Introduite pour la première fois en Haïti en 1926, sous l’occupation américaine, la culture du sisal a connu, au fil des années, des fortunes diverses. Plaçant tout d’abord Haïti au rang de premier exportateur mondial en 1952, cette fibre a par la suite commencé à être en voie d’extinction dans le pays à partir de 1986. « La plantation Dauphin dans le Nord-Est était la plus grande plantation de sisal au monde avec, en 1952, une production de 35 000 tonnes de fibre. Ce qui représentait à l’époque, en exportation, 25% du PIB d’Haïti et plus de 20 000 emplois directs », a fait savoir Pierre-Yves Gardère, un responsable de SISALCO S.A, une compagnie locale versée dans le sisal, lors d’une présentation à Limonade le 24 mars dernier sur la renaissance de cette filière. D’après Gardère, le déclin du sisal en Haïti peut s’expliquer par l’apparition des fibres synthétiques et l’instabilité politique qui ont, selon lui, contribué à la fermeture de la plantation Dauphin en 1986 et aussi à la destruction totale de l’exploitation. Un retrait qui est resté en travers de sa gorge. « Haïti n’aurait jamais dû arrêter la production du sisal », a-t-il lancé à l’auditoire du campus Henri Christophe de l’Université d’Etat d’Haïti. Cet atelier de deux jours organisés par le Comité interministériel d’aménagement du territoire (CIAT) et la Banque interaméricaine de développement (BID) a offert un créneau pour des débats, entre autres, sur les potentialités d’investissement du Nord et du Nord-Est. Et, des investisseurs, à l’instar de Pierre-Yves Gardère, y sont allés à fond dans la promotion de leur projet. Grâce à ce dernier, le sisal était à l’ordre du jour dans le programme. Son projet : faire renaître cette filière sur ses glorieux cendres afin de permettre à Haïti, non pas de recouvrer sa couronne d’exportateur numéro un, mais de grignoter quelque part de marché. Car, selon les données du FAO, qui avait décrété l’année 2009 Année internationale des fibres, la demande mondiale pour ce produit est de plus en plus importante. Elle est estimée aujourd’hui à environ 300 000 tonnes, soit une valeur de 75 millions de dollars. « Les raisons qui avaient conduit les entrepreneurs américains à se lancer à Dauphin sont pratiquement les mêmes à avoir, à ce jour, incité SISALCO à s’établir dans le Nord », a fait savoir Pierre-Yves Gardère, avant de procéder à l’énumération de ces raisons : sa situation géographique, la disponibilité de ses terres, propices à cette culture, et une population disponible. Toutefois, une nouvelle dynamique additionnelle a poussé SISALCO, qui depuis 2009 s’adonnait à la réactivation de la filière aux Côtes-de-Fer dans le département du Sud-Est, à se tourner vers la région Nord. « Le Parc industriel de Caracol a permis à SISALCO de positionner son usine de transformation dans un parc moderne où l’énergie et les structures sont les meilleures de la zone », a confié Gardère, qui se donne pour objectif d’atteindre une production de 10 000 tonnes sur 4 000 hectares dans la zone du Nord-Est. « Cela va représenter à peine 4% de la demande mondiale », a-t-il ajouté. Outre l’énergie électrique accessible au Parc industriel de Caracol, le Nord s’avère très porteur pour l’entrepreneur à cause de ses 30 000 hectares disponibles et de son débouché portuaire. Des perspectives encourageantes Si le sisal pousse dans les zones arides, Pierre-Yves Gardère estime à 180 000 hectares de terre disponibles en Haïti dans les zones arides qui, selon lui, pourraient servir pour la production du sisal. « Nous avons la certitude que nous pouvons faire cette culture sans déranger l’environnement de la zone […] Le sisal peut être planté avec le maïs, le petit mil, les mangues, les pistaches, sans aucune incompatibilité », a-t-il avancé, donnant ainsi la garantie que toutes les mesures seront prises pour que cette filière puisse se développer sans risque pour l’environnement. En sus, il a révélé que depuis 3 ans l’entreprise travaille sur une ferme de pépinière expérimentale à Terrier-Rouge, dans le Nord-Est, afin d’étudier les différentes possibilités de croissance de la plante. Après la pépinière, les autres étapes qui suivent sont: un centre de transformation, c’est-à-dire de tillage du sisal, de séchage et d’empaquetage et « le produit est finalement envoyé à l’usine à Caracol pour exportation. » Pierre-Yves Gardère dit noter une différence entre le mode d’exploitation de la SISALCO et celui de la plantation Dauphin. « Aujourd’hui, nous avons pensé à la création de multiples entreprises publiques-privées, coopératives, associations paysannes qui seraient financées à partir de la construction d’un fonds du sisal. » Quid du sisal Fibre épaisse et solide, le sisal est de plus en plus souvent utilisé dans les matériaux composites pour l’industrie automobile, l’ameublement et la construction. On le retrouve également dans les plastiques et dans les produits de papier. Sa culture, selon le FAO, est relativement simple car elle résiste bien aux maladies et nécessite comparativement peu d’intrants. Le sisal peut être récolté deux ans après avoir été planté et sa vie productive peut atteindre 12 ans. Chaque plante peut produire de 180 à 240 feuilles selon la situation géographique, l'altitude, la pluviométrie et la variété considérée. Le rendement moyen en fibres séchées s'établit à une tonne par hectare. Au cours de la transformation, il génère principalement des déchets organiques et des résidus de feuilles qui peuvent être utilisés pour produire de la bioénergie et fabriquer des aliments pour animaux, des engrais et des logements écologiques. En fin de cycle, il est totalement biodégradable. Le sisal est une plante à fibres mais seulement 5% de la feuille en comporte. « SISALCO non seulement est impliquée dans la transformation des 5% mais en même temps, elle travaille sur comment valoriser les 95% », a déclaré Pierre Yves Gardère, premier investisseur de SISALCO S.A. Pour obtenir 20kg de fibre qu’il vendra entre 240 et 250 gourdes, le paysan doit couper environ 400kg de feuilles. Tâche qu’il peut accomplir en une journée entière de 8 heures, selon ce qu’on peut lire sur le site web de la compagnie.