Le Nouvelliste (LN): Kit Miyamoto que faites- vous au Japon? H. Kit Miyamoto (HKM): Je suis actuellement à Sendai. Je suis un panéliste pour le Programme international de relèvement. Mardi dernier, au campus de l'Université de Tohoku, je suis intervenu sur le rôle du secteur privé dans la reconstruction. J'ai aussi discuté des succès et des défis dans la reconstruction en prenant exemple du cas Haïti, lors de cette session. LN: Depuis votre arrivée en Haïti, 4 jours après le tremblement de terre, quels sont, à date, les progrès que vous avez constatés sur place ? HKM: Il y a d'énormes progrès dans la reconstruction et la construction à Port-au-Prince et ses environs. Il y avait plus de 120 000 bâtiments étiquetés en jaune et 80 000 bâtiments marqués en rouge en janvier 2010. La plupart d'entre eux ont été réparés ou reconstruits. Avec le MTPTC, nous avons réparé plus de 12 000 bâtiments. Mais le reste des bâtiments endommagés ont été réparés par le secteur privé. J’ai remarqué que beaucoup ont utilisé la norme technique que nous avons développée avec le MTPTC. Je crois que c’était l'une des reconstructions les plus rapides après une telle catastrophe majeure. Les investissements du secteur privé et commercial avec le soutien du secteur public est une clé pour la reconstruction en cas de catastrophe et en Haïti on est sur le point d'y parvenir. LN: Lesquelles de vos recommandations ont été suivies et dans quels domaines de la reconstruction ? HKM: Je crois que les gens sont conscients du danger des constructions anarchiques maintenant. Les gens nous demandent en permanence de nous pencher sur leurs projets. Ils veulent voir leurs bâtiments et leurs investissements protégés. Nous sommes constamment demandé afin de concevoir et de construire des bâtiments ou d’examiner le plan de l'ingénierie et de superviser la construction. Nous pouvons être une entreprise mondiale, mais nous sommes aussi une entreprise locale. Plusieurs de nos employés sont formés par des ingénieurs haïtiens et nous travaillons en partenariat avec de nombreuses entreprises de construction locales. J’ai réalisé que l’infusion des capacités nationales et internationales est le modèle le plus efficace pour servir la société. LN: Au moment où nous parlons, qu’est-ce qui nous reste à faire ? et qu’avons-nous appris, selon vous, du 12 janvier ? HKM: Je pense que créer un marché de logements sociaux sûr, « low cost », commercialement durable, est essentiel pour les communautés. Nous avons collaboré avec la Sogesol pour développer un système abordable mais conforme à la construction résidentielle respectant la norme internationale et un plan hypothécaire pour toutes les communautés en Haïti. En outre, le risque sismique dans le nord d’Haïti est grave. Nous devons nous attaquer à la réduction des risques sismiques avant qu'une catastrophe ne survienne. Nous devons faire face au risque sismique aux constructions des écoles qui sont vieilles. Nous avons établi le secours Miyamoto, à but non lucratif, pour aider dans cette question. Globalement, la construction de l'école est l'un des archétypes les plus dangereux en raison de la façon dont les éléments de structure sont mis en place et Haïti ne fait pas exception. Avec le ministère de l'Éducation, nous avons renforcé l'école de Cité Soleil l’année dernière. Le projet a prouvé que le renforcement sismique est rentable et faisable et a obtenu le soutien d’une grande partie de la communauté. LN: Dans le domaine de l’ingénierie, qu’avons-nous appris, que nous reste-t-il à apprendre ? HKM: Le génie parasismique est relativement un nouveau champ. Nous apprenons en permanence de nos erreurs et de nos réussites. Juste en suivant un code qui n’est pas assez bon. Le code du bâtiment peut sauver des vies, mais il peut ne pas sauvegarder le bâtiment en question ou même des bâtiments peuvent ne pas être réparables après un événement sismique majeur. Il faut un peu plus d'efforts pour faire mieux que le respect du code minimum de la construction. LN: Vous vous êtes donné pour mission de former des experts en structure parasismique et géotechnique, ou en êtes-vous actuellement ? HKM: Nous formons en permanence des ingénieurs et des entrepreneurs. Nous avons formé plus de 600 ingénieurs et plus de 7000 maçons dans de nombreux programmes. Ensuite, nous aimerions travailler avec les universités pour mettre en place un cours d'ingénierie sismique structurelle avancée. LN: 5 ans après, comment minimiser les risques dans le cas d’un éventuel un autre séisme ? HKM: La supervision de l'ingénierie et de la construction est une clé. Cela s’applique aux entreprises locales et internationales. L'examen par un tiers est courant à l'étranger. Dans ce processus, la capacité va se construire et elle fournira des constructions plus sûres. LN: Que pouvons-nous apprendre de l’expérience des autres, celle du Japon, par exemple ? HKM: L’utilisation de la dernière technologie offrira une solution rentable pour une meilleure performance. Nous avons appliqué les amortisseurs sismiques, les isolements et nous avons renforcé les fibres de plastique ici à certains des projets locaux et il a été rentable. LN: Une appréciation du processus de la reconstruction dans son ensemble ? HKM: Nous avons encore un long chemin à faire pour établir une construction sûre, mais nous avons également suivi un long chemin depuis 2010. Je vois vraiment l'avenir d'Haïti avec une grande passion et je sens que je fais partie de la solution.