Depuis plusieurs mois, j’avais promis à Ange Bellie Andou d’écrire sur son roman Ma muse est un homme (2014). Je ne le cache plus, de prime abord : j’ai aimé … Comme un noceur, je me suis vraiment amusé, gavé de rires et de plaisirs (des sens, cela soit dit rapidement).
Décomplexé, j’aime Ma muse est un homme (Interdit au moins de 15 ans), à cause de sa fraîcheur et de son souffle provocateur par opposition à ces romans haïtiens convenus, ratatinés, ennuyeux, vides d’amour, d’envie, de cœur. Repérée pour ses qualités physiques – son splendide plastique de mannequin -, victime de son audace et des assauts des sempiternels gardiens du temple de la pudibonderie, Ange Bellie Andou, avec ses deux précédents ouvrages (Mon seul péché, 2007 ; Les cendres du désir, 2009), avait suscité un certain engouement, mieux, une curiosité lubrique dans ce petit pays de faux conservateurs et de vrais voyeurs. Il y a une résistance intellectuelle, culturelle forte en ce qui a trait à la liberté d’expression et à la transgression des vieux poncifs, c’est certain. C’est une femme déterminée, éblouie par la puissance de séduction de l’érotisme et passionnée par les problèmes de société.
Prenons les dialogues. C’est un véritable régal. Miroir de notre société, bambocheuse et insouciante, de l’après-Duvalier, sa vivacité effarante, assemblage soutenu de réparties vraisemblables, est différente du ronron et du maelström littéraire traditionnels.
J’aime le ton et la charge irrévérencieuse avec lesquels Ange Bellie Andou décrit ses personnages, ses couples dépareillés, crée un climat torride, une ambiance fascinante, envahie de relations amoureuses et d’intrigues sirupeuses, bouleversantes, allègres. Ce qui dénote un goût prononcé pour la vie, la liberté, les «liaisons dangereuses». Il y a là beaucoup de volonté. Une formidable narration. En Marie, pleine de grâce, Ange Bellie Andou n’entreprend jamais les choses à moitié.
Pourquoi se limiter au trompe-l’œil et sous-estimer les effets de la vraie vie ? Tournant le dos à l’esthétique fin de siècle, Ange Bellie Andou ne veut pas se réfugier dans le passé, passer pour la romancière – comme bien d’autres – d’un monde disparu. Avec elle, on n’a pas besoin de s’ouvrir les veines pour voir la réalité en face. Seul le plaisir – ou la volonté – d’y croire donne le sens du juste, du vrai. Quant à la volonté de renouveau d’Ange Bellie Andou, lèvre gourmande, œil coquin, hanche sauvage et cuisse féline, elle ne cesse de m’étonner. J’aime !
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