Plus qu’un scandale, tel est le tableau hyperhideux de plus de cent soixante platesformes et partis agréés par le Conseil électoral provisoire, un organisme — attention ! ce n’est qu’une instance constitutionnelle — qui est appelé à devenir une véritable institution nationale. Plus qu’un scandale, parce que cette image exprime l’extrême déchéance socio-politique dans l’Ayiti de l’après-1986. Et, disons-le tout de suite, il n’ya pas de panacée d’ordre juridique ni politique qui puisse nous en guérir, à court ou moyen terme…
En vérité, la nouvelle République, l’Ayiti nouvelle qui reflètera la pensée et le génie de nos plus grands penseurs, sera l’aboutissement d’une solution privilégiant la voie royale et salvatrice de la puissance morale. Totalement inconscients de l’état exceptionnellement dégénérescent et de pourrissement de notre corps social, nous persistons — après deux décennies d’échecs politiques— à vouloir rebâtir la ‘’société’’ et l’État sur les mêmes bases fragiles qui ont fait toutes leurs preuves.
Plus qu’un scandale !
Plus qu’un scandale ! les porte-parole de nos élites (avec ou sans guillemets !) n’ont pas crié au scandale devant le scandale. La langue de bois a encore gagné de forts bons points après la publication de la liste officielle définitive des acteurs ‘’élus’’ pour la plus grande tragi-comédie haïtienne de tous les temps.
Vive l’indifférence ! Dorénavant, les observateurs qui se respectent devront dire à leur cercle de relations que la démocratie se nourrit de l’indifférence et de comédie incroyable. Comment imaginer, comment comprendre que la ‘’candidatite’’ ait atteint un si haut niveau de folie furieuse et/ou d’inconscience : cent quatre-vingt-douze entités /à s’inscrire au CEP ? … Toutes les bandes de Rara ne comptent pas cent-cinquante ni cent personnes !
On raconte…
On raconte … Rassurez-vous ! ce n’est qu’une façon mi- plaisante d’introduire le drame, (celui du Conseil électoral provisoire, lequel ne pourra pas — en dépit de toutes ses capacités techniques, de sa bonne volonté et de l’énergie de son président Opont — accoucher d’un miracle devant la complexité de «l’affaire’».
Eh, oui ! le mot est lâché. L’épithète «complexe» a été employée par la patronne de la Minustah, Madame Sandra Honoré. Si la photo publiée par «Le Nouvelliste» a été prise lors de la déclaration de la représentante de l’ONU en Ayiti,cela indiquerait que l’inquiétude plus que visible qu’on y lit concorderait très bien avec la nature «complexe» de ces incroyables élections. N’est-ce pas, Madame ?
Autant pour les habitués des lettres que pour les sociologues avertis, le vocable de cette autorité onusienne est éloquent. Quel message a-t-elle voulu faire passer ? À qui serait destiné cette parole particulière ? À la communauté internationale ou au monde politique haïtien ?
Ou encore serait-elle en train de préparer les esprits (de tous bords) à un échec retentissant ?... Un pince-sans-rire dirait : « Dommage qu’aucun magicien ne soit capable de nous assurer de quoi que ce soit, en ce qui a trait à ces joutes électorales impossibles ! ».
Ne riez pas !
Je ne sais pourquoi je me souviens du numéro totalement époustouflant d’un ancien militaire instruit, écrivain de son état, qui fit rire jusqu’aux larmes les téléspectateurs de la Télévision nationale d’Haïti, à la veille des élections de 1987 interrompues dans la violence, le carnage et la peur. Monsieur Maurepas Auguste — c’est de lui qu’il s’agit — nous avait fait rire avant le drame inoubliable, mais aujourd’hui il n’est pas question qu’un comédien nous déride par ses prouesses langagières hilarantes, l’heure devant être consacrée à prendre la mesure de la tragédie socio-politique qui débouchera sans doute sur une catastrophe inénarrable. Miséricorde !
« Granmoun lontan te konn di : Gras lamizèrikòd ! » Si nous avions assez de chrétiens dans ce pays, ils prendraient tous — ou presque tous —le temps de crier très fort : «Gras lamizèrikòd !» Mais, il n’y a pas que les catholiques et les protestants de diverses confessions, les vaudouisants aussi (souvent à cheval sur leur religion et le vaudou) devraient mêler leur voix pour la nécessaire quête de la grâce et de la lumière pour Ayiti crucifiée.
Mauvaise habitude…
Cela nous est déjà arrivé tant de fois, mais nous refusons de nous préparer pour les grands moments de notre vie nationale. Les bien-pensants (ou ceux qui sont réputés tels) et les politiciens couronnés de diplômes s’aperçoivent que la machine va dérailler, et ils ne se conditionnent nullement pour apporter — au jour J — les réponses les plus efficientes au mal à venir.
Plus que les autres fois passées, ce carrefour politique exige le maximum de courage et de perspicacité, d’imagination et d’audace— au sens noble du terme— pour réussir un coup de maître. Ce ne sont ni les prescrits constitutionnels ni les plans bien formatés de la fameuse «communauté internationale », qui sauveront le pays de la débâcle ou de la banqueroute socio-politique.
Une très puissante énergie morale
La routine officielle que nous chérissons un peu trop est comparable au caractère archi-dérisoire de l’aspirine dans certains cas. Ce qu’il importe d’administrer au pays tellement défait et au corps social en plein pourrissement, c’est l’électrochoc d’une très puissante énergie morale. Aucune solution venue de l’extérieur n’est capable de se substituer à l’engagement de nos élites en état de construire et de reconstruire.
Plus forte que les trente-huit armées qui constituent les forces d’occupation de la Minustah ; plus forte que l’ingérence américaine, canadienne, argentine, brésilienne ou autre ; plus forte que les plans macabres des producteurs prolifiques de platesformes et/ou de partis politiques sans nom et sans essence…,se présente l’énergie morale transformatrice qui remettra le patriotisme et le vrai nationalisme à la mode dans la tête de la Jeunesse, de la paysannerie et des autres forces vives d’Ayiti.
Le droit des élites haïtiennes
Plus que le droit à faire une quête effrénée de la démocratie sans tête ni queue ; plus que le droit à promouvoir les droits de l’Homme urbi et orbi ; plus que le droit à chanter les élections (vraies ou fausses) sur tous les tons et sur tous les rythmes ; plus que le droit de vouloir bâtir un pays neuf sur les fondations de l’insécurité la plus évidente ou la plus cruelle, et sur ce qui a survécu à la paupérisation de toutes les classes sociales…, doivent s’imposer comme un soleil têtu la force morale la plus fulgurante et le leadership d’une quinzaine d’animateurs de l’âme nationale, des forces nationales de production et/ou de fécondation de la nation en veilleuse.
Le droit de sauver notre pays de la débâcle, il faut l’inscrire en lettres capitales en tête de la première page de notre future Constitution. Tous les enfants, tous les jeunes et tous les citoyens à former doivent être remplis de cette inscription patriotique lapidaire : « Le salut du peuple au -dessus de la Constitution .»
Cessons ! Cessons, une fois pour toutes, de crier « Vive la démocratie ! » aux oreilles d’un valeureux peuple qui se meurt faute de pain, d’emplois, d’éducation et de lumière !
Magister Jean Claude D. CHERY
Bibliothèque SOCRATE-FIRMIN
3 avril 2015
Jccherysambo9@gmail.com
3-716-8569
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