Souhaitons que, avec un peu de chance, le Comité Devoir de mémoire-Haïti puisse arriver en fin de compte à interpeller les consciences citoyennes, locales, régionales, nationales même – aujourd’hui endormies sous la chape de plomb de cette longue et désastreuse transition démocratique – avec cette série de manifestations «mémorielles» (les crimes du 26 avril 1963, l’épopée des 13 de Jeune Haïti, les Vêpres jérémiennes, Fort Dimanche, etc.) ! Mais est-ce suffisant, efficace, radical pour panser tant de plaies ? Les ferments culturels qui ont rendu possibles les bestiaires de Papa Doc sont encore vivaces. Ainsi, en repérant chez les adeptes du mouvement de 1946 plus particulièrement François Duvalier, les effets ravageurs – messianiques ou névrotiques – de la question de couleur, il est bon de rappeler que les luttes de personnes et les méthodes arbitraires sont également à la source des crimes qui endeuillent l’humanité. Ce collectif qui regroupe les victimes et les descendants des victimes de la dictature macoute, vise surtout à changer les mentalités, à combattre cette culture politique mortifère qui est à la base de tant de cadavres, de violences, de traumatismes à la fois individuels et collectifs. Et on peut comprendre aujourd’hui encore, vingt-huit ans après le départ de Jean-Claude Duvalier, pourquoi ces conditions culturelles et historiques rétrogrades constituent des entraves persistantes à la floraison de l’Etat de droit. «Le ventre de la bête est encore fécond», comme on le sait. En effet, comment arriver à «moderniser – démocratiser» - pour reprendre la terminologie futuriste de Leslie François Manigat – notre société qui est encore si marquée par l’intolérance et l’impunité, le culte du pouvoir personnel et l’injustice ? Les notions de pouvoir sanguinaire, de dictature, d’exécutions sommaires, de répression politique renvoient «tête droite» aux concepts de culture, de tradition historique, de mentalité, d’«habitus», pour citer Pierre Bourdieu. C’est un mode d’explication de l’état déplorable de notre sous-développement – pas seulement économique – dont nous oublions souvent la justesse et les enseignements, accaparés que nous sommes par les bruits de la compétition électorale, habitués à survoler les communiqués trompeurs des ambassades étrangères. Tout est affaire d’éducation, de poids de la formation sociale «sur le cerveau des vivants» (Karl Marx). Pour que le «cauchemar» duvaliérien ne se reproduise pas, il faut donc davantage que ces louables mais minuscules initiatives du Comité Devoir de mémoire ! Tous les secteurs et forces vives de la nationale – pas seulement les organismes de défense des droits humains – devraient s’impliquer activement dans la promotion et la défense de la culture démocratique par opposition aux traditions despotiques et archaïques. Et les écoles? Tout un programme (de gouvernement)!!1