Monseigneur Joseph Gontran, Monsieur le Délégué du Département, Monsieur le Sénateur, Monsieur le Maire de la ville Monsieur le Recteur Madame la Vice-Rectrice, Mesdames, Messieurs les Doyens et Vice-Doyens des deux Facultés d’Agronomie et de Gestion ; Mesdames, Messieurs les Professeurs, Mesdames, Messieurs les autorités civiles et religieuses, Mesdames, Messieurs les parents, Mesdames, Messieurs, Distingués invités, Chers récipiendaires, chers filleuls, C’est avec beaucoup d’humilité et un cœur chargé d’émotion que je me tiens là devant vous ce soir. L’occasion en vérité est solennelle. Pour Jérémie et la Grand-Anse, pour les promoteurs et responsables de l’Université de la Nouvelle Grand-Anse, mais surtout, pour cette soixantaine de jeunes hommes et femmes, c’est un réel évènement. Il s’agit de la cérémonie de graduation de la première promotion de cette jeune université. Pour une cérémonie de graduation, en vérité, ç’en est une : tous les étudiants, en effet, finalisent leur mémoire de fin d’études et sont prêts à recevoir leur parchemin. C’est un véritable tour de force qu’ils ont accompli dans un contexte universitaire haïtien où les étudiants peinent souvent à réaliser ce fameux mémoire qui leur donne accès à ce sésame qu’est le diplôme. Le mérite revient aux enseignants et aux encadreurs qui se sont montrés à la hauteur de la tâche. Ils méritent les considérations de la région et du pays. Cette université, dans sa très jeune vie, place la barre très haute et montre déjà de grandes ambitions. D’abord, par la cohérence de son projet universitaire qui s’articule bien avec les besoins de développement économique et social de la région. Les choix des champs d’études couverts au démarrage, l’agronomie et la gestion placent l’activité de cette université en plein cœur de la stratégie de développement de la région dont les potentialités sur le plan de la biodiversité environnementale, agricole sont proverbiales. Le savoir-faire des promoteurs de ce projet se manifeste davantage encore dans leurs capacités à mobiliser des professeurs de partout à travers le monde autour de leur rêve d’avenir. Cette université n’avait même pas encore diplômé une première promotion que l’un de ses professeurs invités Madame Neeti Parashar, décroche avec son équipe de recherche à Perdue Calumet, le « Prix Nobel de Physique » en 2013. Je remercie les étudiants, les responsables de cette université et surtout mon grand ami Monsieur le Sénateur Maxime Roumer de m’avoir associé à cet événement et de me faire l’honneur de me désigner parrain de la promotion. Je demande à l’assistance de bien vouloir se joindre à moi pour saluer l’énergie, le courage et ce goût du défi manifesté par ces valeureux personnages par de chauds applaudissements. Je promets de faire tout ce qui est possible dans les limites de mes moyens et en fonction de leurs talents propres de les aider à faire leurs premiers pas dans la vie professionnelle. Mesdames, Messieurs, Distingués invités, Chers filleuls. C’est Jean Ferrat qui chante que : Le poète a toujours raison. Il voit plus haut que l’horizon. Le futur est son royaume. Dans une ville considérée comme la ville des poètes, les mots de cette chanson doivent bien résonner en la circonstance. Il faut bien être, en effet, un poète, un visionnaire, un entrepreneur dans le sens premier du terme pour avoir osé prendre le pari de lancer un projet universitaire aussi loin de Port-au-Prince, la capital, qui exerce un si formidable effet d’attraction sur les jeunes des villes de province en dépossédant ces territoires de leur talent, de leur énergie sans être capable forcément de bien les intégrer. La plupart finissent tout simplement par complètement émigrer vers d’autres cieux réputés moins incléments, le diplôme une fois obtenu, aux frais de la République. Les porteurs de ce projet ont fait une œuvre inaugurale en assumant de porter cette responsabilité et de poser les jalons pour une décentralisation véritable. Car ce rêve de revitaliser les régions est impossible sans ressources humaines qualifiées, sans institutions capables de les accueillir et surtout sans débouchés. Ces faiseurs d’avenir, ces héritiers de Prométhée proposent ce soir à la nation une soixantaine de jeunes diplômés dans les domaines de l’agriculture et de la gestion. Qu’ils en soient remerciés et que leur modèle puisse servir d’exemple aux autres régions du pays. Mes chers filleuls, Chacun imagine bien le bonheur qui vous envahit ce soir. Après quatre années de durs labeurs le moment est à la fête. Vous le méritez bien. Vous êtes jeunes, vous êtes bourrés d’énergie, vous êtes brillants. Les défis qui vous attendent pourtant sont impressionnants. Certains d’entre vous seront peut-être Ministres, Sénateurs, Maires, professeurs d’Université, entrepreneurs, pourquoi pas Président de la République. Vos professeurs n’ont-ils pas reconnu en l’un