Le 12 Janvier 2014 restera une date mémorable et inoubliable dans l’histoire d’Haïti. Deux évènements majeurs ont marqué cette journée du dimanche. De la commémoration d’une journée de deuil rappelant le 4ème anniversaire du sinistre tremblement de terre du 12 Janvier 2010, le pape François l’a transformé en une journée de joyeuses émotions et d’espoir en créant le cardinalChibly Langlois, le premier de toute l’histoire d’Haïti. Et l’évènement est de taille, car il inaugure dans la réalité la participation d’un Haïtien à un gouvernement mondial, fut-il religieux. En vivant et en analysant l’évènement, nous ne saurions ne pas parler d’une expérience vécue avec le cardinal Langlois, encore prêtre. Les tours et les détours que nous allons emprunter ne visent qu’un but, contribuer à mettre en lumière une partie de la personnalité et un trait de caractère de ce prélat haïtien élevé au cardinalat.
Revenant de la messe dominicale en cette matinée du 12 Janvier 2014, nous nous attelions à certaines tâches sur le laptop quand, vers 9 heures Radio France Internationale (RFI) lâcha que le pape François vient de créer 19 nouveaux cardinaux, et de ce nombre un Haïtien. Grande a été notre émotion, peu importe lequel de nos Évêques. L’Esprit Saint posa la main sur qui Il veut. Mais la curiosité oblige, nous nous connectons sur la toile pour avoir de plus amples informations. Et le nom de Monseigneur Chibly Langlois figurait sur la liste des nouveaux cardinaux. Nous ne pouvions nous empêcher d’être joyeux, non pas que les autres ne pouvaient l’être, mais parce que le cardinal Langlois compte du nombre de ces Évêques avec qui nous avons partagé une expérience très enrichissante. Une expérience faisant ressortir non seulement sa qualité de prêtre d’alors, mais aussi sa qualité de citoyen Haïtien responsable.
En effet, dans la foulée des Journées Mondiales de la Jeunesse (JMJ) de l’année 2000 ayant eu lieu en Italie du 15 au 20 Août, une délégation haïtienne formée de jeunes de différentes paroisses des diocèses du pays quittèrent Haïti en bandes désorganisées. Arrivée en France par où la délégation devait transiter avant d’atteindre le Sud de l’Italie, plus précisément à Lamezia Terme située à environ 500 kilomètres de Rome, la débandade allait s’accentuer. Le responsable chargé de la délégation était toujours en Haïti et aucune planification sérieuse ne semble avoir été arrêtée pour notre accueil. On nous conduit provisoirement dans un gymnase situé dans un quartier résidentiel de Paris.
Comme on peut s’attendre dans des groupes hétéroclites où la formation, l’éducation et les expériences sont différentes, certains de nos compatriotes essayèrent d’exhiber le pire d’eux-mêmes en restant à l’extérieur du gymnase et en faisant des attroupements ici et là, et ce à une heure tardive de la nuit. Les plus avisés, moins nombreux, essayèrent de les persuader pour leur expliquer que leur comportement nuirait à notre réputation. Mais ceux-là avaient prêché dans le désert. Les indisciplinés se croyaient en Haïti et continuèrent à troubler ce petit quartier paisible de Paris.La Police est intervenue et à partir de ce moment ils ont compris qu’ils ne se trouvaient pas dans un côté mais dans un pays. En dépit de tout, la situation se calma de peu.
Il a fallu attendre l’arrivée du père Chibly Langlois, venu à la rescousse de la délégation haïtienne pour que l’atmosphère change. Certains d’entre nous l’approchèrent pour lui décrire la situation. En bon prêtre, son premier geste a été de réunir tout le monde dans un grand cercle et d’organiser la prière. Son leadership s’imposa automatiquement. Puis, il donna les consignes d’ordre et de discipline pour l’itinéraire à suivre et pour éviter toute dispersion de la délégation haïtienne. Il emmena sa troupe à la gare pour prendre le train en direction de l’Italie. Nous n’avons jamais oublié cette image combien évocatrice quand, après avoir rempli les formalités et franchi les points de contrôle, le père Chibly en tête, frêle comme le roseau mais sûr comme le bon pasteur, tout le reste de la délégation le suit en foulant les carreaux de la gare. Les problèmes n’en finissaient pas, car il manquait de siège dans le train, les réservations n’ont pas été confirmées à temps. Le père Chibly en bon pasteur s’organisa pour que tout le monde arrive en ordre en Italie. Sa connaissance de l’Italien l’aida beaucoup.
Grâce au père Chibly, la délégation haïtienne continua son itinéraire et retrouva celle de l’Uruguay. Les deux délégations participèrent à des activités conjointes de connaissance et de mise en commun avant d’effectuer, après quelques jours, le long voyage à Rome pour rencontrer le pape Jean Paul II. C’est toujours avec satisfaction que nous observons l’ascension de cet homme sympathique et courtois au sein de l’Eglise d’Haïti.
Mais au-delà de la création du cardinal Langlois, il faut voir les signes d’une Église catholique toujours prête à se relever et à rebondir, une Église qui transcende les évènements et qui traverse le temps en dépit des vicissitudes temporelles et des crises les plus aigües de son histoire.Après la démission du pape Benoit XVI dans la mêlée des tempêtes et des scandales qui ont secoué et qui secouent encore le Vatican tels les abus sexuels sur des mineurs par des prêtres et la fuite de documents au Saint-Siège relatifs à la banque vaticane etc., l’Église apparait sous de nouveaux jours et revêtus de nouveaux habits avec l’arrivée du pape François. Et l’Église d’Haïti en est bénéficiaire. De nouvelles fenêtres s’ouvrent pour Haïti. En espérant que la mission soit fructueuse, on ne peut que souhaiter du succès au cardinal Chibly Langlois.
Clément Jude Charles
charlescj111@yahoo.fr
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