Le 18 mai, date de création du bleu et rouge national, donne lieu traditionnellement à l’organisation d’activités commémoratives en tout genre autour de la geste de 1803. Dans le contexte environnemental actuel du Nord-Ouest, l’organisation d’une journée de sensibilisation – qui s’est déroulée autour du thème « Poteje anviwònman nou se pwoteje tèt nou » - n’est pas du luxe.
Quiconque s’est déjà rendu dans cette région du pays peut difficilement rester de marbre face à la dure réalité des riverains : forte pluie pendant une courte période et sécheresse sévère se succédant au cours d’une même année. Sans compter la route qui y mène, déjà en piteux état, qui devient rapidement impraticable en cas d’averses. Entre rivières en cru, risque d’éboulement, de glissement de terrain et d’enlisement, traverser le Nord-Ouest d’un bout à l’autre par la route est un vrai parcours de combattant. La croix et la bannière.
Pourtant, plusieurs centaines de personnes en provenance des bourgs et quartiers des environs ont bravé la pluie pour venir participer à cette journée de sensibilisation au lycée Docima Dorsainvil de Mare Rouge, la deuxième section communale du Môle Saint-Nicolas. Animation, présentation assistée de rétroprojecteur sur la dégradation de l’environnement, débats ont constitué l’essentiel de cette activité qui s’inscrit dans le cadre d’un projet de 24 mois portant sur la sécurité alimentaire et financé à hauteur de 80% par l'Union européenne.
Cette activité de sensibilisation est mise en œuvre par Ayiti Gouvènans, une organisation à but non lucratif fondée en 2004, spécialisée dans la formation communautaire, le développement durable et la gouvernance au niveau local, régional et national, et engagée dans la protection et le maintien de l’environnement socio-économique et physique.
Le projet dans lequel elle s'inscrit a déjà permis d’accompagner 1 500 familles des sections communales (Mare-Rouge et Côtes-de-Fer) de la commune du Môle Saint-Nicolas. Les interventions s’articulent essentiellement autour de l’accessibilité des agriculteurs à des intrants de base de production, du renforcement du menu bétail, d’une meilleure organisation des producteurs pour la vente de leurs produits à des prix plus compétitifs et d’une meilleure gestion des ressources naturelles.
L’agronome Etzer Beaura, intervenant en la circonstance pour le compte de cette organisation, a rappelé l’objectif de cette activité qui est de porter les participants à adopter des comportements beaucoup plus responsables vis-à-vis de leur environnement. « Les cyclones ont toujours durement frappé le Nord-Ouest et occasionné à chaque fois des dégâts conséquents, ce qui rend ce département aussi vulnérable », a expliqué l’agronome Beaura.
Le chargé de programme à la section développement rural de l'Union européenne, Erik Dhaenens, a pour sa part tenu les propos suivants:" La sécurité alimentaire représente l'un des secteurs importants de la coopération de l'Union européenne en Haïti. Elle vise entre autres à promouvoir une agriculture durable afin de pourvoir aux besoins de la population en matière d'alimentation et de revenus. Par ailleurs, cette activité organisée par notre partenaire vient illustrer l'importance du lien entre la sécurité alimentaire et la qualité environnementale, qui est à la base du développement durable."
Le phénomène du déboisement ne date pas d’hier et a commencé avec la colonisation. Depuis l’arrivée des Espagnols en 1492 à aujourd’hui, Haïti est passée d’une couverture végétale de 80% à 2%. « La coupe effrénée des arbres concernaient principalement des espèces telles que gaïac, campêche, bois chandelle, etc. Ensuite, elles étaient transportées au Môle Saint-Nicolas pour exportation », a fait savoir l’agronome Etzer Beaura, qui, par ailleurs, a alerté le public sur le fait que 40 millions de tonnes de terre arable sont perdues chaque année à cause de l’érosion.
Johnsy Vaval, un des participants qui réagissait suite à la présentation, a attiré l’attention des organisateurs ainsi que ses pairs sur le risque encouru par l'utilisation de n’importe quelle plantule lors des campagnes de reboisement. « Cela ne fait aucun doute qu’Haïti a grandement besoin d’être reboisée mais nous devons être prudents quant aux types de plantules que nous allons mettre en terre », a lancé l’agriculteur, qui menace d’arracher toute plantule mise en terre qui pourrait contribuer à la dégradation du sol et de ses cultures.
Un acte protectionniste salué et chaudement applaudi par tous les autres participants. Une attitude qui cadre avec les objectifs conjoints d’Ayiti Gouvènans et de l'Union européenne, qui ont joint leurs efforts afin d’aider les communautés à satisfaire leurs besoins alimentaires et énergétiques tout en veillant à la sauvegarde de l’équilibre environnemental.
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