Il y a des fois qu’il fait bon de s’asseoir pour analyser certaines situations en vue de répondre à certains questionnements. La recherche des réponses semble vous donner une fièvre qui ne s’apaisera que lorsque que votre curiosité sera étanchée. Il va sans dire que l’impossibilité de trouver une solution peut plonger dans les affres d’une insatisfaction qui quelquefois dérive vers l’obsession. Qui n’a pas en mémoire l’anecdote d’un savant devenu fou de n’avoir su résoudre une énigme le tenant tant à cœur ? Mais il y a aussi l’autre situation où la résolution entraîne ipso facto l’émergence d’une autre question et ainsi de suite quasiment jusqu’à l’infini, donnant ainsi au penseur la fâcheuse impression d’être dans un tunnel infini si ce n’est le vertige d’une chute sans fin. Mais une autre éventualité tout aussi angoissante consiste à trouver une interprétation stressante, du genre du chercheur œuvrant à la découverte du futur qui voit la fin de ses jours avec la certitude de ne pouvoir rien y faire pour en changer le cours…
Mais je ne veux en aucun cas créer ici un justificatif d’un immobilisme stérile, du genre de l’attitude de l’autruche confortée par l’innocuité d’un danger qu’elle ne soupçonne parce que l’ayant occulté. Mais pourquoi donc cette verve sémantique pour introduire quel sujet? risqueriez-vous de me dire ? Il est vrai que bercé par la mélodie d’une suite de termes alambiqués qui imperméabilise contradictoirement une pensée que je voudrais partager, je m’écarte du sujet. Je requiers donc de vous l’indulgence d’une divagation dans la langue que j’adore bien que des calomniateurs créolisant veuillent en faire le deuil. Mais arrêtons-nous là pour recentrer sur le débat que je voudrais partager avec vous : il s’agit de se questionner sur les pathologies « vectées » par les moustiques en me permettant ce néologisme ! Ma première question sera donc : pourquoi la malaria ne se répand pas aussi rapidement que le chikungunya?
Le premier élément de réponse vient du fait que tout patient atteint de la malaria n’est pas infestant pour le moustique qui le pique. En effet, si on se distance de tout anthropocentrisme, on découvre que l’homme est le vecteur de la malaria pour l’anophèle. Le germe du paludisme, le parasite qui répond au doux nom de plasmodium ne peut avoir sa reproduction sexuée que dans le corps de l’insecte. Pour cela, il nécessite de trouver dans le sang du porteur humain des gamétocytes ne se formant qu’après un certain nombre de reproductions asexuées dans ses globules rouges d’une part et que d’autre part, ces gamètes soient absorbées lors d’une piqure. L’anophèle ainsi ne devient infestant qu’à sa deuxième piqûre. Ceci n’est pas le cas pour le chikungunya (on va dire le ChikV pour faire plus court). Dans ce cas, le moustique qui pique (l’aedes) s’infecte à tous les coups. Mais en plus, les enfants de l’aedes infectés peuvent l’être aussi par retransmission verticale et contaminer lors de la première piqûre.
L’élément suivant vient du fait que l’anophèle ne peut prendre que trois repas sanguin pendant sa courte vie et que pour chaque repas, il ne pique qu’une personne. Ainsi, un anophèle ne peut transmettre la maladie qu’à trois personnes au maximum. Pour l’aedes il en va autrement. Pour arriver à satiété, il doit piquer plusieurs personnes et c’est la raison pour laquelle toute une famille peut être infectée en même temps.
Comment ne pas se faire piquer ?
Là encore, on note une inégalité chez ces dames moustiques, car c’est facile de ne pas se faire piquer par Mme anophèle puisqu'elle œuvre la nuit lorsque nous dormons. La moustiquaire imprégnée sert bien de même que les répulsifs. Mais pour damoiselle aèdes, il en va tout autrement. Car ce moustique ne vous suce que pendant le jour, au moment de vos activités qui interdisent la protection d’une moustiquaire. C’est l’aèdes qui vous fait battre du pied lorsqu’en plein dîner vous ressentez ses sournoises attaques en dessous de la table. En plus, son repas sanguin pris, elle s’en va se cacher dans des recoins sombres de la maison pour digérer avant d’aller pondre.
Comment se débarrasser des moustiques ?
Là encore il y a une grande différence, car l’anophèle va cuver son sang dans la nature et préfère des mares d’eau pour se reproduire. Une fumigation pratiquée régulièrement et l’assèchement des gites peuvent les faire disparaître pour peu que l’on s’y mette. Ainsi, le constat que l’on peut faire est que si la malaria est endémique en Haïti, c’est tout simplement parce que les autorités n’ont pas pris des mesures sérieuses pour l’éradiquer, soit par manque de volonté, soit par manque de compétence, soit par manque de moyens ou soit par un savant amalgame de ces trois facteurs.
Pour le vecteur du CHIKV, il y va autrement. Car se cachant dans les maisons, il n’est pas facilement accessible aux fumigations. De plus ses oeufs résistent bien à dessiccation et attendront le retour de l’eau pour éclore. La destruction des gites devient plus problématique. La solution passerait par l’introduction dans la flore, de moustiques mâles dont la progéniture mourrait au stade larvaire. Les femelles aèdes ne pouvant s’accoupler qu’une seule fois dans leur vie, elles auraient donc comme réserve des spermatozoïdes létaux. Cette technique serait pratiquement au point comme l’affirme le site de l’OMS et arriverait jusqu'à la disparition complète du vecteur incriminé.
Ainsi, on voit que le CHIKV ne pourra disparaître que si des équipes pluri-ministérielles voudraient bien travailler ensemble. Le MSPP pour les soins ; l’agronomie, l’environnement et la santé pour l’éradication du vecteur ; l’éducation pour la motivation des écoliers qui restent et demeurent les meilleurs formateurs des adultes et une implication officielle de la primature et de la présidence pour en faire un mouvement d’envergure nationale.
Cela implique donc des actions citoyennes de tous les secteurs du pays qui devront donc mettre de côté cette guéguerre paralysante pour la prise du pouvoir, en vue d’une synergie pour le bien de la nation. Et c’est là que je suppute l’idéalisme hors propos de mon rêve, tant les parties concernées ont prouvé et prouvent encore que le ferment de la politique haïtienne n’est que l’intérêt sectaire trop souvent minoritaire, mais détenant le pouvoir…
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