Par Jean Abner Charles
Il est parti. Sans bruit. Jean-Robert Simonise s’en est allé de la manière dont il a toujours vécu. Dans la sérénité et la dignité. Il s’en est allé. Sans tambour ni trompette. A l’écart de la foule et loin de la cohue qui hue. Pour servir de témoignage aux êtres humains de tous les temps que la mort peut n’être ni affreuse ni redoutable.
Le professeur Simonise vint au monde le 20 juillet 1955. Il n’est pas né dans une étable. N’a reçu la visite d’aucun roi mage guidé par quelque étoile de berger. Mais, comme le génie de Victor Hugo, il voulait « les choses nécessaires; agrandir les esprits, amoindrir les misères. Heureux dans ses travaux dont les cieux sont témoins ». Et voilà le 11 décembre 2014, s’est éteint le fils du sieur Raphaël Simonise et de la dame Estasie Fabre. Ses funérailles ont été chantées en l’église du Sacré-Cœur de Meyer (Jacmel), le samedi 20 décembre 2014.
La postérité retiendra de JRS qu’il avait su choisir son camp. Tout le temps. Qu’il s’est toujours aligné sur des valeurs et des principes cardinaux qui font d’un homme un vrai et le conduisent à se réaliser pleinement. Equité, justice et respect forment la triade de sa vie, qu’il avait choisie de semer, de dispenser tout le long de son parcours. Que ce soit dans les articles et les ouvrages qu’il a publiés ou à l’occasion de l’exercice de ses professions. Dans ses salles de classe comme derrière ses bureaux. Jean-Robert Simonise demeure un homme droit. Un modèle de courage, d’intelligence et de discrétion.
Dans ses propos de circonstance lors de la cérémonie funéraire, maître Denis P. Régis, Fondateur du Centre d’Études diplomatiques et internationales (CEDI), n’a pas tari d’éloges à l’endroit de celui qui fut ministre des Affaires étrangères à un moment décisif de l’histoire récente de son pays. Lorsqu’en 1991, soutient Me Régis, le pays se trouvait confronté à un triple défi, (sur le plan politique, le spectre de la guerre civile; sur le plan économique, la chape de plomb des sanctions internationales et, sur le plan international, l’isolement diplomatique quasi total), c’est sans surprise que le gouvernement provisoire d’alors fit appel à cet homme pour diriger le ministère des Affaires étrangères. Car il fallait, poursuit l’homme de droit, selon la célèbre formule de Talleyrand, un « négociateur bien convaincu de l’importance des circonstances », un esprit clairvoyant, modéré, pénétré des principes du droit international et, par-dessus tout, un patriote conscient de ses devoirs et de ceux de sa fonction, qui fût capable de faire entendre aux cabinets étrangers le langage de la fermeté tout en recherchant les moyens permettant au pays de sortir, le front haut, de la crise interminable qui menaçait jusqu'à la souveraineté nationale.
Je suis bien d’accord avec Me Régis quand il dit encore que « le pays perd en lui (JRS) un homme d’une qualité rare, aux talents multiples, un esprit brillant, un journaliste de grande classe, un technocrate de haut vol ». Quand il affirme que « le CEDI, pour sa part, pleure un collaborateur exemplaire et moi un collègue irremplaçable et un ami fidèle ». Cependant, lorsqu’un homme ou une femme accède au sommet de l’art d’être et qu’il (elle) parvient à un degré insoupçonné d’accomplissement de soi, cette personne échappe au cycle de la vie et de la mort. Cela, au bénéfice de sa communauté et de l’humanité tout entière.
En effet, Jean-Robert Simonise possédait l’art de vivre et le pratiquait à la perfection. En cela, il a réussi à se ranger dans la galerie des êtres immortels s’il est vrai que l’art est un anti-destin, comme le veut André Malraux.
Si chaque visage reflète celui de JRS. Si toutes les pages des ouvrages véhiculent au moins une pensée sublime. Si chaque musique reproduit une beauté particulière. Si derrière chaque monument historique d’ici et d’ailleurs se cache le souvenir d’un acte d’héroïsme. Si l’eau, l’air, la terre, le feu sont partie de l’homme et inversement. Alors, aucun risque, la mort s’est fait descendre de son piédestal. Alors, parents et amis de JRS peuvent se consoler. L’homme demeure avec nous, car il est. Pour le meilleur et pour l’éternité.
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