En effet, la région du haut-Turgeau vit depuis quelques années une situation frisant la catastrophe.
Au cours de l'année 2013, le diagnostic suivant avait été établi par un groupe de jeunes de la région qui s'étaient constitués en un MOUVEMENT DE JEUNES POUR L'AVANCEMENT DE TURGEAU ET SES ENVIRONS (MJATE). Ils s'étaient mis ensemble pour réfléchir et dégager des pistes de solution face à la catastrophe qui s'annonçait à la source de Turgeau, les soumettre aux responsables officiels qui se chargeraient de formuler des "principes de précaution ou de prévention", créer de nouvelles normes ou de nouvelles contraintes légales, et mettre en œuvre des moyens publics susceptibles de juguler le mal.
LA PHASE PRODROMIQUE
Bien avant le tremblement de terre de janvier 2010, la population de la zone avait augmenté du fait de la migration de personnes fuyant ce que l'on appelait à l'époque les "zones chaudes": Cité Soleil, Grande Ravine, etc. A la suite du séisme, un nombre très imposant de gens se sont installés dans les mornes environnants de la source de Turgeau, s'implantant même sur le site de la CAMEP, pourtant protégé et déclaré zone stérile.
Des constructions anarchiques ont été érigées sans espace sanitaire à l'orée du site. La population satisfaisait ses besoins à même le sol, dans les environs de la source. L'une des latrines a même été construite aux abords immédiats d'un des réservoirs dont les couvercles étaient rongés par la rouille et les supports en ciment endommagés. Des montagnes de fatras s'y accumulaient régulièrement.
Sur l'emplacement circulaient des animaux: chiens, chats, rats, cochons, cabris, bœufs. Il s'y trouvait même un abattoir. Les arbres étaient systématiquement abattus. Certains mécaniciens y exerçaient leur métier, déversant sur le sol les huiles de vidange.
De plus, des eaux venant de la montagne se déversaient, sans bassins de rétention, sur la route même qui mène au lieu où se retrouvent les réservoirs de la DINEPA. Ces eaux le traversaient y laissant des alluvions malsains. Cette situation persiste encore. Les jeunes avaient même appris que deux femmes avaient accouché sur le site.
EVITER LE DECLENCHEMENT DE LA PHASE PRINCIPALE
Face à cette triste réalité, ces jeunes du MJATE nés dans la zone et conscients de la gravité de la situation ont essayé de sensibiliser les riverains, anciens et nouveaux. Ils ont effectué des travaux de nettoyage du site, ont planté des arbres pour remplacer ceux, centenaires des fois, abattus par les nouveaux venus. Ils avaient compris que, du fait du déboisement, l'écosystème était menacé.
Mais, comme le lecteur peut se l'imaginer, ils furent mal aimés et combattus, même par ceux qui étaient responsables de la protection de la zone. Tel est le cas de l'OZAM, institution créée dans ce but.
Aussi ont-ils eu recours aux dirigeants de la DINEPA pour une intervention légale et énergique sur le site afin de sauver ce qui pouvait être encore sauvé. Ils ont entrepris des démarches auprès de certains organismes dans le but de délimiter un cordon sanitaire autour de la source. Mais, ces organismes ne pouvaient faire aucune intervention sans l'approbation de la direction de la DINEPA. L'une de ces institutions serait même disposée à financer certains travaux, telle la reconstruction de la clôture du périmètre stérile.
A la suite de la timide réaction des dirigeants suscités, ils se sont adressés à des notables de la région qui leur ont fourni leur appui et les ont orientés dans leurs démarches auprès de ceux-ci. A noter que ce qui a paru remarquable aux yeux des notables, c'est ce que ces jeunes ne visaient nullement des personnalités, mais une institution avec laquelle ils voulaient collaborer pour sauver plus de deux cent mille personnes menacées par la pollution de la source. Ayant pu mobiliser quelques médias de la capitale qui se sont rendus sur le site et ont pu constater les dégâts, ces jeunes eurent finalement gain de cause. Car, une journée de nettoyage a été organisée par la DINEPA, journée à laquelle prirent une part active les jeunes du MJATE. La presse couvrit l'évènement à l'invitation de la DINEPA. Tous les hauts cadres étaient présents.
Des rencontres entre les dirigeants et les jeunes eurent lieu ce jour-là. Et une stratégie de suivi a été mise sur pied. Un plan de sécurisation et d'éclairage du site a été élaboré. Un comité de jeunes était constitué pour être le pont entre le MJATE, les yeux de la DINEPA, aux dires des dirigeants, et celle-ci. La campagne de sensibilisation entreprise par les jeunes de la zone devait être renforcée. Tout semblait devoir marcher comme sur des roulettes.
