Haïti est un sujet d’étude intéressant sur le plan politique. Un cas difficile à cerner. Notre champ politique est comme un scénario sans fin. Révolution, coup d’État, dictature, référendum, gouvernement provisoire, gouvernement de transition, gouvernement de salut public, gouvernement d’ouverture, démocratie, dialogue interhaïtien …Nous avons tout tenté dans ce petit pays. Au cinéma, nous parlerions de feuilleton à rebondissements. L’Accord d’El Rancho prouve à quel point nos politiciens sont intelligents. Combien ils sont de vrais stratèges ! Les mauvaises langues diraient combien ils sont malins. Les plus intelligents savent quand se retirer de la table pour ne pas apposer leur signature au bas d’un quelconque document. Bon gré mal gré, le document a été signé. La route a été longue, mais l’objectif est atteint. Une date est retenue pour l’organisation des élections locales et législatives en retard de plusieurs années. Les tensions politiques sont censées s’apaiser. Même si ceux qui ont choisi de bouder le dialogue veulent maintenant le discréditer. On avait trouvé un accord pour la création du CT-CEP. Presque deux ans après, on s’est mis d’accord pour le remanier et fixer du même coup la date des élections à sa place. Sachant que l’organisation de bonnes élections n’est pas toujours dans notre agenda, est-il de trop de suggérer un autre accord prenant en compte cet aspect ? Ces élections, qui devraient être organisées depuis des années, vont constituer un vrai test pour l’administration Martelly. Ce sera une opportunité pour l’équipe au pouvoir de faire taire ses détracteurs ou de les renforcer dans leur conviction que le pays n’est pas sur les rails. On peut ne pas être d’accord avec l’Accord d’El Rancho, mais on ne peut pas nier qu’il constitue une initiative purement haïtienne. Pour une fois, on avait jugé bon de ne pas perturber le sommeil des « Blancs ». Et si on faisait de même pour les élections à venir ? Et si on se mettait d’accord pour organiser des élections honnêtes et crédibles prenant en compte notre réalité socio-économique ? Ce serait le premier pas vers la reconquête de notre « souveraineté politique » et de notre prestige. Qu'ensemble nous trouvions la bonne formule pour empêcher les élections de cette année de connaître le même sort que les élections antérieures, c’est-à-dire reportées à maintes reprises avant de se terminer dans la discorde, la contestation, voire dans un bain de sang! Que l’Accord d’El Rancho ne connaisse pas un même sort que celui de la Constitution de 1987 ou encore la Constitution amendée que chacun applique selon ses intérêts!