Robert Paret Point n’est besoin d’être de l’opposition pour dénoncer les dérives d’un gouvernement ou faire ressortir les anomalies qui causent du tort à la société, la qualité de citoyen le commande. De même, il n’est pas raisonnable d’approuver, malgré l’évidence de leur échec, toutes les actions d’un gouvernement qu’on supporte, ni justifier ses actes malgré leur maladresse, la probité le réprouve. Tout comme il est n’est pas convenable de taire certaines vérités à un ami ou une amie qui est à un poste de responsabilité, la morale le condamne. On n’aide pas à périr celui ou celle qu’on affectionne. En outre, le poste de consultant ou de conseiller exige une déontologie professionnelle basée sur la clairvoyance et l’objectivité, l’honnêteté l’exige. D’où on se positionne, l’éthique impose et le patriotisme doit prioriser l’intérêt national sur les privilèges particuliers. Il n’est un secret pour personne, tant en Haïti qu’à l’étranger, que nous traversons une grave crise de société. Les indicateurs économiques ne rassurent pas et risquent d’empirer, vu la faiblesse de nos institutions, de nos moyens et notre dépendance vis-à-vis de l’extérieur, particulièrement du Venezuela à travers le programme PetroCaribe. Pour les raisons que nous connaissons. D’où le danger d’une dégradation à différents niveaux pouvant déboucher sur des troubles sociaux difficilement contrôlables. En outre, l’environnement se dégrade à un rythme accéléré, menaçant le territoire national d’une hécatombe écologique. À tous ces maux vient se greffer une instabilité politique qui risque de perturber la tranquillité des esprits et la paix des rues, déjà si fragiles. C’est dire que le tableau n’est pas réjouissant. D’aucuns diront que la situation est précaire et préoccupante, contrairement à ceux qui s’enferment dans leur bulle et voient tout en rose. À cent ans de la première occupation d’Haïti par les Américains, nous voilà confrontés aux mêmes dérèglements sociopolitiques qui nous ont valu cette humiliante intrusion. Les « seigneurs », une nouvelle fois, du haut de leur piédestal, veulent nous imposer leur volonté, nous dicter leurs ordres que des vassaux sans scrupule s’empressent d’exécuter sans mot dire. Jamais notre pays n’a été soumis à une tutelle aussi oppressive, ni n’a connu les affres d’un tel affront. Rodrigue as-tu du cœur ? Charlemagne Péralte, interpellé dans les mêmes circonstances, ne manquerait de répondre d’un ton percutant: Liberté ou la mort ! Malheureusement, de ces hommes d’exception le pays n’en produit presque plus. Ainsi, la déchéance nous couvre de sa laideur. Ne dit-on pas , depuis des années, que notre territoire est en proie à l’appétence de puissances étrangères à l’affût de nos richesses souterraines? Mon viel ami décédé, l’éminent chercheur Daniel Mathurin, ne nous avait-il pas mis en garde contre la convoitise de certains minerais rares dont notre territoire serait le seul détenteur? C’est à se demander à quelle sauce se prépare-t-on à bouffer le peuple haïtien ? Si les profits envisagés sont à la mesure des affronts subis, le repas promet d’être gargantuesque. Tous à table, sauf le peuple haïtien. Selon certains observateurs, ces prédateurs entament déjà, dans d’obscures officines, de sordides tractations. Il est même bruit que la disgrâce dont fut victime le précédent gouvernement résulte de la maladresse et de la gloutonnerie d’un de ces potentats trop prompt à s’enrichir. Ses manœuvres fourbes, préjudiciables à une superpuissance hautement intéressée à l’aubaine d’un pays qui octroie, le plus souvent, ses richesses sans trop de contrôle, auraient bouleversé la donne. Face à ces errements, ne serait-il pas temps de nous ressaisir ? De resserrer les rangs ? D’économiser nos énergies et nos ressources ? Le comportement irréfléchi et irrationnel de nos dirigeants prête le flanc à toutes sortes de critiques. Contrairement à une attitude que l’on pourrait croire naïve, certains y voient une politique pernicieuse, sciemment établie dans le but de permettre aux tenants du pouvoir de mieux s’enrichir, comme il est de tradition dans notre pays. Cette perception n’est pas dépourvue de logique quand on constate l’inadéquation des dépenses consenties dans un contexte de pénurie et de précarité flagrante. Car comment comprendre, que dans une telle situation, l’État haïtien puisse s’offrir les services d’un gouvernement d’une quarantaine de membres ? Tout citoyen responsable et de bonne foi devrait admettre que nous n’avons pas besoin, pour le moment, de cette pléthore de ministères et de secrétaireries d’État au service d’un gouvernement provisoire dont la principale mission est la réalisation d’élections dans un proche avenir. Quand on sait que des pays développés, qui disposent de moyens autrement plus importants que les nôtres, fonctionnent avec une administration beaucoup plus restreinte, on comprendra la voix de ceux qui crient au scandale en dénonçant un partage de gâteau ! Le bon sens voudrait qu’en ces temps de vaches maigres, les minces ressources économiques dont dispose le pays soient rigoureusement gérées, comme l’avait annoncé le Premier ministre nouvellement nommé. Paroles de politiciens, comme ils nous ont habitué. Le précédent P.M. n’était pas non plus avare de promesses. Et pourtant, pareille disposition aurait l’avantage de donner à l’État la possibilité de réaliser des élections avec un financement interne plus significatif et une aide étrangère moins importante que d’habitude. Ce qui nous éviterait de tendre notre sébile à tous les comptoirs pour la réalisation d’un acte qui relève de la souveraineté nationale. De plus, cela permettrait de jeter les bases de projets d’importance, tel celui d’un complexe universitaire tant souhaité par la gent estudiantine. Nos bêtises ont dépassé les limites de nos frontières et les autres nations nous regardent avec circonspection et compassion. Nos voisins dominicains, par calcul prévisionnel, se trouvent, en dépit de leur aversion souvent manifeste, concernés au plus haut point par nos malheurs. Aussi implorent-ils la communauté internationale de voler au secours de ce pays en faillite qui risque, dans un proche avenir, de leur tomber complètement sur les bras. Selon des projections économiques réalisées par les instances gouvernementales dominicaines, il ressort qu’en 2030 la population de l’île passera d’environ vingt millions à vingt cinq millions d’habitants. Parallèlement, le revenu per capita dominicain augmentera de cinq mille à douze mille dollars, alors que celui d’Haïti passera de sept cent cinquante à mille deux cent dollars, soit un rapport de 1 à 16. D’où la préoccupation des autorités dominicaines face à ce déséquilibre économique qui risque de compromettre leur avenir. De notre côté, nous stagnons dans un dilettantisme paralysant. Telle est, sans être exhaustive, une liste de tares à corriger et de défis à relever pour sortir notre pays de ce marasme et du carcan qui l’étreint. Nous ne sommes pas tous coupables comme voudraient le faire croire ceux qui ont eu la charge de ce pays et ceux-là qui en assument actuellement la gouvernance. À chacun ses responsabilités.