Mes souvenirs de la Coupe du monde, Brésil 2014, me renvoient au thème « Ethno foot ». Il apparaît d’abord dans un article du Nouvelliste du 16 juillet courant, puis a été repris dans Le Journal du lendemain, offert sur Internet par les soins de Fred Price. Dans son article, Le football : Entre ethnographie et radiographie, Dominique Domerçant passe en revue plusieurs sujets. Au nombre de ceux-ci figurent la mission du Bureau national d’ethnologie (BNE) et ses services. Il parle aussi des discussions qui ont aussi eu lieu sur la place du football dans la société haïtienne, au cours d’une session de conférences et de débats tenue le 11 février dernier. A la fin, l’auteur de l’article s’est demandé« pourquoi le pays n’arrive [-t-il] pas à faire mieux quarante ans après l’exploit de 1974».
Tout Haïtien alors adolescent ou adulte, qui a eu le bonheur d’assister à ce match opposant Haïti à l’Italie, en 1974 à Munich, en Allemagne, devrait pouvoir s’en souvenir. Voir le match en personne à Munich, ou ailleurs sur un écran géant ou petit téléviseur à écran noir et blanc, ou bien en écouter la retransmission radiale reviendraient au même. Le médium ne saurait diminuer en rien la fierté éprouvée, et l’intensité assourdissante des cris vociférés par les Haïtiens, quand Emmanuel (Manno) Sanon marqua le premier but du match. De plus, à la télévision, chaque fois que le mot Haïti, écrit en lettres majuscules sur le maillot ou la chemise d’un officiel de l’équipe haïtienne, était projeté sur l’écran ,on criait sans cesse «Haïti !». Déjà émigré aux EU, j’ai vu le match en retransmission par satellite, à Madison Square Garden, à Manhattan, en compagnie d’un groupe d’amis et de collègues. Dans l’auditorium plein à craquer, Il y avait très peu de gens parmi les spectateurs qui nous ressemblaient, ou bien qui nous connaissaient. Sans nous parler, les plus proches nous regardèrent froidement, et avec dédain. Cela servait un peu à « mettre de l’eau dans notre vin ».
Les antécédents
Haïti a perdu le match, mais elle a tenu l’adversaire en respect, en le contenant et le lui en imposant, jusqu’au coup de sifflet final. Notre fierté nationale a survécu, à travers notre équipe. Mais depuis, nous avons failli à la tâche de nous faire respecter, avec délices diraient certains, sur le terrain de jeu, et ailleurs, ajouteraient les autres. Domerçant parle aussi de l’idée « d’aborder la problématique du football sous des angles nouveaux ». Cela supposerait, à mon avis, un retour aux sources. Dans ma jeunesse, la question du football se résumait aux ordres de ma mère de m’en éloigner. Car, disait-elle, c’était « un sujet tabou chez nous, réservé aux conversations des parias ». Elle identifiait précisément ceux qui font des travaux manuels, les gendarmes aussi, et les centraliens. Ce dernier est un terme péjoratif qui catégorisait les élèves qui fréquentaient une institution scolaire appelée alors Centrale. « Mete yon elèv nan Santral » équivalait à une punition presque carcérale, aux yeux de certains, que l’élève était supposé bien mériter, à cause de ses déficits, à tous égards.
La brutalité et un manque de respect de la dignité humaine des joueurs sévissaient à un haut degré. On a rapporté un beau jour qu’un joueur de l’équipe de football de l’Armée d’Haïti, (oui, vous avez bien lu), l’officier Frank Beauvoir, avait sévèrement tabassé, impunément, le farouche défenseur de l’Aigle Noir, Dessalines, en plein match. Gare aux spectateurs, en plus, qui se réjouiraient quand l’équipe des militaires perdait un match. Les admirateurs enthousiastes pouvaient être fouettés par des gendarmes qui patrouillaient le long de la ligne de touche, pour qu’elle reste visible.
Des fois, l’éternel problème des classes, de couleur, les rivalités traditionnelles entre équipes, d’une part, et entre joueurs d’une même équipe, de l’autre, se manifestèrent dans toutes leurs laideurs. La comédie est aussi de la partie. C’est le cas, par exemple, de Gérald Haig, mieux connu sous le nom de Ti-Haig, attaquant létal de Violette (VAC), et Lacossade, gardien souvent imbattable de l’Aigle Noir. Ti-Haig était devenu le talon d’Achille de Lacossade. La salutation,« Lacossade Men Ti-Haig ! », à laquelle le gardien répond toujours par un juron qui réfère à l’anatomie de la mère de son interlocuteur, a appartenu au patrimoine linguistique du sport haïtien pendant longtemps.
