La communauté internationale – pas seulement les USA – n’est pas parfaite, c’est ce qui la rend détestable. À rebours d'un discours anticolonialiste paradoxal, je ne me rendais pas compte à quel point la carrière de diplomate onusien était sinistre avant d'avoir terminé un des livres les plus troublants écrit sur Haïti sous tutelle. La seule chose que l’on puisse tirer du livre («L’échec de l’aide internationale à Haïti. Dilemmes et égarements») de Ricardo Seitenfus, c’est justement ça. Pas besoin de s’offusquer à la lecture du témoignage du représentant spécial du Secrétariat général et chef du bureau de l’OEA en Haïti de 2009 à 201. Fini le stéréotype de l'affreux – mal élu – tyranique, style Aristide: la malédiction dont souffre l'ancienne Perle des Antilles prend cette fois la forme d'une MINUSTAH démoniaque, version (baveuse) d'Edmond Mulet et consorts. Il n’y a rien de nouveau ni d’étonnant chez ce Brésilien haut placé qui n'a cessé de cultiver la subversion. Vis-à-vis de l'ONU, de la politique nord-américaine comme de l'OEA. Ceux qui souhaitent appréhender de l’intérieur les acteurs de l’aide internationale à Haïti, notamment dans le concept trompeur de la démocratie électorale, trouveront sous la plume aguerrie de Ricardo Seitenfus de quoi satisfaire leur curiosité. Avisés et froids, les autres trouveront la confirmation que la communauté internationale, guidée par Washington, n’est pas composée d’esprits bienveillants mais d’une bande d’ambassadeurs fripés, arrogants, sans retenue, capables du pire des égarements. Au cours de ces 400 pages qui s’étalent de la naissance de la nation haïtienne à la succession de René Préval en 2011, on suit les méandres d’une histoire, mieux, d’une tragédie assujetie à des héros et anti- héros, nationaux et internationaux pour la plupart épouvantables. Le spectre de docteurs Folamour prêts à ouvrir la boîte de Pandore – si ce n'est pas fait déjà en ce qui nous concerne – pour assouvir quelque projet transnational le hante. Et pour dénoncer - illustrer - l'action de la communauté internationale manipulée par le Grand Satan frappé de néocolonialisme, il appelle à la rescousse René Préval, un président abattu mais – tenez-vous bien! – «nationaliste» perçu comme une figure de la gauche. Quel enfant de choeur ce Ricardo Seitenfus! Visiblement, le dictionnaire haïtien n'est pas son fort. C’est triste et décevant à la fois, et l’on se dit que cela devrait inciter nos innombrables candidats à la présidence tentés par la fièvre du pouvoir à faire preuve de sérénité, cette fois. On a l’impression de lire la prose d’un diplomate blessé alors que, pour ses pairs j'imagine, ce n’est que celle d’un «traître». Que de linges sales ! C’est d’abord le regard de Ricardo Seitenfus qui s’est mis à ressembler à celui de nos dirigeants saisis d’idiotie, hier chouchoutés par cette communauté internationale, devenus subitement des victimes pitoyables. Nous savons tout ça : la communauté internationale, sans cohérence aucune, est parfois «répugnante» dans ses comportements insidieux et décisions fallacieuses. Et René Préval ? Et nous ? Esprit sympathique et enjoliveur, Ricardo Seitenfus est mal placé pour y répondre ( ?).