(Ramon Guillaume) Il y a une date dans l’histoire universelle que certaines nations ne doivent pas oublier ; la nôtre plus particulièrement. Il s’agit du 14 juillet 1789 en France qui a connu la prise de la Bastille et le renversement, ce jour-là, de l’anarchie qui dominait tout. A cette époque, nous autres, à Saint-Domingue, nous subissons les affres de l’esclavage éhonté de l’homme par l’homme ou du nègre par le Blanc. Nous n’étions pas encore une nation. Toutefois, l’histoire rapporte que cet événement qu’avait vécu la France influençait nos pères esclaves sur les plantations St-dominguoises. L’écho de cet événement ; le Château fort, commencé à Paris sous Charles V et qui servit de prison d’Etat, avait été démoli en 1789, le 14 juillet plus précisément. L’onde de choc parvenait aux oreilles des esclaves jusqu’à Saint-Domingue, par le truchement des gazettes ou journaux de l’époque, publiés dans la métropole française – auxquels seuls les colons avaient accès. La petite histoire rapporte que les esclaves qui ne savaient ni lire ni écrire avaient eu vent de cet événement, annoncé au cours des réunions d’esclaves ou des danses auxquelles ils avaient été autorisés à participer pour prendre leurs ébats au cours desquels ils dansaient la « Kalinda » toute la nuit. C’est seulement à ces occasions qu’ils entendaient parler de révolution. Il ne faut pas oublier non plus que Boukman, ce grand prêtre du Vaudou, esclave de son état, avait lui aussi vent de ce qui allait se passer dans la métropole française. Ceci marquait l’aurore des événements qui culminaient vers notre indépendance en 1804, quelques années après, en passant par Bois-Caïman. Aujourd’hui, de plus, il nous faut penser au remaniement de tout ce qui nous guidait ou qui nous maintenait dans les actes de transition « provisoire permanente » en tenant en hibernation constante notre progrès social et économique. Nous avons eu notre grand et héroïque Geste de 1804. La France a connu sa prise de la Bastille et nous sommes encore là, nous autres, enterrés dans les profondeurs abyssales de la misère ou du sous-développement. C’est ainsi que tombait la Bastille, lorsque l’édifice royal, miné de tous les côtés, assaille par des chocs destructeurs, avec une énergie toujours croissante. Aujourd’hui, sur les ruines de la Bastille, se dresse ce nouvel édifice républicain, démocratique, qui inspire beaucoup d’autres nations dans d’autres continents. Sur les ruines de l’esclavage, nous ne sommes pas encore parvenus à fonder notre Etat-Nation. Depuis près de trente (30) ans, nous avons failli à changer nos dirigeants à des périodes régulières sans effusion de sang. Pour une fois, on est unanime ou presque à admettre que le processus electoral 2015 est en train avance à un rythme encourageant. La machine est en marche. Le CEP tient le gouvernail ou le volant, avec cette rassurante possibilité que les BEC et les BED vont contribuer à réaliser ce gigantesque travail de doter le pays de nouveaux dirigeants pouvant permettre le redressement de notre société qui oscille et la replacer sur des assises plus solides. Ces élections qui s’annoncent « démocratiques, sincères et inclusives » recèlent quand bien même des interrogations pour le moins inquiétantes en raison de ces points d’ombre qu’il faut énumérer de la façon suivante : a) le nombre trop élevé de candidats à la présidence ; b) l’incertitude sur le financement des opérations électorales ; c) l’absence d’un climat sécuritaire observée dans plusieurs départements ; d) les forces centrifuges et centripètes qui promettent un affrontement sur le théâtre des opérations électorales ; (Gauche vs Droite) e) faute d’alliance ou de regroupement de partis de même tendance idéologique ou d’orientation économique. Incapables de s’identifier à gauche, à droite ou au centre, des fusions sont devenues impossibles. « Pitit Desalin et Pitit Petyon disparaissent dans des unions morganatiques ou tout simplement contre-nature (mariage entre Dieu et Marx). Autant dire que tous ces irritants auxquels nous sommes habitués réapparaissent ou récidivent dans toute leur splendeur à chaque élection. Les candidats à la présidence poussent comme des champignons sur un terrain miné par des forces obscures. Les discours de ces candidats, toujours stéréotypés et faits de métaphores ou de mimétisme, sont plutôt conjoncturels sans être accompagnés d’un projet de société bien conçu et parfaitement élaboré. Les candidats à la présidence viennent de tous les horizons politiques. Certains, issus de nos ex-parlementaires, sont contaminés par ce virus devenu un épiphénomène. En fouinant dans la liste fournie par le CEP, on s’étonne de voir des journalistes, des religieux, des parlementaires. On constate la présence de Daly Valet dans la plate-forme Pitit Desalin, une alliance historico-idéologique avec Moïse Jean-Charles, dit-il. Un Clarens Renois muni d’une expertise de 40 ans de vie journalistique. Un Steven Benoît déçu, qui se déclare mûri et grandi dans un monde parlementaire où les coups bas et l’hypocrisie sont monnaie courante – pour ne citer que ceux-là, sans oublier des candidats qui ont choisi de troquer leur soutane de prêtre contre l’accoutrement du guerrier et les hommes de loi leur toge contre la subversion. Il ne s’agit pas de s’identifier comme fils de Dessalines pour pouvoir rallier le suffrage des citoyens à sa cause. Il est plus important de s’adresser à ces derniers en utilisant un langage franc, direct et porteur d’espoirs pour ce peuple en quête de bien-être matériel, social et économique. D’aucuns parlent d’une catastrophe annoncée pour dénoncer le nombre élevé des prétendants au trône. L’histoire va-t-elle se répéter ? Ramon Guillaume