Aujourd’hui, alors qu’on apprend tout et qu’on n’a plus d’identité, le «blagueur» aussi doit faire son université. Pour n’avoir pas tout lu, tout vu, tout écouté, je ne stigmatise ici aucune démarche transnationale. Je tiens avant tout à faire tout bêtement – sans illusion aucune – l’éloge de nos décapants, inénarrables mais fauchés humoristes dont le talent n’est hélas pas «institutionnalisé», exploité à travers des salles de spectacle, des concours, des prix, des émissions radio-télédiffusées (voir Canalsalt, Comédie+, la chaîne 55). Que restera-t-il donc à nos comédiens – nos comiques – qui n’ont ni la chance ni le toupet de Kako Bourjolly et Ashley Laraque ? La société, de moins en moins conviviale, évolue rapidement et ne manque pas de centres d’intérêt modernes. Justement, les médias électroniques et les tablettes devraient être utilisés pour faire du rire un métier. Pour nous, les choses ne vont jamais comme nous l'espérons. Les choses ne vont pas comme aux Etats-Unis, au Canada, en France, par exemple, où le talent est avant tout quelque chose de drôle, de comique, de parfaitement harmonieux et conciliable avec le travail d'auteur. En Haïti, il faut reconnaître la valeur marchande – spectaculaire – de ceux et celles qui nous font rire à grand renfort de gestes et de paroles inattendus, bouleversants, salaces, enjoués. Et c’est pour cela qu’on n’oublie pas Languichatte, qu’on admire Tonton Bicha et Ti Bato, qu’une ville sans rigolos, sans célébrités du gag, sans goût de la plaisanterie est un cimetière. Car, il faut l’avouer, la vie a son prix. Hilarant. En tout cas, le bon côté.