On peut citer aussi le problème des parents qui refusaient à leurs fils la liberté de jouer au football pour des raisons plus économiques qu’esthétiques : le coût prohibitif des chaussures de football, d’un côté, et l’usage abusif que leurs enfants feraient, de l’autre, des chaussures ordinaires, en jouant au foot en cachette. Pour beaucoup de parents, le football n’était pas simplement un sport parmi tant d’autres, mais un instrument potentiel de décadence morale et sociale, au départ, et de pauvreté économique, en fin de compte. « Se bagay vakabon ! », disaient-ils.
Du cerveau au terrain de jeu, et au-delà
Partons du sport, en général, pour arriver au football, en particulier. On pourrait parler des composantes biologiques, scientifiques, sociologiques, historiques, artistiques, esthétiques, et aussi philosophiques du sport, pour en faire une vraie radiographie à plusieurs dimensions. En bref, le sport serait d’abord une des formes de la manifestation de l’instinct agressif. On parlerait aussi de pulsations agressives et d’automatismes endogènes qui se traduisent en un phénomène social, remarquable et surprenant. C’est un jeu, une profession et un divertissement pour égayer l’esprit, et le détourner de ses soucis, et qui comporterait des éléments culturels, géopolitiques et diplomatiques, a dit une fois François Simon, dans Le Monde. C’est une activité gratuite qui commence à l’école, dans laquelle on s’engage pour s’amuser, se dégourdir les jambes, qui se poursuit dans les rues, sur des terrains de fortune, jusqu’aux stades. Pour le professionnel qui en tire un salaire, cela suppose du talent, un entraînement méthodique, au niveau de la compétition, l’abstinence, et une discipline personnelle. Il ne faut pas oublier l’apport des directeurs sportifs, conseillers techniques, arbitres, et le rôle des médias, au-dessus desquels veillerait un pays doté d’une infrastructure digne d’en porter le nom. « La victoire de l’Allemagne sur l’Argentine (1-0), en finale de la Coupe du monde au Brésil en 2014 ne saurait être un accident », a dit un commentateur allemand après coup, « cela fait partie de notre programme géopolitique global.
Il serait juste de proposer une vision philosophique du sport, en passant par une description et une analyse du foot, en tant que phénomène biologique et social, dans son immanence, sa permanence. On projetterait cette analyse, enfin, vers le domaine de la transcendance, ce qu’il y a d’élevé et d’universel dans le désir de combattre, vaincre l’adversaire, pour asseoir une supériorité sportive, en équipe de 23 joueurs seulement, sélectionnés pour faire la gloire d’une nation, et le bonheur du monde.
Une chimie de l’agression violente et tendre
La Bible dit que l’homme est né méchant. Jean-Jacques Rousseau refuse d’y croire. Il est né bon, pense-t-il, c’est la société qui le corrompt. J. Z. Young, professeur honoraire d’anatomie à University College, à Londres, a fait une série de conférences, entre 1975 et 1977, qui fut publiée par l’imprimerie de l’université d’Oxford, en Angleterre, sous le titre de Programs of the Brain. Le professeur Young nous rassure que le cerveau alerte les hommes et les animaux en cas de danger. C’est un héritage paléolithique qui nous rend anxieux, sans nous mettre en colère, pourtant. Nous devons nous battre ou fuir. Malheureusement, ce dernier choix est inacceptable, inconcevable même, parce qu’il n’existe pas dans le contexte de la compétition. Nous devons donc vaincre ou souffrir la défaite ; vivre ou mourir, parfois. Nous sommes donc prédisposés à la violence ; elle se manifeste dans le monde, gratuitement surtout ces jours-ci. L’acte sexuel -une occasion exceptionnelle d’expression de tendresse- peut se transformer en un moment de lutte animale, de combat musculaire sans merci, souvent, sinon toujours gagné par le sexe qu’on dit être le plus faible. Pas vrai, mesdames et messieurs?
