Ceux qui n’ont pas lu MEMINI (1999) du Dr Gérard Boyer peuvent se jeter sans retenue sur le «Dernier cahier» qui a paru l’année dernière. Il s’agit d’une sorte d’avenant, de suite. Médecin privilégié par la fréquentation de nos chefs d’État (Lescot, Estimé, Duvalier, etc.), le Dr Gérard Boyer, qui appartient désormais à l’histoire, était aussi portraitiste, fin observateur, philosophe du temps qui ne fait que passer.
Et ses souvenirs pathétiques, révélateurs d'un tempérament conciliant et d'une époque convulsive, ne font pas rire. Pour son usage personnel, son rire rentré, il semble qu’il ait recours avec une moue de dérision à des chemins plus retors. En toute honnêteté, il dévoile surtout la panoplie de nos casses et travers : passion pour les affrontements, tendance à l’affabulation, manque de conviction, mépris des vérités. Evidemment, sans dire si l’on s'en réjouit ou le déplore, son regard est donc tout sauf ennuyeux, complaisant. On entend dans le silence des années passées – souvent orageuses (François Duvalier) – comme un sanglot sourd qui se transforme en une plainte triste et poignante (Dumarsais Estimé, Daniel Fignolé).
«Dernier cahier» n’est donc pas sans objet. Ce retour en arrière est salutaire. C’est l’idée centrale du narrateur, qu’il serait superflu de reprendre avec moins de talent. En tout cas, pas avec cette vision stoïque, surtout, qui lui permettait d’observer sans affolement les puissants commme les humbles et de parodier les principaux rituels de l’existence et de notre nation à la dérive, à commencer par cette ronde incessante de mortalités et de naissances, l’armée, etc. A quatre-vingt dix-huit ans, le frère du célèbre ministre (Hervé Boyer) du président à vie François Duvalier n’en est pas à faire ses gammes en écriture.
Notre avenir est dans les mots. «Dernier cahier» nous le rappelle sans prétention aucune.
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