains milieux intellectuels étrangers dégage ce besoin de défoulement caractéristique de cette avalanche de xénophobie et d’ostracisme qui a marqué la présence de la République d’Haïti dans le concert des nations libres et souveraines, au lendemain du 1er Janvier 1804. Il n’est pas étonnant que la forte personnalité du leader noir n’ait cessé de consterner des censeurs d’opinion engouffrés dans des labyrinthes étroits où s’élaborent ces « certitudes en ruine » et ces « mythologies évaporées » que Jean-Claude Guillebaud avaient condamnées dans ses Années orphelines. Pour reprendre l’expression de l’historien Henri-Irénée Marrou, Toussaint Louverture et Jean-Jacques Dessalines n’ont jamais appartenu à la cohorte des « âmes molles, indignes de leur fonction ». Car, ces deux leaders, dont l’œuvre titanesque sollicite l’attention des historiens de tous les temps, de toutes les écoles et de toutes les tendances, se découvrent parmi les « grands hommes d’État, les véritables pasteurs de peuples, qu’ils s’appellent Périclès ou Churchill… C’est dans l’exercice de la puissance qu’une grande âme épanouit sa valeur ». A partir d’explications erronées, la recherche historique basée sur des motifs secrets flatte seulement l’ego démesuré du chercheur incapable de démêler l’écheveau des évènements historiques, pour mieux saisir l’impact extraordinaire de la révolution haïtienne ainsi que le rôle prépondérant joué par Toussaint Louverture dans la destruction du système colonial et esclavagiste. Dans les affres de l’enfer colonial, à Saint-Domingue, se manifestait déjà la personnalité transcendante de ce médecin-guérisseur dont l’ascendant sur les esclaves était incontestable. La légende de Toussaint a impressionné le monde entier. Des écrivains de nationalités différentes: l’Anglais Macaulay, l’Allemand Karl Otten, le Hollandais Korngold, l’Espagnol De Labara, le Japonais Yorezo Hirayamo, les Américains Wendell Phillips, Miriam Monger, Henry Louis Gates, les Français Dubroca, Pierre Laffitte, Victor Schoelcher, Alphonse de Lamartine, le Martiniquais Aimé Césaire, des écrivains russes, polonais, guinéens, cubains, turcs et arabes ont transcendé les préjugés de leur époque pour placer Toussaint Louverture dans la galerie des héros vénérés par l’humanité reconnaissante. Ces écrivains célèbres se sont penchés avec respect et admiration sur l’œuvre extraordinaire de ce conducteur de peuple qui s’était taillé une place de choix, à côté des grands hommes que l’humanité vénère : Hannibal, César, Mahomet, Mazarin, Napoléon, Abraham Lincoln, Karl Marx, les Joliot-Curie, Henri Ford, Pasteur, Einstein, Mao-Tse-Toung, Gandhi, Sekou Touré, Martin Luther King, Nelson Mandela... Ce n’est pas un combat essoufflé de janissaires aux abois qui changera le verdict de l’histoire. Nul ne peut faire oublier à un Haïtien digne de ce nom que Toussaint Louverture et Jean-Jacques Dessalines incarnent les valeurs du peuple haïtien signifiées par son attachement au passé et à l’idéal des ancêtres. Aussi, on ne peut dénier à un Français le droit de vénérer la mémoire de Vercingétorix, Charlemagne, Jeanne d’Arc, Saint Louis, Napoléon Bonaparte ou Charles de Gaulle. Pour l’un comme pour l’autre, ces personnages extraordinaires dégagent le sens immanent de la nation qu’ils représentent. Ainsi l’historien sollicité par la liaison objective des faits est sans cesse invité, pour reprendre l’expression de François Dosse, « à s’interroger sur son acte d’écriture, sur la proximité de celui-ci avec l’écriture fictionnelle et en même temps sur la frontière qui distingue les deux domaines ». Question de prudence et de probité intellectuelle ! L’épopée louverturienne ne peut être ébranlée, encore moins banalisée par des insinuations malhonnêtes et des interprétations fallacieuses qui, à force de rappeler les rhéteurs de la période antique, apparaissent comme « un jeu de masques dans le magasin aux accessoires des comédiens de la propagande ». Une œuvre si éminente ne peut être détruite par une critique absurde et obscène qui se prête aisément à ces dérives tracassières peu convaincantes. Il faut plus qu’une diatribe insolente et puérile, plus qu’un débat partisan, pour convaincre l’opinion, ici et ailleurs, que des suppositions érigées en doctrine peuvent détruire l’idée que les Haïtiens, dans leur grande majorité, se font de Toussaint Louverture et de Jean-Jacques Dessalines. L’idéal louverturien reste