Selon des données avancées par le ministère de l’Education, largement relayées dans les médias du côté est de l’île, plus de 56 000 écoliers et étudiants haïtiens reçoivent le pain de l’instruction dans les écoles et dans les universités dominicaines. Pour l'année scolaire 2013, ils étaient 44 310 élèves haïtiens à fréquenter les écoles dominicaines et plus de 12 000 les universités, sur un total de 67 423 étudiants étrangers. Et les quelque 44 310 élèves haïtiens étaient ainsi répartis pour la période : 37 567 dans les écoles publiques, 6 148 dans les écoles privées et 595 dans les écoles semi-privées.
« En République dominicaine, il y a des étudiants de plus de 25 pays qui étudient dans les écoles publiques, privées et semi-privées […] Et sur plus de 67 000 étudiants étrangers, environ 66% sont des Haïtiens », a relevé le département de la planification du ministère de l'Éducation d’après une enquête menée auprès de tous les régions et districts en 2013.
Pourtant, ces statistiques, pour le moins flatteuses, n’arrivent pas à camoufler la situation de malaise et d’inconfort que vivent les étudiants haïtiens qui ont fait le choix d’aller poursuivre leurs études en territoire dominicain. « Les étudiants haïtiens vivent très mal en République dominicaine, pour des raisons financières notamment », a déclaré, sans ambages, le professeur d’université Harold Pierre, qui enseigne à PUCAMAIMA (Pontificia Universidad Catolica Madre y Maestra) à Santiago, en République dominicaine.
Selon lui, la présence de l’État haïtien fait cruellement défaut à ces étudiants. « L’ambassade pourrait remplir ce rôle de proximité en commençant, par exemple, à être plus présente pour les étudiants, à leur servir de repère », a-t-il poursuivi avant d’admettre peu après que le vrai drame de ces étudiants est ailleurs.
Évoquant la situation des étudiants haïtiens en République dominicaine, Harold Pierre pointe du doigt la distance qui, selon lui, existe entre les Haïtiens et les Dominicains. « Les étudiants haïtiens ne sont pas bien intégrés », a-t-il fait savoir avant d’ajouter que même après avoir complété leur cursus, les étudiants haïtiens n’arrivent que difficilement à intégrer le marché du travail dominicain. Ils sont obligés, dans ce cas, de se diriger vers d’autres cieux plus cléments comme le Mexique, l’Equateur ou le Brésil.
Selon Davidson Joseph, étudiant en maîtrise en enseignement supérieur, rencontré en même temps que le professeur Harold Pierre ainsi que plusieurs de ses collègues étudiants le 4 juillet dernier sur le campus de PUCAMAIMA, la stigmatisation quasi quotidienne de l’étudiant haïtien constitue un obstacle à son intégration. « Les Dominicains ne font pas de distinction entre les Haïtiens, ils leur réservent à tous le même traitement », a déclaré Davidson Joseph, membre de NAPSA (Nap sove Ayiti), une association estudiantine dans laquelle il milite sous la houlette du professeur Harold Pierre.
« Par peur d’être repoussés par leurs homologues dominicains, les étudiants haïtiens rentrent dans leur coquille », a affirmé Guedjenn Thélusma, étudiant en génie industriel, qui a également reproché aux professeurs d’histoire et de sciences sociales de prendre systématiquement pour exemple les Haïtiens quand ils doivent faire des considérations désobligeantes dans leurs cours.
Cependant, en nette augmentation sur le territoire dominicain depuis le séisme de 2010, la contribution des étudiants haïtiens dans l’économie dominicaine n’est pas du tout négligeable. L'enquête sur les dépenses des étudiants étrangers en République dominicaine par la Banque centrale en 2012 montre que les étudiants haïtiens apportent un revenu mensuel au pays de plus de 9,8 millions de dollars américains, des chiffres qui dépassent de 15% ceux de 2009, lorsque le montant était de 8,5 millions de dollars américains.
Un document intitulé la « République dominicaine comme destination académique pour les jeunes Haïtiens » rapporte que le nombre d'étudiants haïtiens dans les universités dominicaines est de 12 000, répartis dans 23 universités publiques et privées, où les carrières traditionnelles les plus étudiées sont la médecine, les soins infirmiers, l’administration des affaires, les relations internationales, l'ingénierie civile et le tourisme.
Parallèlement, une autre enquête menée par le département international de la Banque centrale, dirigée par l'économiste Frank Fuentes Brito, du 9 au 14 février 2012, informe que la croissance de la scolarisation des étudiants haïtiens dans le pays pourrait être expliquée par le tremblement de terre qui a touché une grande partie de la structure universitaire en Haïti en 2010.
Très concernés par la situation migratoire qui prévaut actuellement dans le pays et qui porte les Haïtiens de plus en plus à retourner volontairement en Haïti, ces étudiants haïtiens, tous membres de NAPSA, se disent prêts, à quelques exceptions près, à retourner en Haïti, une fois leurs cursus bouclés. Pour sa part, le professeur Harold Pierre rend responsable l’État haïtien qui, selon lui, a failli dans sa mission de mettre en place des structures universitaires viables pour accueillir les jeunes Haïtiens qui n’auraient aucunement besoin de traverser la frontière pour entreprendre leurs études universitaires.
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