Ma grand-mère adoptive me parlait souvent des prodigieuses richesses immenses, insoupçonnées, enfouies dans nos sous-sols : pétrole, or, argent, aluminium et autres terres rares ou métaux stratégiques comme l'yttrium. Personne ne peut contester cela, mais personne ne peut avec exactitude évaluer notre potentiel minier. Qu’en est-il au juste ? Qu’y a-t-il de si particulier – de vrai et de faux, d’hallucinant – à ces pronostics merveilleux ? Ma grand-mère, comme dans les vieilles histoires coloniales fantastiques, me racontait des événements épouvantables relatifs aux trésors en or violemment accumulés par les esclavagistes saint-dominguois au détriment de nos pauvres et enchaînés ancêtres. C’est le cas des jarres bourrées de pièces et de bijoux en or enterrées ici et là à travers tout le territoire de Saint-Domingue par les colons français (avant la Révolution de 1804 ?). Cette vieille et obsessionnelle «légende» noire qui hante la mémoire de tous nos compatriotes a, pour ainsi dire, propagé de génération en génération la thèse d’une «île magique» incroyablement riche en trésors et minerais, peuplés, de surcroît, par les esprits des esclaves assassinés et «sacrifiés» par les colons sous les lieux même où sont cachées les jarres afin de les protéger. Une sorte de merveilleux indécrottable! Elle alimente à satiété ce que l'ingénieur Dominique Boisson appelle à juste titre le merveilleux minier haïtien, relayé aujourd’hui de façon tapageuse par tout un chacun, notamment nos hommes politiques, toutes tendances confondues (Moïse Jean-Charles, Turneb Delpé, André Michel, Sauveur Pierre-Etienne, Fanmi Lavalas, etc.).
Et l'eau comme ressource vitale? Pourquoi ne pas se pencher ardemment sur les voies et moyens d'alimenter nos populations en eau potable? À la fois rare et omniprésente, elle représente de l'or, non?
En fait, pour nos politiques comme pour nos «nationalistes» enragés - ce qui n’est pas forcément la même chose, tout est là : avec nos «prétendues» incommensurables richesses ( dont la mise en valeur implique une longue période) qui expliquent l’intérêt jaloux des USA et des compagnies minières multinationales pour Haïti. Le pays va pouvoir se «développer». Plus besoin de PetroCaribe dont la contribution financière est aujourd’hui insignifiante ! À court de ressources et d’alternatives programmatiques, les Haïtiens – les hommes politiques en tête – misent désormais tout là-dessus. Pour une fois, nous sommes arrivés à avoir ce fameux plan national de développement étalé sur plusieurs années (pour ne pas dire sur plusieurs décennies) …
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