vivant dans l’esprit des générations, au point de fortifier ce civisme altier qui nous rattache à notre passé de grandeur, en dépit de l’ostracisme exercé contre le peuple haïtien par les esclavagistes d’hier et les néocolonialistes d’aujourd’hui. Toute la magnificence de la geste louverturienne réside dans la rigoureuse discipline qui permit à l’ancien lieutenant de Biassou d’accomplir le passage de l’insurrection à la révolution, en apportant à ce dénouement la concrétisation nationale qui, en révélant la vitalité du génie louverturien, conduisit immanquablement, à travers des péripéties diverses, aux évènements qui ont changé la physionomie de Saint-Domingue et dessiné les contours de la République d’Haïti. S’étant dressé contre le colonialisme français et contre le système esclavagiste, Toussaint Louverture jeta les bases d’une nation dont l’œuvre finale reviendra à Jean-Jacques Dessalines le Grand. Sans la vision politique de Toussaint Louverture, « cet homme [qui] fut une nation », pour reprendre la belle expression d’Alphonse de Lamartine, sans la foi invincible de ce bâtisseur de civilisation dans l’édification d’une nouvelle communauté nationale, les grandes lignes de l’histoire universelle seraient privées de cette lumière éblouissante qui, depuis le XIXe siècle, continue à fasciner les conducteurs de peuple de tous les continents et à façonner dans l’esprit des hommes épris de liberté et de justice le sentiment de la dignité nationale. L’oeuvre de Toussaint est unique, du fait que la révolte des esclaves de Saint-Domingue donna lieu au premier désagrègement de l’empire colonial européen, à l’unification des diversités tribales africaines dans une symbiose qui aboutit à la transformation d’une communauté d’hommes illuminés par la passion de la liberté, jusqu’à créer un État national marqué par l’expérience louverturienne et par une profonde aspiration à l’indépendance. En effet, c’est grâce au génie de Toussaint Louverture que, à Saint-Domingue, l’homme noir s’était dressé dans toute sa verticalité pour détruire le régime colonial et esclavagiste et promouvoir le grand acte de fraternité humaine qui, aujourd’hui encore, éclaire l’horizon des peuples opprimés. Ce geste n’aurait pas été possible sans l’intelligence pratique, l’expérience avertie et la finesse politique de Toussaint Louverture et le courage indomptable de Jean-Jacques Dessalines et des soldats de la liberté qui firent du 1er Janvier 1804 un moment solennel et inoubliable de l’histoire de l’humanité. Certes, victime des caprices de l’histoire, Toussaint n’a pu échapper à la malédiction du destin. Mais la révolution haïtienne, grâce au génie civilisateur de ce baroudeur exceptionnel et à la bravoure de Jean-Jacques Dessalines, a atteint une plénitude jamais répétée dans l’histoire moderne de l’humanité. L’expédition Leclerc n’avait-elle pas pour but de déjouer le plan de Toussaint et d’assurer que le projet à la base du principe d’autodétermination échappât à son géniteur? Cependant, l’horizon vers lequel se dirigeait le génial Précurseur était illuminé par la vision prométhéenne qui dirigeait la marche des Titans dans les chemins de la liberté. Notre vécu quotidien n’est-il pas le résultat de ce passé que l’histoire retrace pour approfondir notre culture et dégager les nuances de notre civilisation ? L’histoire s’impose comme la connaissance du passé humain et non comme un laboratoire pour des expériences destinées à créer de fausses identités ou à inventer des théories pour les besoins du matraquage psychologique. La pratique de l’histoire exige que l’historien ait le sentiment aigu des particularités et des situations propres à des époques différentes, sans verser dans le parti-pris mesquin qui oblige à sacrifier l’objectivité à la fantaisie, à la présomption et à la désinformation. Car, en toutes circonstances, il faut que « certitude soit choix et non ignorance … pour éviter d’agir comme une poulie folle qui aurait été débrayée», pour parler comme le professeur Henri-Irénée Marrou. Le danger, c’est de vouloir extrapoler les faits, les évènements et les caractères des personnages, pour appuyer une thèse chimérique, éloignée de l’objectivité qui demeure une exigence fondamentale de l’esprit épris d’ordre et de vérité. L’extrapolation n’a d’autre but que de permettre à la confusion de prendre le pas sur la compréhension et la clarté. En dépit de la pluralité des conceptions