Aujourd'hui 27 février 2015, il est cinq heures du matin et dans la salle de cathétérisme d’un hôpital de la République dominicaine, nous sommes un groupe de médecins, techniciens et d’infirmières qui avons mis tous nos efforts, nos prières et nos connaissances à rétablir le fonctionnement d'un cœur très malade. Après deux heures de lutte, de réanimation, d'utilisation des ressources, de technologie et de trois endoprothèses (dispositifs métalliques qui servent à ouvrir les artères), nous avons rétabli le bon fonctionnement de cet organe noble et redonné espérance de vie à un être humain, Nous nous sommes félicités, embrassés avec de l’émotion dans les yeux. Nous avons effectué ce qui pour nous est un travail quotidien, je me suis assis et j’ai pensé que pour que ce petit miracle se produise, il a fallu une chaîne humaine qui a bien accompli son devoir en travaillant coude à coude, la majorité d’entre nous étant Dominicains, mais le groupe également composé de Salvadoriens, d’Equatoriens, de Colombiens, de Vénézuéliens, de Mexicains, de Pakistanais, de catholiques, de protestants, d’agnostiques, de musulmans... Ah!, j’allais oublier, le patient est Haïtien. Je ne peux pas feindre d’ignorer que cette méditation est le résultat des événements qui hier justement se sont produits devant le consulat de notre pays à Port-au-Prince, avant l’assaut et la destruction par le feu du drapeau de ce lieu. Il m’est revenu en mémoire un article que j’ai écrit le 16 janvier 2010 – Avant que se dissipe la poussière – lorsque une fois de plus, notre pays avait fait l’objet d’insultes à la suite du terrible tremblement de terre qui quatre jours plus tôt avait frappé Haïti, nous accusant d'indifférence à la mort de centaines de milliers de personnes. En tant que médecin, je regarde tous les jours la mort dans les yeux. Je n’ai jamais vu les visas sur les passeports. Le sang est toujours rouge quelle que soit la couleur de la peau. La souffrance physique et émotionnelle est angoissante et désespérante. Les larmes sont l’expression de l’affliction... Les sanglots parlent une même langue! Devant les images de haine et de fumée retransmises par la télévision, qui augmentaient à chaque piétinement et mise en pièces de notre drapeau, je me suis demandé combien de membres de cette population ont pleuré et applaudi lorsque ce Dominicain volontaire et maigre a extrait cette petite fille des décombres d’un Port-au-Prince à l’agonie et à odeur de mort. Combien parmi eux ont mangé les plats de nos cafétérias économiques installées là-bas, cuisinés jour après jour pour les citoyens des décombres en butte aux tribulations ? Combien d'entre eux se sont rendus à l'Université du Roi Henri I offert par le gouvernement de notre pays? Existe-t-il un membre de la famille des orphelins que Sonia Marmolejos, la Dominicaine qui a allaité des dizaines de bébés de l’holocauste, a nourris avec le lait de ses seins parce que c’était l’unique chose qu’elle pouvait donner? Je vais oser demander au marchand de fruits du coin avec qui je discute toujours de football, parce qu'il soutient le Barça et moi Madrid, ce qu’il pense de tout cela. Si quelqu'un, depuis quinze ans qu’il gagne sa vie de manière informelle dans ce coin de rue l’en empêchait, ou lui paierait moins cher ses figues bananes et ses avocats? Ou s’il subissait des insultes parce qu’il gène le trottoir en plein cœur de NACO ? Ou encore s’il s’était vu refuser l’assistance nécessaire lorsque sa femme a accouché gratuitement dans notre maternité l'an dernier? Mon humble analyse de l'être humain, quels que soient les épithètes dont on peut m’affubler (car après un certain âge et un chemin parcouru où tu n’appartiens plus à aucune secte et ta croyance est ta sagesse), parce que tu peux avoir la liberté de ne pas penser comme tes « amis » et arriver quand même à s’entendre, amis avec lesquels la plupart du temps tu as été en désaccord; je pense qu'il ya de grands torts des deux côtés: De notre côté, des années d'impunité et de trafic d’êtres humains, des malheureux paysans rendus indigents par des siècles d’oubli, traités comme du bétail, pour la coupe de la canne à sucre et la main- d’œuvre pour des travaux les plus immondes; en plus d'avoir à payer le péage au militaire de service qui contrôle les mouvements à la frontière, sous la protection des entrepreneurs des cinq familles historiques qui ont bénéficié de la contrebande et la soutiennent , afin de ne pas payer les taxes dues, à aucun des deux côtés de la frontière. Les ONG qui reçoivent leurs salaires en monnaie étrangère avec l’obligation de justifier à leurs patrons les salaires et leurs modes de vie, inventent – dans la plupart des cas – des dossiers contre un gouvernement faible, corrompu et pusillanime qui a entrepris de porter atteinte à notre patrie. Du côté haïtien, la faute revient à cette élite impitoyable et soi-disant aristocrate qui témoigne un profond mépris pour la population pauvre de son pays et qui ne retourne pas un centime au pays ; le développement colossal de notre côté de l’île les dérange mais, cependant, ils choisissent de passer leurs vacances à la Romana et d’acheter du Ferragamo au Blue Mall. A tous les gouvernants qui ont encouragé la haine qui finalement s’est retrouvée incarnée dans les fameux cercles de la mort avec lesquels les opposants étaient condamnés à l’exécution par lapidation ou par le feu. Au joueur de reggaeton, déguisé en femme, qui aimait le « carguito » (???) et qui prétendait conserver le pouvoir. A toutes les confédérations de l’« assistance internationale » qui ont gardé pour elles le plus grand pourcentage des promesses de dons qui, pour la plupart, n’ont jamais été envoyés par la communauté internationale. Non, jeune Haïtien, brûleur du drapeau dominicain ; toi qui a marché contre le racisme et la xénophobie dominicains, ce tissu n’est pas à blâmer. Demande des comptes à ton gouvernement, va demander des comptes à Pétion-Ville; interroge l'ancien président américain qui s’est fait parjure et condamnable avec des cigares et des vêtements bleus tâchés de sperme. Réveille-toi et lutte pour ton pays ; et moi, assis dans un coin de la salle de cathétérisme, j’observe toutes ces personnes de nationalités différentes, sauver la vie de ton compatriote avec les impôts que nous payons, fils du drapeau tricolore que tu viens de brûler et je m’interroge: le racisme ? putain! La xénophobie putain!