Longtemps après avoir été à l'honneur, puis décriée en Haïti, la culture du sisal, via l’entreprise SISALCO S.A, est sur le point de faire son grand retour dans le département du Nord-Est où 4 000 hectares de terre seront consacrés à sa production. Le Ministère de l’Agriculture, des Ressources naturelles et du Développement rural (MARNDR) se dit prêt à accompagner cette initiative de SISALCO apte à créer des emplois dans l’une des régions du pays qui est train d’attirer de plus en plus d’investissements. Pour Alain Thermil, membre de cabinet du ministre Fresner Dorcin, le MARNDR suit de près l’initiative de la SISALCO et est disposé à fournir un accompagnement technique, au niveau de la recherche surtout, à cette entreprise afin de l’aider à obtenir un meilleur rendement de cette culture. « Ce qui nous intéresse avant tout, ce sont les sous-produits dérivés […], 5% du sisal fournissent la fibre, les 95% restants peuvent produire notamment de la nourriture pour les animaux et de l’énergie renouvelable », a précisé Alain Thermil. Au cours d’une présentation au palais national, au début du mois de mars, sur le « développement de la filière sisal : potentialités et diversité », et dont une copie nous est parvenue, le ministre de l’Agriculture, Fresner Dorcin, a révélé les principales actions du MARNDR qui visent à soutenir cette filière : création d’une table sectorielle sur le sisal, recherche de terrain auprès du domaine via le MEF, recherche d'intégration des petits producteurs, recherche de financement (FDI, BNC, autres...) Afin de coordonner toutes ces actions et d’accompagner les investisseurs, l’Unité de promotion des investissements dans le secteur agricole (UPISA) a été mise sur pied au sein du MARNDR. Une nouvelle approche culturale du sisal Ce qui diffère l’approche de la plantation Dauphin de celle de SISALCO, selon Thermil, c’est que le principal exploitant, SISALCO, et les petits exploitants sont maintenant partenaires. Contrairement à l’ancienne approche où ces derniers n’étaient que des ouvriers. . Le livre de Fred Doura, intitulé « Haïti, Histoire et analyse d’une extraversion dépendante organisée », explique clairement pourquoi, à l’époque, l’ancienne approche ne jouissait pas d’une bonne cote de popularité. Selon cet ouvrage, la Société haïtiano-américaine de développement agricole (Shada), spécialisée dans la fabrication de cordes et de sacs de café et aussi le plus grand producteur de sisal en Haïti, a été à l’origine de l’expropriation, de façon arbitraire, de milliers de paysans propriétaires et fermiers, et les conséquences immédiates de ces expropriations furent la destruction de milliers d’arbres fruitiers abattus pour faire place au sisal et à l’hévéa. Des 4 000 hectares de terre qui seront consacrés à la production du sisal, 3 000 hectares seront exploités par les petits producteurs alors que les 1 000 hectares restants le seront par SISALCO. « Les petits exploitants pourraient utiliser leur parcelle comme bon leur semble et vendre leur sisal à SISALCO », a déclaré Alain Thermil, qui écarte d’un revers de main tout éventuel souci de marché pour ces petits producteurs. Dans ce même ordre d’idée, Alain Thermil informe que le ministère est en train de promouvoir l’approche de la culture associée. Cette approche consiste à planter d’autres denrées consommables en attendant que le sisal soit prêt à être vendu, soit environ 2 ans. Contrairement à l’idée généralement reçue, cette plante, pour citer Thermil, n’utilise pas de pesticide et n’est donc pas a priori nocive pour l’environnement. Toutefois, l’agronome dit surveiller de très près toute éventuelle « affectation du parc des Trois Baies » qui pourrait survenir à cause de l’exploitation du sisal. Fresner Dorcin, lors de sa présentation susmentionnée, a fait un survol historique où il a déclaré, à l’intention de la présidence et des investisseurs, que la plantation Dauphin, sur plus de 7 000 hectares dans le Nord-Est, était le projet de plus grande envergure dans la Caraïbe en son temps et aussi le premier employeur de ce département jusqu'à la cessation des activités. Depuis lors, le Brésil, selon des données de la FAO, a repris le flambeau pour devenir l’un des principaux producteurs mondiaux de sisal, loin devant la Tanzanie et le Kenya. En effet, le géant sud-américain exporte annuellement près de 100 000 tonnes de fibre brute et de produits manufacturés. Haïti est encore loin de pouvoir concurrencer pareille hégémonie. SISALCO, qui jusque-là exploitait du sisal dans la localité de Cote de fer, se donne pour objectif d’atteindre une production de 10 000 tonnes sur 4 000 hectares dans la zone du Nord-est. Pour ce faire, l’entreprise est en train de transférer ses installations basées à Port-au-Prince dans cette région du pays.