Un journaliste se définit aussi comme un être éveillé qui se range parmi les meilleures consciences de sa société. Il est difficile de le concevoir en dehors de son important rôle d’éclaireur social (El periodismo es ejercer la responsabilidad social.) Nous ne pouvons plus faire l’économie des grands débats dont dépend la construction de notre devenir de peuple. Le dernier article de notre confrère Ramon Guillaume (‘’18 mai 1803 : notre premier rendez-vous manqué’’) nous a incité à remettre l’accent sur la nécessité d’ouvrir les yeux sur la vérité que des générations de sophistes ? ou de timorés? ont persisté à vouloir occulter. Un homme, un homme de vocation, ne se prive pas de mettre en valeur les faits véridiques ou la vérité tout court , quel que soit le prix à payer. On représente généralement la grande réunion des généraux à l’Arcahaie, le 18 mai 1803, comme l’exemple d’entente parfaite entre les protagonistes de la guerre de l’Indépendance haïtienne (comme si tout se passait dans la dimension et l’atmosphère du merveilleux). Dans son texte publié le 15 juin 2015, à la page ‘’Idées et Opinions’’, Ramon Guillaume rappelle ‘’notre premier rendez-vous manqué’’ ce jour-là. Cet intellectuel chercheur révèle que ‘’l’histoire n’a pas rapporté ce qui s’était réellement passé à l’Arcahaie, et que cette réunion s’était meme terminée en queue de poisson, puisque les plus intrépides marrons (Cola jambe coupée, Petit Noël Prieur, Lamour Dérance…) ont quitté le Congrès en signe de protestation parce qu’ils ne voulaient pas du drapeau bleu et rouge. Il y aurait lieu de se demander si Jean-Jacques Dessalines, reconnu ce jour-là comme le Général en chef de l’Armée indigène, n’avait pas opté pour une attitude quelque peu diplomatique, lui homme si tranchant. Car entre le 18 novembre et la proclamation de l’Indépendance, rien n’a été décidé à ce sujet. En cette année charnière, il importe, en vérité, d’ouvrir les vrais débats sur la face cachée de notre histoire de peuple. Après Ramon Guillaume, de courageux historiens haïtiens devraient apporter leur contribution à l’éclairage de ce ’’ rendez-vous manqué’’. Il est inconcevable, voire impossible, que nous continuions à ne plus vouloir nous interroger sur les réalités du passé et, bien sûr, sur tout ce qui nous interpelle aujourd’hui comme mensonges, faire-semblant, imposture ou dégénérescence. Jean Claude D. CHERY 21 juin 2015/ Bibliothèque Socrate-Firmin Jccherysambo9@gmail.com