L’interaction entre les humains a toujours été à la base de tout projet, et j’irais même jusqu'à dire de tout progrès social. Que l’on soit porté à interagir soit dans le but de tirer du profit, ou encore dans le but sincère d’améliorer la condition d’autrui, il est impératif qu’il se produise des échanges entre les hommes et femmes pour la mise en acte de leur projet. Une idée survient, et même si l’on travaille seul pour la faire atterrir, il est tout à fait nécessaire de passer par d’autres pour qu’elle soit acceptée et reconnue. Travailler seul ? Est-ce possible lorsque travailler supposerait par exemple incorporer une entreprise ou encore chercher un commanditaire? ce qui inclut quand même un minimum d’interaction avec autrui.
L’interaction entre nous est essentielle pour l’aboutissement de toute initiative. L’interaction adéquate est le principe de base de toute société, la logique soutenant toute initiative en vue du progrès et du succès, ou encore le raisonnement à la base de toute tentative politique, sociale pour un atterrissage populaire et concret. Elle constitue le concept à adopter pour l’application d’une charpente de mise en place, gérant les règles et principes de toute idéologie. Des principes même d’interaction découleront les modalités de structures de gérance qui accompagneront les actes à poser. L’idée d’interaction étant à la base, accompagnée par des structures de mise en place, les actions à poser doivent être continuelles, mises en contexte et régulièrement réévaluées selon les situations et les environnements.
1. Qu’est-ce l’interactionnisme ?
L’interactionnisme est défini dans le Larousse comme l’analyse de la société à partir des interactions de l’individu. Cette vision interactionniste est un peu plus loin présentée par Fisher (1997) comme une mise en présence concrète de deux individus qui vont développer entre eux une succession d’échanges afin de transformer la réalité. Nous basant sur cette approche et la définition du Larousse, nous comprenons alors que les normes d’une société dérivent des interactions et échanges entre les membres de ladite société.
Échanges afin de transformer la réalité, a dit Fisher. Je prends le risque de dire que ces échanges, afin de transformer la réalité, porteraient à discuter des problèmes, des défis, en déterrer les origines, améliorer une course déjà en marche, se former et construire pour le progrès d’une relation, d’une entreprise, d’une société.
Parlons justement de quelques réalisations des moments d’interaction en Haïti
2. Moments de grande interaction au pays
Comme exemples concrets mais peut-être controversés d’interaction nous osons citer l’indépendance d’Haïti, car nos pères fondateurs se sont battus, et longuement, avec et pour les Haïtiens. Jean-Claude Duvalier a été écarté du pouvoir, car une interaction n’a pas donné les résultats escomptés et qu'une autre, l’interaction entre les insatisfaits et autres, a abouti à son déchoukage du pouvoir. Des élections et rejets du pouvoir se sont manifestés car les interactions, entre autres raisons, se sont révélées bonnes ou mauvaises.
Lorsque soignée, cette interaction peut se transformer et donner des résultats extraordinaires tout comme cette interaction peut bien être des plus néfastes. Nous avons été témoins en 2010, à la suite du terrible tremblement de terre, comment l’interaction exercée entre Haïtiens de toutes les catégories sociales a fait encore une fois monter sourdement cette vague d’espoir en Haïti. Mais comme tristement remarqué, que ce soit dans le cas de nos grands moments d’interaction précités ou dans l’exemple susmentionné, nous constatons une interaction qui a été des plus fougueuses en pleine catastrophe mais n’a cependant donné aucun résultat substantiel. Il n’y a eu aucune continuité, ce qui a rendu ces « grands moments » semblables à des faits du hasard qui n’ont pas été bien pensés, voire même sincèrement conçus.
Interagir ne signifie pas que nous sommes en accord sur tous les points, mais indiquerait certainement un respect, une acceptation d’autrui et l’envie de travailler avec éthique pour arriver à une même vision.
