Pierre Raymond Dumas
Dans ce monde de plus en plus perdu, je ne veux rien ajouter de banal, de superficiel après avoir lu «L’Art presque perdu de ne rien faire » de Dany Laferrière, tant la fête de la pensée et de l’esprit est grandiose. Dans ce pays sans repères - le nôtre, malheureusement -, je le dis, sans me tromper, c’est sans conteste le livre le plus réussi de notre congénère dont bon nombre de précédents textes m'ont paru être d'éclatants radotages. C'est l'oeuvre d'un coureur de fond et d'un sprinter, tout à la fois.
Un livre fourre-tout mais au sens rabelaisien du terme, un livre intelligent, presque parfait, une kyrielle de conversations, d'impressions, de réflexions judicieuses, pertinentes, originales. Un livre immense, resplendissant d’idées profondes et de trouvailles. Un livre océan traversé de mille et une morts et vies, identitaires, célèbres, guindées, rêvées. Un livre vedette par sa densité scénique et son éloquence éblouissante d’hédoniste. Un livre où le goût obsessionnel des mots est continuellement alimenté par la passion des choses de l’esprit et des questions intemporelles (la mort, le pouvoir, l’amour, etc.). Un livre voyageur, éveillé, conquérant, plein d’énergie et de fausse pudeur. Un livre de cinéphile; on dirait un livre écrit par un bibliophile, un véritable spectacle lumineux, fait de «choses minuscules » et de futilités. Un livre de chevet, au langage onctueux, saccadé, énivrant. Un livre d'écrivain accompli, au charme irrésistible, presque sans défauts.
On ne peut que reconnaître - non sans jubilation- qu'il s'agit là d'un véritable exploit réalisé par l'écrivain haïtiano-canadien le plus bondissant, pieds sur terre et coeur de dilettante, amoureux fou d'écrivains baroques (Boulgakov, J.S. Alexis, Gombrowicz, Borgès, etc). C'est la passion qui importe ici. La passion des lettres et de la vie.
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