et des interprétations acceptée dans l’appréciation du fait historique, il est toujours dangereux pour l’historien incapable de faire trêve de l’esprit partisan, de projeter sa subjectivité sur son objet de recherche. A la manière de Jules Michelet, l’historien, en dégageant le profil des personnages qui ont vécu à des époques révolues, doit « peindre les hommes d’autrefois avec la physionomie de leur temps ». Ils se doivent de respecter les données historiques, le milieu spécifique ainsi que les circonstances dans lesquelles a évolué le protagoniste. C’est l’idée de la pratique historienne chère à Michel de Certeau : « Avant de savoir ce que l’histoire dit d’une société, il importe donc d’analyser comment elle y fonctionne » et de se faire une idée de l’acuité des défis auxquels se trouvaient confrontés ses fondateurs. Dans toute œuvre historique intervient la notion de crédibilité qui n’est pas un caractère commandé par des préoccupations personnelles. Écrire l’histoire n’est pas une fantaisie. C’est un travail consciencieux et scrupuleux qui permet à l’historien d’offrir aux générations présentes et futures une image réelle du personnage, tel qu’il a vécu dans le passé. Le vrai historien ne cherche pas à réviser les données de l’histoire, en s’adonnant à une élaboration fantaisiste de la connaissance historique, de manière à privilégier ces préjugés absurdes et à rabaisser un héros national à travers un artifice d’explications a priori qui, pour la commodité de la propagande, rapporte des faits totalement éloignés de la vérité. L’historien imbu de ses limites et des exigences de l’histoire s’applique à concilier, de manière objective, sa vision de la réalité avec la souplesse de la réflexion. Il ne doit jamais oublier que toute analyse du passé humain part de l’homme pour aboutir à l’homme. Aussi, l’approche partisane des évènements historiques doit-elle céder la place à la pensée formelle qui ignore la surenchère doctrinale ou idéologique, les intrigues de clocher, pour privilégier la philosophie critique de l’histoire. L’historien doit être capable de faire souffler l’esprit, dans une perspective barrésienne, au lieu de s’évertuer à asphyxier l’esprit, pour son propre divertissement. Car, il est responsable devant l’opinion et doit agir en conséquence pour faire acte d’éclaireur et de guide, non pas de fossoyeur et de dilettante. Pour cela, il doit accepter la vérité de l’histoire, en évitant de dépersonnaliser le protagoniste et de travestir l’évènement. L’histoire ne se fait pas avec les seules ressources de l’ambition, de la propagande, du fanatisme et de l’aventure. Il faut toujours élargir la perspective, en refusant de camper dans l’absolu. Étant une démarche de l’esprit, elle se manifeste au regard de la vérité, conférant ainsi au chercheur « le sentiment aigu de ses limites, de sa faiblesse, de son humanité ». Il convient donc de s’élever à ce niveau de conscience et de responsabilité qui rejette les conclusions erronées et les manœuvres dilatoires et déloyales, pour créer un monde nouveau enrichi par le respect des droits d’autrui et par la convivialité qui enrichissent la vie et permettent d’en rendre témoignage, avec la satisfaction qui procure la joie du cœur et l’apaisement de l’esprit. Certainement, il existe de ces théories farfelues, malfaisantes à souhait, qui deviennent « ces grandes machines à empêcher de comprendre » que Lucien Febvre a dénoncées, en vue de protéger le lecteur en quête d’idées fortes et de vérités indestructibles du danger de la tentation révisionniste. Le temps de l’histoire imaginaire est périmé. On ne peut plus se permettre d’induire en erreur le lecteur avide de pensées érudites et d’idées édifiantes. Les règles déontologiques qui régissent l’histoire mettent en évidence la relation de cause à effet entre la probité intellectuelle dont fait preuve l’historien dans la poursuite de la vérité et la rigueur des conclusions sur lesquelles repose la résurrection du passé appréhendé avec un sens critique avisé. Aussi avons-nous placé sur le même palier honnêteté et réflexion dans notre quête du savoir et dans toute appréciation que nous faisons d’une tranche d’histoire et de la prestation d’un personnage historique. Car, ce public sophistiqué et orgueilleux des valeurs qu’il cultive est toujours à la recherche d’idées fortes et de pensées élevées pour raffermir sa foi dans la destinée de la nation haïtienne.