Les brèches de la clôture fortement endommagée lors du tremblement de terre de janvier 2010 furent colmatées en partie. La barrière donnant accès au site, tombée lors du séisme, fut réparée. Un agent de sécurité fut contracté. Des rapports d'évaluation furent adressés par le MJATE au directeur concerné via courriel ou par téléphone. La campagne de sensibilisation, quoique n'ayant pas trouvé l'appui de la DINEPA, fut entamée par les jeunes.
C'est au cours de cette campagne que ces croisés d'un genre moderne ont découvert, entre autres, une grave situation qui couvait dans la région. Des fillettes et adolescentes qui partaient à la recherche de l'eau à l'aube étaient certaines fois violées à la faveur de l'obscurité.
Apres avoir eu au mois d'avril de la présente année, une rencontre sur le site même avec un responsable de la DINEPA, il fut convenu que le nombre de fontaines serait augmenté toutes les fois que le MJATE faciliterait l'utilisation des emplacements, ce qui fut fait en moins de deux jours. La population avait compris la démarche. Deux terrains et même un bassin de rétention d'eau étaient cédés pour leur construction. Jusqu'à date, ces fontaines n'ont pas été installées.
Il avait aussi été entendu qu'une campagne d'éradication de ce mal serait entreprise par le MJATE en collaboration avec la DINEPA. Des réunions de réflexions se sont tenues avec la participation des notables de la région. Ayant constaté qu'il était nécessaire d'avoir recours à des experts, le MJATE approcha la AAPAC, la Police communautaire et des organisations féministes. Pourquoi la AAPAC? Parce qu'il a été identifié une forte et répandue addiction à l'alcool et à la drogue chez les jeunes du quartier. La Police communautaire? Parce qu'il serait nécessaire de s'adjoindre une force de coercition non brutale pour convaincre les jeunes à abandonner la pratique de l'alcool et de la drogue et avoir un œil sur les éventuels détraqués et bandits de la région. Les organisations féministes? Cela allait de soi qu'elles avaient une expertise du viol et qu'elles pourraient mieux aborder le problème et y apporter une solution.
Le lancement de cette campagne eut lieu le 8 mars, jour international de la femme, sur la place jouxtant le site de la DINEPA. Y participèrent des représentants de la AAPAC, de la Police communautaire et Harry Nicolas, MET FEY VET, qui offrit gracieusement son aide. Ce fut un succès. La campagne se poursuit sans nul doute, même lorsque l'on n'entend pas la voix des jeunes qui l'ont lancée. Ils sont tous à féliciter car, ce sont les œuvres privées qui permettent à l'action officielle de donner des résultats.
L'action officielle? Quelle est-elle? Les dirigeants de la DINEPA sont-ils vraiment conscients du danger qui guette non pas seulement la population de Turgeau, mais l'ensemble du pays? Car, beaucoup d'écoles, d'universités, de bureaux privés et étatiques fréquentés tant par des gens de la capitale que par ceux de la province sont desservis par la source de Turgeau. Au moment où toutes sortes d'épidémies frappent le pays, la DINEPA va-t-elle permettre que s'ajoutent à ces maux qui répandent la terreur, maux qui font la guerre à la population haïtienne tout entière, d'autres maux qui pourraient se révéler encore plus graves?
LA PHASE THERAPEUTIQUE
L'action officielle? A la lueur de ce qui a été ci-dessus développé, il appert qu'elle devrait être transversale. La DINEPA n'est pas la seule concernée. Cette dégradation du site de Turgeau interpelle différents ministères: ceux de la Santé publique et de la Population, des Affaires sociales, de la Condition féminine et au Droit des femmes, des Travaux publics, de la Justice et de la Sécurité publique, de l'Agriculture et celui de l'Environnement. On devrait donc s'attendre à une action gouvernementale d'envergure partant des réflexions sur les moyens à mettre en œuvre pour, du moins, atténuer les effets désastreux de cette catastrophe annoncée.
ALERTE ROUGE! SOURCE DE TURGEAU MENACEE! POPULATION HAITIENNE EN DANGER!
Pour calmer l'effroi causé par les ravages subis par le site de la DINEPA à haut-Turgeau, et dans l'espoir que, dans un avenir pas trop lointain, la vapeur sera renversée, il serait de bon ton chanter avec Dodoph Legros:
An ale dodo Turgeau
Anba, anba pie mango
Nan bwa ki genyen zwezo
Bèl briz avèk flè nan dlo...
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