Rousseau explique comment à la guerre, par exemple, la violence n’est pas dirigée contre des soldats, mais contre de pauvres innocents, des femmes et enfants qu’on ne connaît pas, et qu’on a jamais vus. Il faut vaincre l’adversaire pour ne pas être vaincus. On se bat, on s’exerce et pratique la violence pour sauver son honneur, celui de son pays, jouir de sa liberté, son mode de vie, par exemple. Dans le foot donc, chaque match serait une occasion de vaincre ou périr, et non de perdre, ce qui est souvent acceptable. On peut s’habituer à la défaite et finir par s’y accommoder. Avant le déclenchement de l’agression, les glandes monoamines (adrénaline, corticostéroïde) préparent le corps à la bataille. Tout s’y prête, les éléments culturels, individuels, les expériences et la formation personnelles. On se demande si l’on va pouvoir surmonter l’obstacle, battre l’adversaire, pour évoluer, ou bien au contraire, contribuer à sa propre défaite. Cela nous renvoie aux idées du naturaliste Charles Darwin, par opposition à celles de J. B. Monet, selon le chevalier de Lamarck, dans « La génération spontanée et le transformisme », sur la sélection naturelle. Il y a plus au foot que le port du « bèl mayo » et les « jwèt demwazèl ».
Géopolitique et sociologie du sport : « Mens sana in corpore sano »
L’éducation physique est un héritage de l’antiquité grecque : l’idée de l’homme total. Il s’agit d’un idéal athlétique, panhellénique, qui propose un équilibre, une harmonie entre le corps et l’esprit : Un esprit sain dans un corps sain (Mens sana in corpore sano). Les adversaires de cette proposition sont peu nombreux. Parmi eux, le plus farouche est Michel Foucault dont on dit que le devenir philosophique a été transformé après avoir lu Heidegger, et spécialement Nietzsche dont la philosophie lui a servi de thèse de doctorat. Foucault rejette cet héritage, en déclarant que toute « l’antiquité a été une erreur », en imposant ce style à tous. L’Apôtre Paul, citoyen juif, issu d’un peuple élu de Dieu et destiné à la victoire, exhorte les chrétiens à se battre comme des athlètes pour remporter le prix. « Ne savez- vous pas que ceux qui courent dans le stade courent tous, mais qu’un seul remporte le prix? »leur écrit-il.(I Cor. 9 : 24). Il faut partir de l’idée qu’au bout du compte, on sera le seul gagnant.
Le sport dans toutes ses formes se trouve souvent au service des intérêts nationaux et internationaux, d’où les Jeux Olympiques annuels (JO). On se souvient de l’usage qu’en a fait, ou voulu faire Adolf Hitler en été 1936 à Berlin, aux jeux de la XIe Olympiade, du 1er au 16 août. C’est la seconde fois que l’Allemagne avait été choisie comme hôtesse des épreuves, parce que les jeux de 1916 avaient été annulés, en raison de la Première Guerre mondiale. Hitler en profita pour tenter de convaincre le monde de la supériorité aryenne, et de promouvoir la résurgence de la propagande nazie. Le Chancelier et l’Allemagne ont été humiliés par le Noir américain James (« J.C. » Jesse) Cleveland Owens (1913-1980), fils de métayer, sprinter exceptionnel. Il a gagné quatre médailles d’or aux courses sur piste et en sauts en longueur. Douce revanche pour lui, dont on dit qu’Hitler a refusé de serrer la main, comme le protocole l’exigeait. Et si Hitler savait que Jesse Owens portait des chaussures Adidas, une marque allemande, durant toutes les épreuves ? On raconte que Jesse aurait établi par la suite une différence entre Hitler et le peuple allemand. Il dira plus tard qu’en dépit de tout il a été mieux traité par les Allemands que par les Américains, à son retour aux Etats-Unis. En ce temps-là, la ségrégation et la discrimination raciales y sévissaient dans toute leur rigueur. Il faudra attendre vingt-huit ans après la mort de John F. Kennedy en 1964, pour que les Noirs fussent capables de jouir de leurs droits civils, au moins sur papier seulement, au début. Et cela est une toute autre histoire, qui dépasse de très loin les dimensions étroites de cet essai.
