Parue en octobre 2014, l’édition « Les relations commerciales entre Haïti et la République dominicaine : opportunités et défis », une production du « Centro Bonó », avec l’aide de Christian Aid, se consacre aux différences structurelles entre les deux pays et a entrepris de signaler quand et comment ces différences se sont produites. Selon ce bulletin, qui cite un rapport technique du FMI publié en 2007, repris plus tard par la Banque mondiale en 2012, Haïti et la République dominicaine avaient le même PIB per capita en 1960. Pourtant, 45 ans plus tard, force est de constater que l'écart entre les PIB des deux pays s’est considérablement creusé (entre 7 et 8 fois). Pour le « Centro Bonó », cette situation est due en raison des «mauvaises politiques» appliquées en Haïti ces dernières années a contrario de la République dominicaine qui a mis en place de «bonnes politiques». « Les Dominicains ont su quoi faire pour multiplier la richesse par habitant tandis que les Haïtiens ont été incapables d'appliquer des politiques appropriées pour atteindre le même résultat », a avancé cette étude. En outre, cette étude diagnostique précise que les causes historiques du retard d’Haïti, par rapport à son dynamique voisin, peuvent être résumées en trois types: celles de caractère historique qui ont affecté les possibilités du décollage haïtien, les causes structurelles qui ont eu tendance à s’approfondir et les causes circonstancielles associées aux décisions politiques. Du point de vue historique, la réalité des deux pays est quasi similaire : deux anciennes colonies européennes, tous deux ont subi une occupation américaine au début du 20e siècle et ont été en proie à des périodes de dictature sanglante. « Dans la deuxième décennie du XXe siècle, les deux pays sont militairement occupés par les Etats-Unis imposant des dictatures militaires dans les deux pays, mais avec des résultats économiques différents », souligne le rapport. En effet, Haïti a été sous occupation entre 1915 et 1934 tandis que la République dominicaine l’a été de 1916 à 1924. « En 1916, les échanges commerciaux de la République dominicaine étaient 1,5 fois supérieurs à ceux d'Haïti ; en 1920, ils étaient 2,16 fois plus élevés, et ainsi de suite jusqu'à atteindre la valeur de près de 5 fois plus en 1990 et près de 10 fois plus en 2000 », a précisé l’étude. La République dominicaine a profité de l’Occupation américaine pour développer une infrastructure productive et pour consolider la production de sucre tandis qu’en Haïti, la performance économique en matière d'emploi était des plus maigres et les rares excédents enregistrés ont été utilisés pour rembourser à la France sa dette de l’indépendance. « En 1950, Haïti comptait une population qui était 1,36 fois plus grande que celle de la République dominicaine. Pourtant, cette dernière, qui avait un PIB réel qui était au moins 1,39 fois supérieur à celui d’Haïti, exportait vers le monde 2,3 fois plus et importait à 1,4 fois plus qu’Haïti », révèle les auteurs de cette étude. Ces différences dans les niveaux de l'activité économique des deux pays se sont traduites par le flux migratoire des Haïtiens en République dominicaine. De nos jours, cette situation, loin de s’améliorer, continu d’aller de mal en pis. En effet, à partir de 2006, les exportations dominicaines vers Haïti ont connu une croissance accélérée. « Alors qu'en 2006, elles totalisaient $ 311,6 millions, en 2012, elles atteignaient un peu moins d’un milliard de dollars, enregistrant une croissance annuelle moyenne de 22% », peut-on lire dans cette étude. En revanche, les exportations haïtiennes vers la République dominicaine sont restées à des niveaux très faibles et ont même diminué durant ces trois dernières années. « Alors qu'entre 2006 et 2008 elles ont varié entre 80 millions et 110 millions de dollars, entre 2009 et 2011 elles n’ont pas exécédé 20 millions de dollars. Tout au long de la période, la valeur annuelle moyenne était de 34 millions de dollars. », précise une fois de plus cette étude. « Il s’agit, par conséquent, d’un commerce très déséquilibré », constate le « Centro Bonó ».