Voilà un auteur dont l’œuvre, parcimonieuse et incisive, constitue vraiment une sorte de « singularité», fourmillant de données historiques et d’analyses sociologiques. Pour plusieurs raisons. Mais retenons, grosso modo, deux.
La première, c’est que Jean Casimir, sociologue de formation, professeur, consultant international (à la Commission économique pour l’Amérique latine et la Caraïbe), ambassadeur, a produit des ouvrages concernant directement l’interaction organique entre notre passé esclavagiste et l’ancrage séculaire de cette «culture opprimée» qui est à la source de l’interminable «déconstruction» du pays. Un pays en crise. Fruit d'un patriotisme aguerri, la thèse de Jean Casimir – illustrée à travers son maître ouvrage «La cultura oprimada» publié à Mexico en 1980 – est le fruit d’un travail de réflexion pertinent et judicieux. D'une frappante acuité, elle nous met en face de nos malheurs, de nos peurs, de nos échecs.
La deuxième raison de notre vif intérêt pour cet intellectuel rigoureux et compact, c’est que son plaidoyer – c’en est un à bien des égards- pour la création d’un État-nation inclusif, fondé sur la «fin» de la dualité culturelle (rupture entre la culture d’origine africaine et la culture créole d’origine française), implique obligatoirement l’émergence d’une «véritable» nation haïtienne à partir d’un modèle de développement favorable à l’émancipation des masses ouvertement encouragées par des élites éclairées. Il ne s'agit pas d'un simple rêve, d'une évaluation systémique répétitive. On a affaire ici, il faut le reconnaître sans faux-fuyants, à un projet politique de type modernisateur, inspiré entièrement par l’urgence d’une transformation radicale de notre société (inégalitaire et régressive).
Doté d'un regard panoramique scrutateur, aiguisé, tendu, l’auteur de « La Caraïbe : Une et divisible» (1991) a repris et développé dans tous ses livres (Ayiti Toma, Haïti chérie, 2000 ; Pa bliye 1804, Souviens-toi de 1804, 2004 ; Haïti et ses élites, 2009) sous une forme obsessionnelle le paradigme d’une Haïti reconstruite sur les bases de l’option dessalinienne grâce à une élite en phase avec les intérêts des masses.
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