D’aucuns pensent que le professionnalisme a servi à avilir le sport et corrompre les athlètes, surtout les jeunes qu’on achète, vend à une équipe et revend à une autre, comme n’importe quel produit de marché. On offre aux uns, ici, des sommes astronomiques pour « jouer » ; ailleurs, les autres n’arrivent pas à gagner suffisamment d’argent pour subvenir à leurs besoins, assurer leur avenir et celui de leurs dépendants. Le professionnalisme peut débuter à l’école, où les promoteurs ne cessent de guetter un autre Gotze (Allemagne), Neymar (Brésil), Messi (Argentine), et Robben (Hollande). Pour bien développer le foot, le gouvernement pourrait se charger, comme d’une responsabilité institutionnelle, de trouver les futures étoiles, partout où elles se trouvent, que ce soit à la maison, dans les corridors, les rues, les centres de rééducation, les écoles privées et publiques, et devoir les recruter. Les bons et les « mauvais » élèves, également, recevraient la préparation et l’orientation sportive requises pour le succès, à tous les niveaux du local, à l’international. Dans les pays développés, c’est surtout le secteur privé qui s’en occupe, parce que sa grande richesse et un système de gouvernement approprié le lui permettent. Cela ne se fait pas du jour au lendemain, certes, mais le progrès dans tous les aspects du « plan » s’afficherait rapidement, surtout si ce dernier n’est pas laissé à la merci de chefs incompétents. Ceux-ci vont et viennent, au gré des vents sociopolitiques souvent invisibles, qu’on reconnaît pourtant, soit en ce qu’ils n’ajoutent rien de nouveau, de beau et de bien au tableau sportif, ou qu’ils l’ignorent complètement, ou enfin qu’ils en détruisent tous les acquis du passé.
Brève histoire
En l’an 200 av. J-C, en Chine, on connaît le dribblage. Les Grecs et les Romains utilisent leurs mains pour jouer avec une boule ronde, un futur ballon, dont le premier serait la tête d’un défunt brigand danois. Un jeu macabre, mais pas un sport. Cela sonne un peu trivial, mais peut être vrai. En 1365, Edouard III interrompt le foot en Bretagne, Picardie, et Normandie, à cause de sa brutalité. A la fin du XVe siècle, le « calcio » (veut dire football en italien) florentin est connu en Italie. Alors, le jeu sportif de source médiévale est connu des deux côtés de la Manche. Au XVIe siècle, le ballon de cuir est gonflé. Joué à l’école, à l’université et par la masse, le foot est interdit définitivement, en 1657 à Boston, dans le Massachussetts, par les colons anglais; en 1781, en Angleterre, selon le rapport de Robert Galisson, docteur ès-Lettres, maître de conférences à l’université de la Nouvelle Sorbonne, parce qu’il dérobait aux militaires le temps de tirer à l’arc. En France, il l’a été pour des raisons de productivité économique.
Les premières rencontres sont paroissiales, le nombre de joueurs est illimité. Tandis que Toussaint Louverture s’occupe de la Constitution de 1801, le principe d’un nombre égal de joueurs dans les deux camps est établi ; les poteaux de but sont introduits, mais sans barre transversale -cela rappelle le rugby- sauf un ruban ou fil y tient lieu. En 1850, en Europe, il était illégal d’avoir moins de quinze joueurs ou plus de vingt dans un camp. Sans organisation, les règles variaient. En 1870, le nombre de joueurs est fixé à onze, mais neuf d’entre ‘eux sont des attaquants, deux assurent la défense, sans gardien de but. Sauf pour l’absence du gardien, cela ressemblerait un peu au « total fussball » introduite par la Machine Orange, l’équipe de la Hollande, de 1974 à 1978, environ 121 ans après. La barre transversale de but fut introduit en 1875; en 1880, le gardien se distingua et fut autorisé à faire usage de ses mains. Le football moderne daterait de 1857, quand la première équipe fut organisée à Sheffield, en Angleterre, et officiellement le 26 octobre 1863 à la réunion de onze équipes, à Londres, pour former le Football Association of England. Les règles du jeu (Laws of the Game) furent promulguées-elles ont évolué pour refléter les temps modernes-après avoir jeté les bases des 140 associations nationales. Les membres furent appelés « Assocers », en prononçant le « c » dur, comme la lettre « k », d’où le mot « soccer ». La FIFA, fédération internationale, devait voir le jour et se solidifier entre 1904 et 1913.
