Maxime Roumer, le sénateur, qui s’ennuie d’habitude entre une séance à huis clos et une audition ministérielle, est plus artiste qu’il ne le paraît. Partout, comme on le sait, il s’instruit, réfléchit, discute, étudie, tout en érudition et en finesse. Son travail, sporadique et saccadé, de «faux-vrai» peintre du dimanche, lui permet de raconter l’histoire de son pays sous la forme d’une tragi-comédie d’une incandescente drôlerie. Tant par des dessins que par des images floues et presque brusques. Loin d’avoir renié son talent, comme il veut trop souvent nous le faire croire, trop modeste à son gré, il est d’abord attiré par la surface de couleur. Sur cette chère Haïti chérie, qui, tout bariolée et misérable soit-elle, réussit à être la plus chatoyante avec son soleil crépitant, ses mystères épouvantables, ses enfants névrosés, son charme hospitalier, le sénateur-peintre jette un regard, traversé par une douleur de vivre désespérée, incompressible, une horreur constante de l’existence, que le pinceau haletant n’a privé ni de fantaisie, ni d’imagination, ni même – c’est bien déroutant quand on parcourt tant de portraits, de paysages et de scènes baroques – de sa nervosité musclée. La peinture est-elle, pour Maxime Roumer, autre chose que son violon d’Ingres ? Exposée chez lui et très peu en Haïti et à l’étranger, son œuvre hallucinante de peintre oblige à se poser la question. Il s’agit au fond d’une véritable passion qui l’a occupé dès ses plus jeunes années. Que cherche-t-il dans la peinture ? Tout est mélange chez lui : séduction et drame, abstraction et figuration, réalisme et onirisme. Nourrie autant par ses voyages et ses études à l’étranger que par des influences éclectiques (situées aux confins de la tradition naïve – primitive nationale et de la modernité occidentale), la peinture avec lui est une chimie énigmatique. Dans une société comme la nôtre, où l’invisible, la sorcellerie, le mal se présentent moins sous la forme de la fiction que sous celle de la réalité, dans leur beauté sombre, funéraire même, et leur brutalité simpliste, les tableaux de Maxime Roumer – en général de taille moyenne – correspondent bien à nos peurs et à nos cauchemars, à nos misères et à nos dérives. La mort est omniprésente ici. Visages grimaçants, cercueils, objets d’outre-tombe, scènes d’épouvante, tous sont des intermédiaires entre ici-bas et un ailleurs sacré doté d’une signification d’autant plus emblématique qu’il fonde l’au-delà. L’aspect «culturaliste» devient inséparable du contenu artistique. Force est de constater que ce Jérémien pur-sang, neveu d’Emile Roumer, ne récuse pas le reportage social. Ce n’est pas le moindre mérite de Maxime Roumer de nous le rappeler.