3. Idée d’interaction en Haïti?
L’idée qui vient à l’esprit en entendant le mot interaction en Haïti fait penser à un chef à cravate, ou une grosse dame avec un foulard, ou encore une dame à la manucure impeccable et maquillage excessif, regardant de façon condescendante un subalterne, lui donnant des ordres en le pointant du doigt. Ou encore les genres d’interaction de « tu connais untel ? » qui porte à traiter l’autre par rapport à ses relations et non tenant compte de sa valeur en tant que personne. L’interaction parmi nos pairs s’assimile entre autres à ces relations de « tripotay » qui empêchent d’apprécier les compétences ou même le sentiment sincère exprimé en vue d’une contribution . Dans ces cas-là, comment ne pas avoir ces réticences à caractère cartésien des compétents qui hésitent à s’impliquer dans les affaires du pays comme le mentionnait le texte récent de Thomas Lalime « Tant valent les élus, tant vaut la nation ! (3)
Des réactions vont fuser de toutes parts en lisant cette partie. Dans cette Haïti du XXIe siècle, dira-t-on, les mentalités ont évolué. Vraiment ? En toute âme et conscience, vraiment ? Ce genre d’interaction ne devrait pas être la norme dans le pays de Dessalines mais il nous faut accepter nos faiblesses pour pouvoir aller de l’avant et apporter les corrections nécessaires.
L’importance et la sagesse de la chose de l’interaction en Haïti sont un manque à gagner, et si ces faiblesses ne jouaient pas un rôle majeur dans notre société, comment expliquer ces handicaps au niveau interne qui, obligatoirement, sont projetés au niveau externe, et certainement par rapport à nos compatriotes à l’étranger, dont le cas récent de la République dominicaine.
4. Manque d’interaction au pays
La rumeur gronde que le service à la clientèle dans différents établissements ou institutions au pays laisse à désirer, car il n’existe aucune notion d’interaction entre les employés et la clientèle. Cependant, il a fallu une interaction et une certaine confiance entre le public et le business pour l’établissement de celui-ci. Mais une fois que tout business est sur pied, tout ce qui avait porté à conquérir le public est jeté aux toilettes.
Mais pourquoi ces business en fait continuent-ils à fonctionner ? Est-ce par le manque d’alternative ? Ou est-ce que cette façon d’interagir dans notre société est justement devenue la norme ?
Souvent, bizarrement, nous nous écartons des autres et avons tendance à écouter notre propre voix intérieure pour suivre une voix qui diverge de toute notion d’interaction humaine. Avançant sur un chantier, nous tendons à ignorer un principe fondamental dans le succès de toute entreprise ou toute politique : Être à l’écoute de ceux que nous servons et dialoguer pour rester en constante compréhension de notre vision commune et répondre aux besoins de cette population que nous servons.
Des promesses sont faites, qui, peut-être, ont été sincères à l’origine, mais aucune interaction entre les porteurs et les récipiendaires n’a été maintenue pour nourrir ses promesses, et les porteurs se sont déviés de leur intention alors que les récipiendaires ont été las d’être déçus, une fois de trop. L’interaction est l’écho de notre propre voix à nos oreilles, et qui nous incite à travailler pour atterrir.
L’interaction adéquate doit être toujours présente sinon un trou est creusé.
Pour un peuple de la Caraïbe, fils et filles du soleil, pourquoi nous écartons-nous toujours de ce principe fondamental qui est d’être à l’écoute de tout un chacun, ce qui éviterait les faux pas et nous aiderait à marcher à l'unisson». Marcher à l'unisson n’est pas synonyme de « sans conflit» Des conflits, il en existera toujours, mais qui devraient servir à renforcer nos valeurs et nos forces et nous aider à continuer ensemble dans la voie du progrès.
Ce lien, entre nous les hommes, est la clé pour un succès personnel tout aussi bien collectif. L’interaction humaine à l’intérieur de cette société, entre Haïtiens, dans les affaires, dans nos instituions, inciterait à établir notre respect ailleurs, car elle indiquerait tout bonnement et simplement que nous nous considérons l’un l’autre. L’interaction adéquate nous porterait logiquement à nous respecter nous-mêmes et éradiquerait certains de nos comportements des plus égoïstes et primaires.
De l’interaction entre nos pères fondateurs a résulté entre autres l’Indépendance d’Haïti. Jean-Jacques Dessalines eut à dire : « De notre union dépend notre salut ». Notre salut dépend encore aujourd’hui, au XXIe siècle, de l’interaction adéquate entre nous HAITIENS.
Cassandre Thrasybule
Cassandrethrasybule@gmail.com
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