Elle réémergera comme l’Atlantide, elle ressuscitera comme le Phénix renaît de ses cendres. Je la cherche, cette République ; je fais de sa quête l’une de mes vocations d’homme, de citoyen et de patriote… Je ne suis pas seul, s’il vous plaît ! La Nation en veilleuse y travaille inlassablement. Qu’on cesse de feindre d’oublier que ce pays — comme son Peuple primordial— est aussi têtu que l’Absolu. AYITI est un pays de lumière, un pays lumière ; mais nous sommes la république de tous les mensonges. Dans l’article « Quelle république sommes-nous ? » (in‘’Le Nouvelliste’’ du 25 mars 2015), j’avais énuméré une quantité x de tares inhérentes à notre sociologie et qui constituent évidemment la cause majeure de notre stagnation, de nos misères morales et de notre incapacité à changer le système socio-politico-économique plus que minable qui est le nôtre. Mais cette vérité ne nous empêche pas de nous interroger encore : « La république handicapante et handicapée que nous traînons depuis deux cents ans, ne serait-elle pas la fille maudite d’une faute gravissime et monumentale commise dans les années ayant suivi la proclamation de l’indépendance ?Ou encore : au cours de notre histoire post-1804, n’avons-nous pas poussé l’infidélité à l’essence de notre Patrie au-delà de la démesure immorale ? N’avons-nous pas choisi de vivre comme un peuple d’orphelin, alors que que cette terre sacrée et consacrée avait enfanté des demi-dieux qui ont étonné le monde ? Les défaites de la vérité sont toujours provisoires Très tôt, après le triomphe de 1803, des élites mal éclairées ont préféré le mensonge à la vérité du grand projet historique : vivre libre et prospère dans une ‘’république ‘’ maîtresse d’elle-même et de son destin ; vivre libre dans la fraternité en construisant un avenir aussi imprenable que la citadelle de la Foi et de l’Héroïsme ; vivre libre en honorant nos Ancêtres /nos Aïeux et en vouant éternellement un culte fervent à toutes les valeurs mythiques et/ou légendaires de notre Nation ; vivre libre en gardant nos serments et en demeurant fidèles à notre mémoire. Mais voilà qu’un vieux démon venu on ne sait d’où nous a détournés de nous-mêmes, de notre âme, de notre idéal civico-patriotique et même de notre Fondateur, l’Homme missionné au plus haut point et dépositaire de toute l’inspiration nationale. Quoi qu’on puisse lui reprocher avec raison, l’Homme qui était ‘’une somme’’, pour répéter l’autre, avait conçu l’avenir dans son esprit de Chef et d’Architecte. Il avait partagé avec nous le rêve et l’essence du plan. Il avait opté pour un Drapeau qui symbolise notre invincibilité, il avait révélé l’orientation socio-politique à prendre, dans la Constitution (1805) où figurent les couleurs nationales ; il avait ouvert la voie à la fondation d’un État indestructible. En dépit des orientations claires de celui qui reste la plus grande conscience nationale, nous nous sommes laissé aller aux plus folles épousailles avec les mensonges (fausse idée de l’État et du Chef ; coups d’État contre le social, venus de ‘’religions étrangères’’ ou de missionnaires étrangers ; pseudo-démocratie ; éternel processus démocratique : la transition qui n’en est pas une ; idées saugrenues contre le retour de l’Armée d’Ayiti ; dépendance envers l’étranger ; élections mal cousues ; antirésultats des élections téléguidées ; corrections abracadabrantes au Baccalauréat avec de ‘’faux correcteurs’’ parrainés par de pseudo-parlementaires ; ‘’valeur fixe’’ du dollar américain ; mauvais choix pour le créole haïtien)… Il n’est pas sûr qu’un historien— ou un sociologue respectable — puisse les dénombrer tous. Mal nous a pris de faire accroire que l’Élu Jean-Jacques Dessalines est le grand diable à abattre. Faute de pouvoir le tuer, nous l’avons assassiné, puis nous avons ‘’confisqué son nom’’ pendant presque une quarantaine d’années. Il avait fallu un Lysius Félicité Salomon pour, à partir de la ville des Cayes, lancer comme une fusée ce nom fait pour éclairer d’autres généraux ailleurs… Demandez des nouvelles au général Giap, du Vietnam. Et nous ne nous sommes pas contentés de tourner le dos à Dessalines, nous avons rejeté le Drapeau de la Défense nationale. A l’article 20 de la Constitution impériale