Pierre-Raymond Dumas
«On bâtit soi-même à la mesure de ses propres besoins, ses moyens et ses ressources, en peu de mots, en fonction de sa vision de peuple. Que ce soit un édifice, un pont, une maison, une place publique, etc..., on retrouve dans toute forme de construction, à côté du fonctionnel, l’expression artistique et culturelle d’un peuple. C’est un besoin propre à l’homme de s’exprimer ainsi et de porter ses empreintes sur le milieu environnant, de telles empreintes traduisant le passage de sa vie à une époque donnée. Or, qui a décidé que le génie haïtien ne soit plus en mesure de conceptualiser, de tracer et d’ériger sa propre maison ; bref de façonner son propre environnement ? Qui a décidé que l’Haïtien ne puisse penser pour lui-même ? N’aurait-il rien à léguer à sa postérité ?(...)
Réveillez-vous, sœurs et frères, car demain sera peut-être trop tard. Vous pourrez vous retrouver dans un environnement complètement inadapté à vos besoins, étrangers sur votre propre territoire : L’histoire regorge de cultures ou de civilisations qui ont été ainsi modifiées jusqu’à ne laisser qu’une trace à peine perceptible des valeurs autochtones.»
Ce sont quelques extraits de la Note d’appui du CIASTH (1) (Le Nouvelliste du vendredi 25 juillet 2014) à l’intervention du CNIAH (2) (Le Nouvelliste du jeudi 19 juin 2014) dans le dossier de la reconstruction vue sous l’angle de l’expression artistique et culturelle «autochtone». Tout est dit dans ces cris d’alarme, sans fard, et pour nos dirigeants, décideurs intéressés et aveugles, et pour le pays, spectateur passif. Cette façon délibérée et somme toute frustrante de faire appel pour reconstruire nos bâtiments publics à des firmes étrangères – notamment dominicaines – a, sans aucun doute, quelque chose de regrettable et d’angoissant. Et même si on est impuissant pour le moment, on ne peut pas s’empêcher de se prendre à rêver d’une réappropriation nationale de ce dossier certes litigieux, opaque mais incontournable pour les Haïtiens qui sont décidés – qui se battent – à se battre en conséquence.
Ce dossier doit donc redevenir un enjeu politique et électoral. Pour cela, il faut que nos Ingénieurs et architectes d’ici et d’ailleurs, associations et organisations politiques en tête, se jettent dans la bataille pour retrouver les espaces de re-construction cédés aux étrangers.
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(1) Congrès des Ingénieurs, Architectes, Scientifiques et Technologues Haïtiens
(2) Collège National des Ingénieurs et Architectes Haïtiens
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