De : Georges-Henry Benoît
RE : Bonjour
10 avril 2015 12 : 22 a.m.
Qu’est-ce que cela veut dire ?
Essayons de garder un contact plus serré.
Dans 30 ans, cela fera 40 ans que nous nous connaissons.
1978 ‘‘Club littéraire de Frères’’.
Maintenant, cet ami de longue date, neveu de Rosny Desroches, vit depuis plusieurs années en Allemagne. Ravivant le souvenir de ces moments palpitants de discussions et de conférences âprement commentées (musique, peinture, lettres, histoire, spectacles, cinéma, etc.), son courriel me fait penser avec une nostalgie poignante à cette époque déjà si lointaine de ma jeunesse studieuse. Il y avait une sorte de fièvre dans nos rencontres. Entre autres, Jeff Carré, Antoine (Toto) Joseph, Georges Dorcély, fils du grand peintre Roland Dorcély, les filles du pasteur Nicolas formaient avec nous un club de jeunes enthousiates, avides de connaissances, on ne peut plus curieux, ardents, tenaces.
Et c’est aussi à la façon d’un songe, sans langueur, sans prétexte que notre jeunesse a passé, auréolée de silence par un reflet de l’oubli. Est-ce que la jeunesse actuelle, la jeunesse post -1986 s’adonne à ce genre d’activités formatrices ? Pas de commentaires !
Ce goût passionné pour les choses de l’esprit nous a quittés aussi radicalement qu’il pénétrait autrefois en tout lieu urbain, aussi contagieusement qu’il a traversé notre époque ponctuée de tensions politiques. Les clubs littéraires représentaient aux yeux des jeunes de mon temps des sources d’apprentissage, de découvertes, d’échanges fructueux, de rencontres. Lecteurs compulsifs, fous de cinéma, amoureux des langues étrangères, bercés par la fameuse émission dominicale «Inter Actualiltés Magazine» de Jean Léopold Dominique, nous nous rencontrions pour nous gaver de connaissances. Quelle jeunesse boulimique fut la nôtre ! Au milieu de ce vide étouffant, dominé par le culte de l’argent et le primat du crétinisme, je me rappelle aujourd’hui encore les vives discussions de Jeff Carré obnubilé par le marxisme, la sobriété intellectuelle bienveillante de Toto Joseph, l’écletisme admirable de Georges-Henry Benoît et l’éloquence made in France de Georges Dorcély …Tout cela sur fond de fièvre culturelle et d’épouvante politique. Sans certitudes.
C’est cette mémoire plombée, cette discontinuité implacable des mille formes de la vie que nous rappelle Fernando Pessoa :
«De quelle vie emplir les brefs et peu nombreux
Jours qui me sont donnés ? Est-elle à moi
Ma vie, ou consacrée
A d’autres, ou à des ombres ?»
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