« Je crois qu’il est primordial pour l’homme de ne pas rater sa vie, plus encore, d’en faire une chose belle»…Voilà la phrase avec laquelle le prof Toussaint a débuté sa conférence autour de la vie universitaire à la Faculté des sciences économiques, sociales et politiques de l’Université Notre-Dame D’Haïti, le 9 septembre 2014. Il était exactement 10 h a.m. quand le prof a cité cette phrase de Karl Lévêque, ce penseur haïtien ignoré chez nous, alors qu’au Canada, une Avenue porte son nom, en guise d'hommage. C’est, sans nul doute, dans cet esprit que le Dr Toussaint a publié en Juin 2014 aux Presses Nationales d’Haïti : « Sociologie d’un jésuite haïtien. Karl Lévêque, éducateur politique ». Comment faire de sa vie une chose belle ? Comment devenir ennemi de la saleté ? Comment embellir l’existence par le biais des études ? Pourquoi entreprendre des études supérieures en Haïti ? Valorise-t-on le savoir en Haïti ? Est-ce qu’on étudie pour pouvoir exploiter les plus faibles ? Est-il possible de transformer la société haïtienne ? Ces questions et bien d’autres étaient au cœur de la séance de la rentrée autour de la pratique universitaire animée par le docteur en sociologie au profit d’une centaine d’étudiants. Etudier, c’est apprendre à dialoguer et à créer avec les penseurs et chercheurs qui nous ont devancés. Nous sommes des héritiers ! Nous avons une dette envers les aînés. Nous avons un travail à parfaire en vue de transmettre quelque chose aux générations futures. On étudie pour grandir non seulement intellectuellement, mais également humainement. On étudie pour s’aimer, pour aimer les autres et pour semer. On étudie pour devenir intelligent, pour faire un usage intelligent de son intelligence. Etudier, c’est profiter intelligemment de ce que nous offre la vie pour pouvoir avancer et aider les autres. On n’étudie pas pour devenir cynique. Nous étudions pour devenir des hommes et des femmes de jugement. Nos dirigeants sont-ils des hommes et des femmes de jugement ? Est-ce que nos dirigeants sont suffisamment intelligents pour pouvoir résoudre leurs différends sans faire appel à la communauté dite internationale ? Le prof Hérold Toussaint a commenté avec les jeunes quelques extraits de son livre le plus lu en Haïti « Le métier d’étudiant » : « L’étude réclame un apprentissage. Elle comporte une technique. Elle repose sur un ensemble de règles, comme un édifice sur sa base ». (…) « Le métier d’étudiant sert de préface au métier d’homme. L’étude sérieuse et calme peut offrir une espérance, une carrière à la portée de chacun de nous. Etudier, c’est apprendre à découvrir qu’on n’est pas seul au monde et que son action s’insère toujours dans un réseau de relations humaines déjà existant. L’étude est capable de nous aider à comprendre que nous devons être responsables avec les hommes et envers les hommes. Nous y arriverons dans la mesure où nous acceptons d’assumer notre propre responsabilité et notre entière humanité ». (…) « L’universitaire-citoyen est un veilleur qui accepte de créer des communautés de veilleurs au service du bien commun ». Par ailleurs, une question fondamentale a été posée par l’étudiant Réginald Etienne : comment se mettre au service du bien commun dans un pays comme le nôtre où la vérité est étouffée ? L’Université, c’est l’unique endroit au monde où toutes les questions peuvent être débattues. La première mission de l’université est de défendre la vérité. Toutefois, il n’y a pas de vérité ultime. D’où l’importance de l’argumentation !, souligne le conférencier. Il est midi. Le prof a mis fin à la conférence. Et il était déjà attendu dans un autre espace universitaire pour une autre conférence. C’est un penseur-pédagogue. Sa vie se résume à sa passion pour la recherche, la transmission du savoir et le bien commun. Dr Hérold Toussaint a déjà publié une dizaine d’ouvrages et, sous sa direction, les jeunes du Collectif des universitaires citoyens ont publié neuf travaux dans le champ des sciences humaines et sociales.