Mille fois saisi sur le fait de se présenter des excuses à soi-même, confus de souhaiter ‘’la malemort’’ aux indélicats qui vous assassinent le silence de la nuit. Mille fois qu’on en a fini, par furieuse et coupable adaptation, à se faire la violence de s’accommoder aux maudits tintamarres de la journée. Tous bruitages dûment circonstanciés, du plus légitime et anodin, jusqu’aux grosseurs de ces E.T. auréolés de sirènes, ces innommables génies qui revendiquent l’invention de la machine à refouler le travail et aspirer le pognon et dûment acquis à la vocation d’emmerder des tympans originellement promis à d’autres amours. Bien que je fusse certain de ne pas être le seul a être dérangé par la pollution sonore qui empoisonne Pétionville, l’idée de m’en plaindre heurta mille fois le Tout le monde s’en fout . Si gêné le jour à cause de la réprobation qui suivrait, automatique, si tu décidais dans un accès de folie de les ‘’vaporiser ou évaporer’’ à coups de bombes à Baygon ou de RPG7, la nuit serait bien propice à se faire Zorro ou Frankenstein. Cela dépend d’une fouletitude de paramètres. La vie ça se respecte, fut-elle d’une brindille d’herbe. Tu n’as plus les mollets agiles de tes vingt ans.. Les jours, je veux dire les nuits ne sont pas toutes pareilles. Et la nuit ça roule vite, comme si justement elles avaient peur de croiser Baron Samedi, sous tes traits, à faible allure. Des camions jaillissant de l’enfer, avec des trompettes à vous réveiller tous les diables. Jamais les camions-citernes, jamais les chars à légumes qui descendent de Kenskoff. Mais une infinitude d’autres ‘’larrons gauches’’, répondant à la définition que l’ami, feu l’Agronome Henri Louis-Jeune, donnait des bolides Port-au-Prince – Cap-Haitien : ‘’se ak klakson yo mache’’. (Lisez « diesel » pour « klakson » et vous y êtes). 1:00 heure du matin, tu es astreint à dessiner une déesse à la Alphonse Boudard*, « qu’a des guiboles de reine, interminables », un cul somptueux, « et des nibarbs façon poire belle Hélène qui vont bien sous la pogne », et surgit de niveau Morne Lazare des tubas lucifériens dévalant le Haut-Bourdon qui interrompent ta conversation intime avec les dieux. Ou, voyageant d’Ouest en Est, des crissements de gommes, surprises par le dernier virage avant l’entrée Montana, perdent l’asphalte, sectionne un pylone avec ton cable optique Natcom et s’affaisse en contre-bas dans un bruit de guerre. Avec dans le maigre silence suivant, un murmure : « m santi m kofre » souligné de cris de femme,.. en… "non-allegro vivace’’. Et les motos. Ça voyage toute la nuit. Là, t’as le choix de tes décibels et de la façon dont tu peux souhaiter qu’ils s’arrangent. J’ai dit ‘’souhaiter’’. Malgré que je sois né et fait mes humanités à gauche, je me trouve côté moto dans la triste situation de préférer bourgeois aux prolos. TOUS DEUX COUPABLES ! Les prolos, certains d’entre eux, sectionnent leurs pots d’échappement pour faire du boucan dans la nuit,… Une pétrolette de 100 à ‘’canon’’ scié,… c’est horrible. Ça pollue plus et ça écourte la vie du moteur. Les dorés ne font pas moins de bruit, largement plus, parce que voyageant en meute. Mais c’est surtout à l’accélération que c’est douloureux. Une machine de cylindrée 250 ou 300 produit une douce musique à la décélération. Je suis familier de la question pour avoir débuté en Honda 125 carburateur double corps et fini en Kawasaki 350 sur les routes du Québec. Toutefois, les grosses cylindrées qui m’empoisonnent mes nuits les vendredis, samedis et dimanches ne sont pas des MV Agusta avec boîtes de vitesses à rapports avec assistance électronique qui fait chanter le moteur ‘’up and down’’en gammes chromatiques. Et les vilains trublions qui les enfourchent ne sont pas des Giaccomo Agostini 13 fois champion sur MV Agusta. Sinon j’eusse eu souffert du douloureux plaisir de couver des stars. Tous délinquants, autant qu’ils sont. Nolens,…volens ! Et dans le silence revenu entre deux déflorations assassines, une faible voix dont je ne saurais dire si elle fut vive ou allumée, chantant : « Je suis chrétien v…là ma gloire, mon espérance et mon s….. » Un moment de rédemption dans ma nuit charcutée. Si donc un jour, il vous arrive, Mr Paret, d’être appelé comme témoin au criminel, soit que j’aie dit d’un accidenté de la vitesse et du bruit : ‘’C’est dommage qu’il ne soit pas mort’’ ou que j’en aie ramassé un à coups de carabine, ou au lance-flammes, dites au juge qu’il est impossible que j’en sois arrivé là, pour ne le pouvoir, mais que j’en ai follement rêvé, l’espace d’un cillement,…avec la satisfaction mais sans le péché. Salut simil