de 1805, il est dit que ses couleurs sont le Noir et le Rouge. Le roi HenriChristophe, faut-il le rappeler, avait adopté ‘’le premier drapeau de l’État d’Ayiti’’, fait historique incontestable. (Le pays était indépendant dès 1804, mais l’Etat n’était formellement fondé qu’en 1805). L’Haïtien doué d’un minimum d’éthique ne peut ne pas saluer le courage héroïque du président-sociologue François Duvalier quand il fit hisser dans notre ciel les vraies couleurs nationales et dessaliniennes. Des gens intègres peuvent lui reprocher d’avoir fait la chose à demi en conservant ‘’le carré blanc‘’ au centre de l’emblème. Certains analystes diraient même que ‘’c’est une mixture’’, puisque le Drapeau de 1805 n’avait pas de palmiste ni les ‘’armes de la République’’. La beauté du drapeau officiel Point besoin de longues réflexions pour accepter que seuls les aléas des luttes politiques pour le pouvoir suprême ont favorisé la longévité du drapeau bleu et rouge créé par Alexandre Pétion pour distinguer "la république de l’Ouest et du Sud" du royaume christophien demeuré fidèle à l’emblème consacré par la Constitution de 1805. Il n’y a aucun doute que, des esthètes achevés aux plus simples citoyens, tout le monde reconnaît que le drapeau Bleu/Rouge (avec, au centre, les armoiries de la République sur un carré blanc) est vraiment très beau. Du mariage de ces deux nuances se dégagent une aura de jeunesse, une extraordinaire fascination ainsi qu’une idée quasi mystique d’une nation haïtienne que rien ne semblerait contredire. D’autre part, ce drapeau ‘’officiel’’ aurait ‘’l’avantage’’ de ‘’faire bonne figure’’ parmi les emblèmes de beaucoup d’autres nations. Il aurait même ‘’la vertu’’ d’attirer l’attention un peu partout. Enfin, notons pour toute la jeunesse haïtienne et les curieux qu’il n’existe aucun document officiel sur une quelconque création du drapeau à l’Arcahaie le 18 mai 1803. D’ailleurs, un fait a échappé à beaucoup d’historiens : les révoltés avaient adopté un drapeau noir comme symbole de la résistance pendant toute la période révolutionnaire. Choisir entre un beau drapeau et le vrai drapeau Toute la question résiderait dans ce choix. Est-ce l’esthétique qui doit primer ou la vérité…celle de nos racines profondes, celle de notre âme collective, celle de la grande mystique nationale ? Ansy Dérose, l’un des hommes les plus éclairés et les plus cultivés que notre terre ait produits, avait partagé avec moi ses connaissances sur le drapeau haïtien : ‘’Le Noir et le Rouge symbolisent l’union du peuple Rouge et du peuple Noir’’. Les Atlantes, les premiers habitants de cette île — longtemps avant les ‘’Tainos’’, appelés improprement ‘’Indiens’’ — étaient des Rouges. Tandis que les tribus venues d’Afrique étaient des Noirs. Nous sommes un Peuple formé de Rouges et de Noirs. L’enseignement haïtien, malheureusement, ne l’a pas appris à nos enfants auxquels les premiers ouvrages d’histoire faisaient répéter toutes sortes de niaiseries, du genre : « les Indiens adoraient le Soleil et la Lune ». Le plus haut mariage Le sang ‘’rouge’’ mêlé au sang ‘’noir’’ devait produire une exceptionnelle combinaison biologique et psychique. Les Ancêtres atlantes et ceux d’Afrique allaient s’harmoniser dans un mariage qui marquera à jamais la terre, les hommes et les enfants. Cette rencontre a scellé un destin pour l’éternité. Nulle part, la puissance divine ne se manifestera plus amplement qu’ici. Tout se joue au niveau des couleurs. Aucune autre combinaison ne dégage autant de force que celle de ces deux nuances. Mais précisons quand même que le mariage du Rouge et du Noir cache quelque chose de plus profond qu’une simple question de couleur. Seul les grands Maîtres, ou les Mages de haut rang, pourraient nous en dire plus long…Permettez que je vous souhaite bonne chance ! Les lois du Cosmos ont toujours démontré que les œuvres du super méchant ou de l’insensé n’ont pas d’avenir. Depuis l’aube des temps, tous les peuples sont toujours menés par de grands initiés, tandis que la règle veut que personne ne puisse barrer définitivement la route au dessein des missionnés de l’Histoire. Il n’appartient à qui que ce soit de défier les éléments cardinaux dans la constitution soit de l’emblème national