Par Jean-Hervé Paul On se plaint qu’il y a bien trop de bruit à Port-au-Prince. Cependant, ce n’était guère le cas les 18, 19, et 20 février 2015. Ces trois jours de deuil décrétés par le gouvernement, suite à la tragédie survenue au carnaval, avaient été étonnamment bien observés par la population: les boîtes de nuit éparses n’avaient presque pas fonctionné. Même les tenaces «ti sourit», nos pires cauchemars, avaient temporairement disparu. Les gens avaient vraiment montré le plus grand respect pour les victimes et les morts de la nuit du 17 au 18 février 2015: Ni méringues carnavalesques ni aucune musique d’animation n’étaient jouées. Tout était inhabituellement tranquille, sauf peut-être à Canapé-Vert, où un petit groupe de jeunes «flâneurs», fêtards amateurs qui prétendent ne « rien manger de froid », décida le deuxième jour de deuil national (jeudi 19 février à 11 h p.m.) de réveiller brutalement des patients de l’hôpital (tout proche) et des riverains de ce quartier résidentiel, autrefois paisible, de la capitale avec des décibels de musique carnavalesque au point qu’on était obligé de se boucher les oreilles. Oui, il était déjà 11 h p.m. passées. Même si les «maringouins non grata» essayaient de leur jouer un peu de violon à l’oreille, le calme de la nuit et la fraîcheur de la brise permirent aux Canapé-Verdiens de profiter tout de même d’un rare moment de tranquillité. Malheureusement il fut interrompu au pire instant par la voiture «boom box» à plein volume de nos jeunes fêtards nocturnes qui s’arrêta brusquement devant leur «base de bamboche », un bar archaïquement installé sur le trottoir ouest en face de la place, juste à 8 mètres environ de l’hôpital -qui doit sans doute en souffrir péniblement. Comme si le bruit n’était pas déjà assez fort, une poignée d’autres jeunes «plézius» désœuvrés et «raz» de la zone rejoignirent rapidement la « base » avec des cris de joie démesurés à tue-tête. Riverains comme patients, aussi dérangés qu’offusqués, ne purent que compter sur la Providence pour mettre vite fin à cette nuisance sonore tout à fait inappropriée et indésirable. 15 minutes plus tard, comme par miracle, quelques tirs étaient entendus et les mélomanes tapageurs et irrespectueux s’étaient alors vite dispersés. Les autorités avaient sûrement réagi. Les jours se succédèrent dans une tranquillité relative jusqu’ à ce que le vacarme habituel «normal» recommence de plus belle en face de la place. Curieusement le black-out n’arrête pas ces fêtards nuisibles qui ignorent jours de classe et temps de travail. Ils continuent de placer leurs haut-parleurs et baffles à même la rue pour soi-disant créer de l’animation, mais en réalité ce sont la paix et la tranquillité du quartier qu’ils perturbent, même à des heures indues. Certainement, le voisinage de la place du Canapé-Vert est loin d’être le seul à souffrir de dérangement ou de pollution sonore à Port-au-Prince et dans sa périphérie (et peut-être même en province aussi). Avec l’éclosion des «Street block parties » (les mal famés «ti sourit »), des restaurants dansants en plein air, des voitures DJ, des croisades évangéliques et autres, ce phénomène d’agression de la tranquillité des citoyens est devenu la grande mode. Le bruit qui dérange est omniprésent même dans les transports publics : camionnettes, taxis-motos ; et à travers les microphones et haut-parleurs des prêcheurs et des vendeurs ambulants (les brouettes « crème maïs » par exemple) … Ce bruit se fait autour ou sur la plupart des places publiques, autour des marchés et parfois tout bonnement dans une maison de quartier résidentiel. Le pire c’est qu’il n’est pas du tout nécessaire et n’a aucun sens. Incroyablement, même les écoles et les hôpitaux ne sont pas épargnés des sons exagérément forts, insupportables et souvent assourdissants que diffusent des voitures publicitaires, ni du son troublant que produit le klaxon des camions poubelles. Pas un mot de la mairie comme « Silence hôpital » ou « Silence école ». Les tout-puissants faiseurs de bruit s’arrogent, tous, le droit de troubler le travail, la sérénité et le sommeil des riverains (puisque c’est la démocratie) ; et pratiquement rien n’est protégé contre leurs sons malvenus, envahissants, indiscrets, assommants… Les autorités concernées sauront-elles mettre fin rapidement et une fois pour toutes à cette situation déplorable qui, depuis quelque temps déjà, nous apparente à des sauvages ? Ne méritons-nous pas de vivre, de travailler et de dormir en paix, nous les citoyens paisibles, payeurs de taxes ? Où sont passées les notions d’éducation civique, de respect de soi et d’autrui qu’on enseignait autrefois dans nos écoles? ou la courtoisie et les bonnes manières qui faisaient la renommée des Haïtiens? Sont-elles à tout jamais perdues ? On se plaint en privé. Tout ce bruit cause beaucoup de stress, beaucoup d’insomnie, des attaques d’anxiété... Tout le monde n’a pas toujours le temps ou la possibilité de s’évader en province ou à l’étranger pour trouver un peu de tranquillité. Responsables de la paix publique, comment peut-on collaborer une fois pour toutes pour éliminer ce bruit qui dérange beaucoup trop?