Par Guison CELESTIN
Au cours de ce dernier semestre de l’année 2014, l’un des sujets d’actualité les plus prisés est la question de l’éducation en Haïti. Des résultats catastrophiques des examens officiels aux « 12 mesures » adoptées par le Ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP) pour redresser la barre, sans oublier le congrès des directeurs et censeurs des lycées de la République et la convocation pour formation des directeurs des lycées du département de l’Ouest, tout porte à croire que les responsables étatiques veulent poser des actions dans le sens d’une certaine réforme de l’éducation. Plusieurs réflexions sont déjà produites sur la question en termes d’évaluation, de souhaits et d’orientations que devraient prendre ces actions.
Cet article, non un de trop, -nous le souhaitons- se veut une contribution dans cet édifice que plus d’un souhaite ériger pour une meilleure société de demain. Il prend en compte le cheminement tracé par les responsables du MENFP pour pouvoir doter les écoles de la République d’enseignants formés.
Le MENFP compte aller vers « une école qualité ». Mais quel est le but d’une école qualité ? William Glasser répond : «Le but d’une école qualité est d’éduquer les enfants en fonction de la définition de l’éducation qui est le processus par lequel nous découvrons qu’apprendre ajoute de la qualité à notre vie.» Cette école qualité ne peut se réaliser sans des professionnels qualifiés et compétents. La complexité de notre système éducatif est que beaucoup de ceux qui sont dans nos salles de classes ne sont ni qualifiés ni compétents. C’est à cette réalité complexe que font face les responsables du MENFP. On pourrait se demander comment se fait-il que des personnes puissent rentrer et s’installer dans le système sans qualification ni compétence ? Cette question peut être donc traitée dans une autre réflexion. Maintenant comment gérer cette situation en homme d’État ?
Le MENFP aborde la question par la formation de ces « enseignants » mais avec possibilité de les écarter du système à travers une évaluation prévue après deux ans de formation. Les différentes périodes de cette formation sont prévues dans le calendrier scolaire 2014-2015. Les premières séances de formation des enseignants devaient s’organiser la première semaine de septembre et de novembre. Formations qui n’ont pas eu lieu et le MENFP ne donne aucune explication. Est-ce que les autres séances prévues seront organisées ? Rien n’est certain ! Si on arrive à respecter les autres dates, y aura-t-il une prolongation pour pouvoir récupérer les heures perdues puisque logiquement cette formation faisait l’objet d’une préparation, donc un ensemble de notions à voir dans une période précise? Avec les interventions en série des syndicats d’enseignants réclamant le respect du protocole d’accord signé entre eux et le ministère de l’Éducation nationale, peut-on espérer une année scolaire en douceur ? L’incertitude persiste !
La formation que compte donner le MENFP concerne les enseignants -tant publics que privés- et s’étale sur une période de deux ans. Une évaluation est prévue à la fin où ceux qui ne réussissent pas se verront refuser le Permis d’enseigner. Ce dernier, constituant le document indispensable d’un enseignant dans une salle de classe, toute personne qui ne le détient pas sera automatiquement écartée du système.
Compte tenu des différents facteurs pouvant contribuer à l’échec de ces « enseignants » à partir de cette évaluation, comment vouloir les écarter après tant d’années d’expérience alors qu’il existe d’autres possibilités? Mettons-nous à la place d’un enseignant ou enseignante qui a sa lettre de nomination (émanant de l’État), qui perçoit son salaire ou pas (beaucoup de personnes sont nommées depuis plusieurs années mais n’ont pas encore reçu leurs premiers chèques), qui a une famille sous sa responsabilité et un bon nombre d’années dans la « formation » de plusieurs générations ne réussissant pas l’examen final de la formation. Qui est responsable de son intégration dans le système tel qu’il/elle est ?
Pourquoi les responsables du ministère ne cherchent pas dans les archives de l’institution les mesures déjà adoptées et les perspectives dégagées en termes de réponses à ces problèmes ? Le Document de stratégie nationale pour la croissance et la réduction de la pauvreté (DSNCRP), dans ses 4 pages sur l’Education, a prévu un ensemble de stratégies, dont la formation continue de 14 000 enseignants et 2 500 directeurs d’école ; la fixation du salaire minimum de l’enseignant et du directeur d’école en fonction de leur niveau de formation ; la conception et la mise en place d’un dispositif de formation initiale et continue pour les formateurs du secteur de l’enseignement et de la formation technique et professionnelle. Ces mesures, une fois adoptées et mises en œuvre, seront socialement justes et rentreront dans une dynamique gagnant-gagnant. Avec tout le désordre enregistré dans le système éducatif haïtien depuis des années, il est certain qu’on trouvera des personnes à un niveau tellement inférieur où elles ne peuvent pas assimiler cette formation intensive. Dans ce cas, on les rentrera en formation pendant deux ou trois ans en les gardant hors des salles de classes tout en continuant de leur donner leurs appointements. Cette absence sera assurée par de nouvelles personnes qualifiées et compétentes venant de l’Ecole normale supérieure (ENS), des CEFEF, de la Formation initiale accélérée (FIA) et des Établissements de formation initiale spécialisée (prévus dans le DSNCRP). Étant donné qu’il y a insuffisance d’enseignants, ces nouvelles fonctions et/ou nominations serviraient de prétexte pour combler le vide existant avec le retour de ces enseignants nouvellement qualifiés.
Les mesures de redressement du système sont en majeure partie déjà disponibles. Plus besoin d’organiser des colloques, de grandes réunions. Utilisons ces ressources financières à d’autres fins.
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