Ils étaient là, à l’affût de la moindre faiblesse de notre part. Pourtant, la lutte a été rude. De retour chez nous, nous vaporisions les moindres recoins de la maison pour en déloger et surtout pour éliminer ces aèdes prêts à nous mordre. Mais il y a une limite que l’on ne pouvait pas dépasser, car respirer les insecticides est quand même dangereux. Un après-midi, je rentre complètement crevé et je plonge sur mon lit pour me reposer un peu, et c’est là que je les ai vus: ils étaient deux, l’abdomen rempli du forfait sanguin entrepris à mes dépens. Ils payèrent de leur vie cet opprobre, mais le mal était fait… Je connaissais cependant l’inéluctable de cette situation ! Si on peut se prémunir contre la malaria, c’est impossible pour le CHIKV. Pourquoi ? Je vais vous faire une petite comparaison. L’anophèle, vecteur de la malaria, vit dans la nature quatre semaines et piquera en moyenne quatre personnes. Il ne devient contaminateur que s’il pique quelqu’un qui abrite des gamétocytes de malaria dans son sang. Donc, tous les malades de la malaria ne sont pas contagieux ! Ainsi, il attrape la malaria et va pondre. Il aura la possibilité, s’il a de la chance, d’infecter trois autres personnes avant de passer de vie à trépas. Si vous ne voulez pas attraper la malaria, vous avez la possibilité de prendre des médicaments en prophylaxie quand vous vous savez dans une région d’endémicité. Pour l’aèdes, il en va tout autrement. Pour avoir le ventre plein pour pondre, il pique quatre personnes en moyenne. Si la première avait le CHIKV, il contaminera ainsi les trois autres. Il va pondre et donnera environ, une semaine après, 50 femelles contaminatrices (il donne le CHIKV à sa descendance) qui piqueront à leur tour quatre personnes. Ça va ? On y va pour le décompte. Environ 10 jours après son repas sanguin, 203 personnes seront atteintes. Dix jours plus tard, 2 600 femelles infecteront 10 200 personnes. A la fin du mois, plus de 100 000 personnes auront la possibilité d’attraper le CHIKV. Heureusement, les araignées, les anolis et autres prédateurs sont là pour limiter les dégâts. Mais ce petit calcul vous a fait comprendre pourquoi tout se passe si vite et pourquoi il y a autant de personnes atteintes. Cependant, je ne comprends pas pourquoi il n’y a pas le même schéma pour la dengue qui est transmise par le même moustique. Les mesures prises par le ministère vont surtout éliminer la malaria (et c’est une bonne chose, car elle est mortelle), car l’aèdes se réfugiant dans les maisons ne sera pas atteint par les fumigations. Il requiert une action citoyenne de chacun de nous pour détruire les gites. Cela devient problématique pour une population qui refuse d’admettre que cette maladie est transmise par un moustique et qui va élaborer les scénarios les plus abracadabrants possibles, du genre c’est la Corée communiste qui l’a créée pour attaquer les Américains… Mais revenons à moi. J’attendais donc avec effroi les premiers signes de la maladie. Ils apparurent samedi soir au supermarché pour culminer dimanche. Grâce aux médicaments, je n’ai pas trop souffert. Car il faut que je précise que les médicaments soulagent, mais ne font pas disparaître l’inconfort ! Si vous pensez qu’ils sont inefficaces, ne les prenez pas, et vous verrez la différence. Je l’ai fait et j'en suis édifié : on est beaucoup moins misérable avec les médicaments que sans ! On peut même arriver à être confortable si on ne bouge pas ! Je me suis donc installé confortablement devant mon poste de télévision et j'ai évité le moindre mouvement, j’apprécie ainsi la très belle invention qu'est la télécommande. Mais fatalement, il faut bien que je bouge, ne serait-ce que pour aller me soulager. Alors, là! bonjour la douleur. Cette maladie justifie donc le farniente ! Lundi dernier, j’ai eu moins mal et j’attendis la fameuse grattelle annonceuse de ma guérison et les fameuses glandes (adénopathies) aux aisselles et au pli de l’aine. Ces dernières donnent à certaines femmes l’impression que leur sexe augmente de volume… Cette période est arrivée, et avec elle un nouveau lot de douleurs. Les adénopathies inguinales limitent elles aussi les douleurs et le fameux rash cutané non seulement s’accompagne de prurit, mais vous avez littéralement les nerfs à fleur de peau et des fois le moindre effleurement semble insupportable. Cependant, je constate que cette maladie est peu connue et surtout mal expliquée. Tout d’abord, il est faux qu’après une semaine tout est fini! Vous avez une petite période de répit, puis tout recommence: la fièvre, les douleurs articulaires. Pour ces dernières, ce que j’ai pu constater c’est que vous avez de nouvelles atteintes articulaires avec persistance douloureuse des anciennes. Ainsi, au fur et à mesure que vous pensez guérir, vous avez de plus en plus d’articulations douloureuses, et quand arrivent les crises avec les pics fébriles vous êtes pratiquement paralysés. Heureusement, elles ne durent pas trop longtemps. Pour moi, elles commencèrent un jeudi après-midi et je fus fonctionnel… samedi matin ! Donc, pour nous résumer, le CHIKV ne tue pas mais vous rend malade jusqu’à sans ouf pendant un temps, d’autant plus long que vous êtes plus âgés. Les médicaments soulagent valablement s’ils sont pris comme il le faut, mais ne font pas complètement disparaître les douleurs. Celles-ci, articulaires pour la plupart, s’accompagnent de fièvre et augmentent lors des crises qui vous paralyseront complètement ou partiellement. La période de guérison est variable pour tout le monde et demande que vous preniez votre mal en patience, car le CHIKV est une maladie que l’on connaît très peu, en fait. Dernière recommendation: n’écoutez pas les bêtises des politiciens sur le CHIKV, surtout s’il s’agit d’un président d’une commission de santé qui ne sait pas comment commencer sa campagne électorale… Sa prestation dans la presse n’est qu’un ramassis d’inepties ! Bon, je vous quitte, et il ne me reste plus qu’à vous souhaiter un joyeux chikungunya! car si vous le prenez avec humour vous allez sécréter des endorphines, hormones du plaisir, qui réduisent la douleur…