Trois années sans élections, à marquer le pas. Et puis tout d’un coup, un mache prese, un engouement fiévreux pour les élections. Et quelles élections ?! Mais rien n’est au beau fixe : une opposition de plus en plus réfractaire, pas du tout facile à «rouler dans la farine» comme au bon vieux temps de «Papa Préval» ; une machine électorale, totalement affaissée, dépourvue de l’essentiel, c’est-à-dire le moteur ; l’équipe dirigeante «qui n’inspire aucune confiance» à l’opposition, et tutti quanti.
Désabusés et déboussolés, les Haïtiens ne savent plus aujourd’hui ce qu’ils attendent de bien de leurs dirigeants et aspirant-dirigeants, et d’abord de leurs élus : le pire ou le moindre mal ? Pour beaucoup d’«haïtianologues», la surprise n’est pas totale. On savait que le président Martelly, par son inexpérience politique, son émotivité, son goût pour l’affrontement et la provocation, allait attirer beaucoup d’ennuis et commettre des gaffes à n’en plus finir. On sait, d’autre part, que cette classe politique en mal de pouvoir, implacable, blessée dans son orgueil de professionnels et d’ayants droit, spécialiste des coups tordus et des crises à répétition, ne s’embarrasse d’aucun scrupule quand il s’agit de «partager le pouvoir», allumer le feu, conspirer ou chauffer le béton. Et cela, elle sait le faire, à merveille, depuis plus de vingt ans.
Trois ans, à cet égard, ne représentent pas grand-chose pour l’opposition dont la grande partie de ses dirigeants ont (gouverné) le pays au cours de ces dernières décennies. Sans grand succès, hélas ! Dans le clair-obscur de ce processus électoral à haut risque, la personnalité de Michel Martelly brille comme une cible. Trop visible, de plus en plus facile. Au fur et à mesure que la durée de son mandat se rétrécit, il devient un fusible, la tête à abattre, pour une partie de l’opposition, jusqu’à présent amputée des moyens de sa politique, c’est-à-dire la tabula rasa et, in fine, l’organisation d’élections générales anticipées. La composition du Conseil électoral a toujours été chez nous la foire d’empoigne que l’on sait. Trois Conseils électoraux made in Martelly en trois ans, ça fait beaucoup. Quelles maladresses ! Quels ratés ! Ça n’annonce rien de bon.
Si le virus de la vitesse semble atteindre maintenant le président, c’est que le temps presse. Et le temps en politique c’est l’élément primordial. Le sens de la durée, de l’histoire, de la perspective. N’est-ce pas la marque de fabrique de tout esprit supérieur ? Pendant trois ans, le tombeur flamboyant et aguerri de Jude Célestin et de Mirlande Manigat l’avait oublié ou ne le savait pas, selon toute évidence. Même avec l’aide de la communauté internationale, l'adage du temps perdu qui ne se rattrape point (jamais) est ici indémodable ! Ainsi, l’accord d’El Rancho que l’opposition parlementaire cherche à bloquer dans son application est clair là-dessus : le 26 octobre 2014 est la date prévue – retenue – pour les élections en retard (locales et communales) que le président Préval n’avait jamais organisées et les élections sénatoriales partielles et législatives nécessaires pour éviter la paralysie du pouvoir parlementaire en 2015.
On doit le comprendre, l’opposition radicale n’a rien à perdre en ce sens. Au contraire. Avec sa stratégie de l’usure, elle a l’esprit happé par l’après 2014, en clair, la fin du mandat des députés et du 2e tiers du Sénat. De tous ces enjeux en avalanche, j’isole le plus marquant, mais aussi le plus explosif. Et tout le monde pressent que le leader Tèt kale qui préfère le carnaval aux élections est donc en train de sceller son destin politique dans cette bataille électorale.
Commentaires
Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier à réagir.