Hancy Pierre
Les processus autoritaires caractérisés par la présence de caudillismes se sont soldés par l’installation de régimes démocratiques en Amérique latine, à partir des années 1980.Les situations diffèrent les unes des autres, au prix de l’efficacité et de l’influence des facteurs divers, l’imposition de la force, le consensus et /ou la socialisation politique graduelle.
Le Costa Rica s’est révélé un modèle de démocratie pactée, ce qui tend à être exporté dans le reste de l’Amérique latine. La République dominicaine a connu une longue expérience de transition dominée par des transactions politiques entre les acteurs en crise d’hégémonie. Outre les produits dominicains qui envahissent le marché haïtien et ses experts, la République dominicaine peut-elle être une référence en matière de démocratie ?
En République dominicaine, l’avènement de l’agronome Antonio Guzman à la présidence fut possible par l’immixtion de l’observation électorale internationale présidée alors par l’Organisation des Etats Américains (OEA) en 1977. Il a été défini un pacte politique qui a conféré la présidence au Parti révolutionnaire dominicain (PRD), d’obédience social-démocrate et la majorité au Parlement, au Parti réformiste social-chrétien (PRSC) ainsi que les sphères administratives les plus importantes
La République dominicaine était en proie à une prise en otage du pouvoir politique. L’interdiction à la réélection immédiate à la présidence a été évoquée comme leitmotiv idéologico-politique. Ce, dans l’intérêt d’une alternance démocratique controversée.
En février 1963, l’exercice démocratique de la présidence de Juan Bosch, sept mois plus tard, a été perturbé par un coup d’État militaire suivi de l’intervention étrangère armée. Le Brésil a eu à affirmer son leadership au sein d’une force multi nationale qui a secondé et remplacé les Américains. L’ouverture de l’espace démocratique a donné le pas à une séquestration du pouvoir politique au nom de l’alternance du Dr Joaquin Balaguer, ce durant trois mandats successifs 1966-1970,1970-1974 et 1974-1978. L’Accord de Santiago, qui a regroupé des secteurs politiques dissimulés sous la direction du Parti révolutionnaire, a été oublié lors des élections de 1974 sous le coup de la répression. L’intermède 1978-1986 est marqué par le balaguerisme sans Balaguer, du fait de la présence d’outsider dans les rouages du pouvoir assuré formellement par le Parti révolutionnaire dominicain (PRD).
De 1978 à 1986, le PRD a assuré une gouvernance fragile. Il s’est rangé à côté des intérêts des grands capitaux au détriment de celui des masses populaires, pour un parti qui se réclamait paradoxalement de la social-démocratie. L’application des recettes du Fond monétaire international (FMI) vient dénaturer la relation pouvoir politique et programme électoral. La question du changement reste un vœu pieux et une formule à la remorque. Le désarroi s’est installé dans le milieu populaire. Le PRD vient d’être déclassé par le PRSC, en la figure de Balaguer, un vieux routier qui s’est imposé sur l’échiquier politique durant quarante années. Paradoxalement, il revient au vieux caudillo de résister face au diktat du FMI durant son mandat de 1986-1990.
La situation explosive a donné lieu à la mise à profit de pactes politiques en vue de faciliter l’alternance démocratique dans le cadre d’une démocratie restreinte. L’on peut citer à titre d’exemple le Pacte de Santiago durant le gouvernement de Balaguer en 1988. Les pactes extraconstitutionnels s’interposent pour assurer la balance politique et contourner des imprévisibilités politiques, sans pour autant déjouer les fraudes électorales, qui sont monnaie courante. En 1992, l’échauffement des mouvements politiques contestataires a mis la République dominicaine au bord de la crise. L’Église Catholique a joué le rôle de médiatrice entre les secteurs antagoniques d’alors, les partis d’opposition et les mouvements sociaux urbains. Un accord politique a été signé durant cette conjoncture.
En 1994, est intervenu un autre accord portant la réforme du système électoral. Cet accord a postulé la séparation des élections présidentielles des législatives et des municipalités, la prohibition de la réélection aux présidentielles, la mise en vigueur du principe de la majorité absolue et l’introduction du système de ballotage, la mise en place de l’observatoire électoral, de collèges électoraux fermés ou semi-fermés pour éviter la multiplication de votes par un même électeur. Le Dr Balaguer a vu son mandat écourté de deux ans dans le cadre du Pacte pour la démocratie.
Le Dr Leonel Fernandez est devenu le dauphin Du Dr Balaguer au nom de l’accord de 1996 entre le Parti de libération dominicaine (PLD), présidé par le professeur Juan Bosch, et le Parti réformiste social-chrétien (PRSC), par le Dr Joaquin Balaguer. La République dominicaine s’est installée dans un cycle de pauvreté, en dépit du rétablissement des grands équilibres macroéconomiques sous la présidence du Dr Fernandez où les scores de croissance étaient de l’ordre de 7.5%. Cette pauvreté a affecté plus de 35% de la population. Le Dr Fernandez a aussi organisé le Dialogue national face à l’instabilité politique existant sous le coup de la crise économique et la désillusion des masses exprimées à travers une forte abstention dans les élections.
On assiste en République dominicaine à l’alternance électorale sans alternative développementale. Le grand marché survenu des transactions entre les partis est souvent remis en question par les masses dans leurs revendications percutantes pour le bien-être social et économique. Le petit marché, soit pour nommer les transactions impliquant les masses populaires, est contourné par la formule de participation fossilisée de représentants de la société civile institutionnalisée.
Ainsi les pactes sont sujets à des révisons intermittentes.
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