d’un peuple, soit dans le choix du système politique qui convient le mieux à tel ou tel pays.Il n’y a rien d’accidentel dans la confection d’un drapeau national ; de même en est-il du régime qui s’harmonise bien avec le génie d’une population. On ne drible pas l’histoire ni la sociologie. Bien fou qui croirait le contraire en tentant de détourner le sens, le bon sens et l’essence. Le coup d’État contre la mémoire À considérer plus de deux siècles de vie nationale, il apparaît qu’’il y a eu une incroyable ‘’tentative’’ de confiscation de la mémoire, un coup d’État contre l’Histoire, contre le génie national, contre la culture haïtienne et contre ce Peuple. Des tas de mythes ont été créés autour d’une kyrielle de mensonges. On nous a inventé une pauvreté légendaire, de même qu’une haine viscérale entre les Haïtiens. Des préjugés ont été orchestrés pour nous détourner de la quête de nous-mêmes et de la prospérité nationale : ‘’nèg anwo, nèg anba" ; "nèg rich, nèg pòv" ; "nèg nwa, nèg milat" ; "ti nèg, gran nèg" ; "nèg sòt, nèg lespri’’… Ainsi, nous ne sommes porteurs d’aucune leçon de nos Ancêtres. Nous ne nous réclamons ni de la vision civilisatrice du roi bâtisseur, ni de l’héroïsme fulgurant de Capois Lamort, ni du Fondateur Jean-Jacques Dessalines, ni non plus des Chefs d’État progressistes tels : un Dumarsais Estimé, un Antoine Simon, un Florvil Hyppolite, un Lysius Félicité Salomon Jeune. Eléments essentiels de la République Noir et Rouge Une vérité cardinale : le premier élément pour la défense d’un pays, c’est la fondation ou la refondation d’un Etat qui soit une puissance par la force exceptionnelle qui préside la manière de le constituer. Mais, au-delà des idées ou de l ‘esprit hautement fécondateur qui assure la vie de cette superstructure, l’État n’a effectivement d’avenir que grâceà la bonne santé d’une société qui porte bien son nom. Car la dégénérescence sociale est la première porte par où se disperseront les essences d’une république. Un pays, comme un État, demeure protégé quand toutes les grandes valeurs sociales sont bien gardées. Fidélité à nous-mêmes, à notre culture, aux meilleurs rêves de nos Ancêtres et de nos Aïeux ; fidélitéà l’Autel de la Patrie et au vrai Drapeau ; fidélité à la Vérité mythique de la Nation ; fidélité au Guide suprême qui nous a valu la Liberté,l’Indépendance et la Gloire intarissable ; fidélité au courage qui forme la base de notre psychologie de peuple-racine. La République ressuscitée La République Noir et Rouge ressuscitera quand nous aurons réussi la campagne de la vérité sur AYITI, sur Jean-Jacques Dessalines, sur la prééminence des progrès socio-économiques dans notre quête de démocratisation, sur nous-mêmes et sur notre Drapeau… celui qui est officiellement inscrit dans la Constitution de 1805, la toute première de l’Ayiti indépendante. Tout peuple qui se reprend en main, avance vers un avenir certain. Il faut que souffle un vent magnétique, un esprit de feu, une parole vive, une ‘’chanson zantray’’… pour recréer le ciment invisible propice à l’idée de nation. Pour que la Patrie renaisse dans tous les cœurs et dans tous les regards, nous devons redevenir des hommes et recréer l’unité, la paix et l’harmonie dans l’espace national… et travailler à payer la dette de toutes les trahisons, depuis le Pont-Rouge jusqu’à 2015. La République Noir et Rouge ne renaîtra pas dans le mensonge. Elle ne peut être’ ’ réinventée’’ que dans la vérité : un État inexpugnable comme la plus incroyable citadelle , une société qui sait ce qu’elle veut et où elle va ; des citoyens-soldats et des citoyens-ouvriers qui le défendent et le font prospérer ; une Presse et un système d’enseignement qui jouent bien leur rôle d’éclaireur ; des Institutions qui portent bien leur nom parce que douées d’un crédit reconnu par tous, d’une stabilité évidente, d’un pouvoir certain,d’un rayonnement extraordinaire… L’heure nationale ne changera plus, et aucun diplomate étranger ne sera tenté de passer des ordres à notre Conseil électoral provisoire. Nous ne serons plus un peuple malade et décrié quand la République Noir et Rouge aura été rétablie dans ses droits ! Jean Claude D. CHERY 25 mai 2015 / Bibliothèque SOCRATE-FIRMIN jccherysambo9@gmail.com