d’entre vous un avenir de Président de la République ? Je vous demande ce soir, pour le pays, pour vos parents, pour vous-mêmes et surtout pour les générations montantes de ne pas laisser tomber la flamme. Ne vous laissez pas rattraper par la routine qui asphyxie, qui dépersonnalise, qui rapetisse, qui banalise, qui déprécie l’avenir. Oui, partez à l’assaut du futur, faites-en votre royaume comme le dit le poète. Il y a tout juste une quarantaine d’années en 1968, le slogan des jeunes français inquiets de l’avenir qui se dessinait devant eux, était : « camarades, soyez réalistes, demandez l’impossible ». Ce mot d’ordre sorti de la bouche des jeunes les posait en irresponsables. Il faisait de l’autre la cause de leur désenchantement. Et Ghandi, le Mahatma, dans sa sagesse insondable répond « Soyez le changement que vous voulez voir chez les autres ». Pour vous permettre de comprendre où je veux en venir, laissez-moi vous conter deux faits : • Le 18 Avril 1893, le président Ulysse Heureaux, président de la République dominicaine qui accueillait le président Florville Hyppolite eut à dire : « Soyez le bienvenu ; je suis le Chef d’un pays pauvre et vous celui d’un pays riche ; nous avons pourtant besoin l’un l’autre de nous entendre ». • Au cours de la même période sous la présidence du Général Salomon, entre 1885 et 1888, la République d’Haïti exportait la bagatelle de 42.000 tonnes de café. Ce chiffre pour l’année 2013 se situait à moins de 2.000 tonnes. Que s’est-il passé en 100 ans pour que le pays se retrouve là où il est actuellement ? Est-ce la faute des autres ? Est-ce parce que les grands hommes en qui s’incarnait hier encore l’exercice de la volonté dans l’histoire ont déserté ce territoire ? Ou plutôt, est-ce parce que ceux et celles qui peuvent se porter à l’assaut des défis de notre temps ont démissionné et s’attendent à ce que d’autres, nos partenaires étrangers, des donateurs viennent résoudre le problème à leur place ? Je vous laisse le soin de répondre à ces lancinantes et difficiles questions. En tout cas, pour quelqu’un qui prend le temps d’observer, de découvrir, d’étudier et de comprendre ce pays, on ne peut que s’étonner devant ce contraste navrant entre une nature riche, exubérante et cette pauvreté insolente et dégradante. « Haïti est trop riche pour être pauvre » a été un slogan de campagne du président Martelly et un leitmotiv de son administration. L’assistance voudra bien excuser cette considération qui peut choquer certains en la circonstance. Chacun reconnaîtra toutefois, la Grand-Anse étant un vibrant témoignage, avec tout le potentiel à ciel ouvert dans ce département, que cette situation de dénuement général qu’on observe partout dans la République est inacceptable. La responsabilité de tordre le cou à cette situation qui semble une fatalité incombe à chacun de nous. A vous particulièrement, chers récipiendaires, je lance cette invitation à reconnaître et assumer votre responsabilité pour changer la donne, décréter cette réalité inacceptable. Vous devrez marquer la différence ! Vous pouvez faire la différence. Pour réaliser cet objectif, notre génération se doit de relever trois défis : - Le premier c’est de faire que ce pays finisse par se réconcilier avec la science. Que ce soit dans le domaine de l’organisation sociale, de la gestion du territoire, de la politique et de l’économique, nos manières de faire jurent avec les pratiques scientifiques les plus élémentaires. C’est ce qui donne à voir partout dans le pays cette image de désordre et ce goût pour le gaspillage. - Le deuxième défi c’est celui d’assumer pleinement de recourir à l’histoire afin de réhabiliter l’identité nationale. C’est le ferment qui nous portera à recouvrer notre dignité et permettre au pays de reconquérir la place qui est la sienne dans le concert des nations ; - Le troisième défi c’est celui d’assumer pleinement la responsabilité de défendre et de protéger le bien commun à tous. Je veux entendre par là : la stabilité institutionnelle, la souveraineté nationale, le progrès économique équitablement réparti. C’est à ce prix et à ce prix seulement que cette génération peut se rendre digne des sacrifices de nos pères. C’est à ce prix et à ce prix seulement que vous pourrez être les héros de l’Haïti renaissante. C’est ce prix et à ce prix seulement que vous pourrez contribuer à laisser aux générations futures un patrimoine dont elles seront fières. Mes chers filleuls, distingués invités, honorable assistance, je vous prie de bien vouloir vous mettre debout pour répéter après moi le serment que voici : Je m’engage, devant Dieu et devant la Nation, pour les générations montantes, à faire tout ce qui dépend de moi, par mes paroles ou par mes actions, à contribuer à laisser un pays meilleur que celui que j’ai trouvé et dans lequel j’ai grandi. Je vous remercie ! Que Dieu vous accompagne et vous protège.