A la recherche de la place et du devenir du foot haïtien
L’intégration du football et du footballer devrait se faire dans une atmosphère scientifique, psychologique, sociologique et philosophique. L’Etat voterait des lois qui assureraient le succès des équipes, comme il en est des institutions importantes du pays, et celui des joueurs qui en ont tant besoin, pour développer davantage leur personnalité physique et mentale, sociale et sportive. Une telle démarche servirait aussi à assurer leur avenir et les réintégrer au système, à l’âge de la retraite, où leurs expériences seraient d’une grande utilité. Pour beaucoup d’entre eux, une longévité inespérée, inattendue, leur serait presque garantie. Voici quelques autres buts à atteindre :
1. bien former les joueurs, tout en faisant l’éducation du public ;
2. déveloper le sport comme une discipline académique, en vue de l’épanouissement des joueurs ;
3. garantir aux joueurs un gros salaire et des avantages financiers qui feraient l’envie des jeunes ;
4. croire que le foot est une affaire nationale sérieuse, et le prouver de toutes manières ;
5. après la parole, introduire l’action qui seule produit des résultats ;
6. ne pas s’asseoir sur ses lauriers, car les acquis doivent être maintenus et surpassés.
L’approche philosophique, pour sa part, offre une possibilité rationnelle de mener la bataille au double point de vue théorique et pratique. Il faut pouvoir créer chez tous les partenaires une attitude stoïque en face des défaites, aussi cuisantes et humiliantes qu’elles puissent être (Allemagne 7, Brésil 1), et un comportement humble dans la victoire (Allemagne 1, Argentine 0),comme à la récente Coupe du monde. Il y aura toujours des champions ; « à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire », a écrit Pierre Corneille, et aussi des « Arsenal », une équipe qui symbolisait jadis la nullité absolue et permanente. Il faut toutefois garder une vision du lendemain, se redresser, épousseter les uniformes, se remettre à la tâche, pour marcher vers de nouveaux combats. Le sport, et particulièrement le foot, ne disparaîtra pas bientôt. Il s’inscrit dans une culture qui aide à comprendre un pays, son histoire et son programme politique, localiser un lieu géographique, interpréter un mythe sportif, et comprendre une période de la vie humaine. De plus, il nous révèle l’état de la connaissance des hommes et du monde.
Dans ma jeunesse, j’ai rêvé d’être un bon joueur de football, mais ma mère, qui repose en paix, s’y opposait résolument. Elle éprouvait déjà trop de peine d’avoir à supplier mes adversaires costauds de ne pas me casser les maigres bras et frêles jambes. J’avais un peu de talent, mais une grande peur des conséquences de mes prouesses; on me les faisait payer cher. Maintenant que je suis à la retraite, et bien loin du pays depuis des décennies, je ne peux lui être utile dans ce domaine, ni aucun autre, à dire vrai. C’est ici ma pauvre et tardive contribution au maintien et au succès du football, ce cher héritage sportif que ceux qui nous ont précédé nous a été légués. Il y a mille raisons d’espérer, d’avoir foi dans l’avenir du football haïtien. Dans tous les domaines, c’est seulement quand on cesse de lutter que les forces progressives le cèdent aux autorités obscurantistes, stagnantes et rétrogrades. Il faudra « résister jusqu’au sang … persévérer jusqu’à la fin », dit la Bible, pour gagner la victoire. Yogi Berra, fameux joueur américain de baseball, receveur, attrapeur, architecte des grands schelems, assommeur redoutable, ancien entraîneur des Mets et des Yankees, équipes plusieurs fois championnes du football mondial, version américaine, disait: « The game is not over until it is over ». Tout n’est pas perdu. L’équipe haïtienne peut encore vaincre. Car, au bout du compte, la défaite et la victoire s’apparentent, en ce qu’elles ne durent que le temps d’une saison. A l’approche de cette nouvelle saison, nous verrons encore, par exemple, la (Nazional) mannschaft (Allemagne), les Bleus (France), les Rouges (Espagne), la Selecao (Brésil), mais aussi les nouveaux Grenadiers (Haïti), pourquoi pas ? Dire « L’équipe haitienne » me laisse, ces jours-ci, un goût amer à la bouche et un son discordant, pas des plus harmonieuses, à l’oreille. Dans la défaite ou la victoire, les grenades retentissent toujours. Donc, Grenadiers, que dites-vous ?
Edner Xavier, Willingboro, NJ, EU, dimanche 20 juillet 2014
Commentaires
Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier à réagir.